12 janvier 2010, séisme en Haïti: l'Eglise de France solidaire

Déclarations de Mgr Podvin et de Mgr Stenger

Rome, (Zenit.org) | 1192 clics

Il y a trois ans, le séisme frappait Haïti, 12 janvier 2010. Il y a deux ans, 11 janvier 2011, c'était la visite du cardinal Robert Sarah, président de Cor Unum, envoyé de Benoît XVI. Ce 12 janvier 2013, l'Eglise catholique en France dit sa solidarité.

"Haïti, trois ans déjà !Même dans les cas dramatiques, notre mémoire collective peut devenir terriblement oublieuse. Haïti, trois ans déjà ! Mgr Stenger, au nom de l'Eglise en France, fait le lien depuis le séisme de 2010 avec les évêques haïtiens pour une solidarité active. Le récit ci-joint, qu'il nous partage, est particulièrement éloquent. Tant de choses encore à faire. Un peuple qui veut vivre", écrit Mgr Bernard Podvin, porte-parole des évêques de France.

Déclaration de Mgr Stenger:

Dans le cadre de leur responsabilité au Pôle Amérique Latine de la Conférence des Evêques de France, Mgr Marc Stenger et le P. Luc Lalire, se sont rendus en Haïti en ce début d'année pour nourrir les liens entre l'Eglise de France et l'Eglise d'Haïti. Ils ont participé à la célébration du 1er Janvier, jour de la fête de l'indépendance nationale.

C'est un peuple éprouvé par le séisme que nous avons rencontré, séisme dont les traces sont loin d'être effacées. La Cathédrale de Port au Prince et les deux tiers des églises et des chapelles du diocèse sont encore en ruine. Nous avons célébré le jour de l'Indépendance avec Mgr Poulard, Archevêque de Port au Prince, dans sa cathédrale de « toile », au pied des ruines de l'autre cathédrale. Nous avons vu des personnes qui resteront marquées à vie par les nombreux traumatismes causés par ce séisme : physiques, psychologiques (la perte des proches, des amis, en grande quantité) et matériels : la disparition de quantité de maisons font que les camps sont encore nombreux. Les cyclones successifs dont « Sandy » est le dernier, détruisent l'économie haïtienne, particulièrement agricole. La situation politique actuelle n'est pas très brillante, et parfois on peut douter des élites dans la promotion du bien commun. 

« Nous voulons vivre » ! 

Dans diverses célébrations, auxquelles nous avons pris part, nous avons ressenti le profond désir de vivre qui anime ce peuple ! 
Un désir fondé pour beaucoup sur sa foi. 

Les rencontres nous ont fait mieux percevoir tout l'effort de construction qu'il a fallu fournir pour arriver à se remettre debout, à aider d'autres à lever la tête. Les sœurs de la Sagesse, nous ont raconté les efforts consentis pour redémarrer au plus vite la scolarité peu après le séisme : elles avaient à relever un lycée-collège de 1500 élèves. Elles ont accepté de vivre elles-mêmes dans des conditions matérielles très précaires pour pouvoir au plus vite achever un grand bâtiment destiné à accueillir les élèves du secondaire. Comme elles, beaucoup d'autres ont fait des efforts pour poursuivre leur travail, et permettre à d'autres de reprendre vie. Pour toutes ces communautés, l'engagement pour l'éducation est le gage essentiel de la construction de l'avenir du pays.

Visitant les français en mission d'Eglise présents sur l'ile de bien des façons, nous mesurons avec eux tous les progrès accomplis depuis le fatidique 12 Janvier 2010. Ils nous disent que le travail accompli est immense. Engagés avec les Haïtiens dans ce processus, ils sont les témoins actifs de cette « reconstruction » qui n'est pas seulement celle des bâtiments. Les Caritas ont collaboré à un effort de construction de « villages » où le souci du vivre ensemble « communautaire » fait partie du projet initial. Le grand séminaire, qui compte plus de 250 séminaristes pour tout le pays, est en train de passer à une nouvelle étape grâce à l'apport des Pères de St Jacques, pour sortir les séminaristes des tentes dans lesquelles ils vivent depuis 2010 ! Et notre liste d'exemples n'est pas exhaustive. 

Au terme de ce séjour nous voulons dire à notre Eglise de France ainsi qu'aux bonnes volontés : « N'oublions pas Haïti ! » Il faut rester solidaires en soutenant les efforts déjà entrepris, au moment où la tentation d'abandonner est forte parce qu'on a l'impression que « rien ne bouge » ou parce que d'autres sujets de préoccupations ont pris le dessus. Or, tant d'hommes et de femmes, de prêtres et de religieux et religieuses, de volontaires laïcs, sont engagés dans cet effort colossal de reconstruction : encourageons-les ! Le processus est lent certes, mais il est bien là. Écoutons ce cri de séminaristes rencontrés. Alors que nous leur disions notre joie du 1° Janvier « Haïti vit ! », ils répondirent en chœur : « Nap viv ! » (Nous vivons).

Port-au-Prince, HAÏTI, le 6 Janvier 2013

+ Mgr Marc STENGER, évêque de Troyes
P. Luc LALIRE, Pôle Amérique Latine, Conférence des  Evêques de France