50e anniversaire de sa naissance au Ciel

Le bon pape Jean, francophone et francophile

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 790 clics

Le martyrologe romain fait aujourd'hui mémoire du bienheureux pape Jean XXIII - Angelo Giuseppe Rocalli - (1881-1963, élu pape le 28 octobre 1958), francophone et francophile.

Le pape François lui-même lui rendra hommage avec des pèlerins italiens du diocèse de Bergame où le "Bon Pape Jean" était né, exactement à Sotto il Monte. 

Si certaines nations le fêtent le jour anniversaire de l'ouverture du concile Vatican II, le 11 octobre, c'est cependant le 3 juin l'anniversaire de sa "naissance au Ciel": c'est même aujourd'hui le 50e anniversaire de sa mort.

Depuis sa béatification par Jean-Paul II, il repose en la basilique Saint-Pierre et des milliers de visiteurs passent le prier et lui rendre hommage.

Devenu prêtre et "diplomate", il aurait voulu servir l'Eglise en Argentine, justement, mais le pape Pie XII l'enverra comme visiteur apostolique en Bulgarie. Il sera ensuite en Turquie et en Grèce (1935-1944), où il fera des merveilles auprès des réfugiés et notamment des juifs persécutés pour aider leur passage vers la Palestine.

La page de wikipedia qui lui est consacrée précise son rôle pendant la seconde guerre mondiale: il fait distribuer des permis gratuits d'émigration par la délégation apostolique en particulier vers la Palestine sous mandat britannique, des certificats de baptêmes temporaires et des sauf-conduits, ainsi que des vivres et vêtements en s'appuyant sur la Croix Rouge. Il envoie une lettre au roi Boris III de Bulgarie pour qu’il désapprouve la déportation de 25 000 Juifs de Sofia et obtient son aide pour faire sauver par la croix rouge des milliers de juifs slovaques qui étaient déportés en Bulgarie. Il aide le rabbin Yitzhak HaLevi Herzog à alerter le Vatican pour sauver les juifs de Moldavie, et en 1944, ceux de Roumanie (seuls 750 dont 250 orphelins arrivèrent en bateau à Jerusalem). Il rétorque à Von Papen qui lui demandait de dire au pape Pie XII que celui-ci doit rejoindre la croisade anti soviétique: "et que devrais je dire au Saint Père au sujet des milliers de Juifs qui sont morts en Allemagne et en Pologne aux mains des vos concitoyens?" 

En Janvier 1943, il soutient la demande de Berlas auprès du Vatican d'ouvrir d'autres pays neutres à l'émigration juive, informe le gouvernement Allemand que l'agence Juive de Palestine dispose de 5000 certificats d'immigration légaux et fait demander, en vain, à Radio Vatican de diffuser un message comme quoi toute aide à des juifs est un acte de miséricorde que l'église approuve. Quoiqu'ayant peu de marges de manœuvre, Roncalli prend des risques en 1944, recevant à l'état Ira Hirsmann de l'American War Refugee Board et un immigrant Hongrois, et en leur proposant de renforcer une opération locale (des religieuses délivraient à des enfants des certificats de baptême  que les nazis reconnaissaient et qui permettaient aux enfants juifs de quitter la Roumanie). 

Les soeurs de Notre Dame de Sion délivrèrent ainsi des certificats, visas – souvent faux – aux Juifs Hongrois. Ces gestes, pour ceux qu'il nomme les "cousins et compatriotes de Jésus", auraient sauvé de 24 000 à 80 000 Juifs, ce qui justifie pour la fondation internationale Raoul Wallenberg de demander son inscription comme Juste parmi les Nations. 

Dans son témoignage écrit envoyé pour le Procès de Nuremberg il affirme par ailleurs que Von Papen (ambassadeur du Reich en Turquie) aurait permis ce sauvetage de 24 000 Juifs (qu'il aurait pu dénoncer et pour lesquels il fournit des papiers en règle).

Francophile, il aimait particulièrement la France où il a été nonce apostolique après la guerre. Il y était connu pour son humour, sa bonté, sa capacité de dialogue avec qui avait des positions opposées. Il sera aussi le premier Observateur permanent du Saint-Siège à l'UNESCO, à Paris.

Mais pour tout le monde, et spécialement en ce 50e anniversaire et en cette Année de la foi, ill est celui qui a eu la grande intuition de Vatican II et le courage d'enclencher ce processus de réforme dans la continuité, et non pas la rupture, selon l'exégèse du Concile promue par le pape Benoît XVI. Et son document le plus lu, au-delà même des frontières visibles de l'Eglise, est "Pacem in terris" (11 avril 1963).

Lors de sa béatification, le 3 septembre 2000, Jean-Paul II voyait en lui "le Pape qui frappa le monde par son comportement affable, duquel transparaissait sa singulière bonté d'âme": "Le Pape Jean a laissé dans le souvenir de tous l'image d'un visage souriant et de deux bras ouverts pour embrasser le monde entier. Combien de personnes ont été conquises par la simplicité de son âme, liée à une vaste expérience des hommes et des choses! Le souffle de nouveauté qu'il apporta ne concernait pas la doctrine, mais plutôt la façon de l'exposer; sa façon de parler et d'agir possédait un style nouveau, l'attitude de sympathie avec laquelle il approchait les personnes communes et les puissants de la terre était nouvelle. Ce fut dans cet esprit qu'il lança le Concile oecuménique Vatican II, avec lequel il ouvrit une nouvelle page de l'histoire de l'Eglise:  les chrétiens se sentirent appelés à annoncer l'Evangile avec un courage renouvelé et une plus grande attention aux "signes" des temps. Le Concile fut véritablement une intuition prophétique de ce Pontife âgé qui inaugura, au milieu de nombreuses difficultés, une saison d'espérance pour les chrétiens et pour l'humanité."

Il rappelait aussi la naissance au ciel du Bon pape Jean: "Lors des derniers moments de son existence terrestre, il confia son testament à l'Eglise:  "Ce qui compte le plus dans la vie est Jésus-Christ béni, sa Sainte Eglise, son Evangile, la vérité et la bonté". Nous voulons aujourd'hui accueillir nous aussi ce testament, alors que nous rendons gloire à Dieu pour nous l'avoir donné comme Pasteur."