A propos des « vertus héroïques de Pie XII » : déclaration du P. Lombardi

Pour le directeur de la salle de presse la recherche est et doit rester ouverte

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ROME, Mercredi 23 décembre 2009 (ZENIT.org) - Le Saint-Siège souhaite que « prochaine visite du Pape à la Synagogue de Rome soit l'occasion de réaffirmer  et de renforcer en toute cordialité ces liens d'amitié et d'estime » avec la communauté juive, déclare le P. Lombardi.

Pour le directeur de la salle de presse, la recherche historique est et doit rester ouverte : une « reconnaissance des vertus » ou même une « béatification » se situent sur un autre plan.

Le pape doit se rendre pour la première fois à la grande synagogue de Rome le 17 janvier. Ce sera sa troisième visite à une synagogue depuis son élection.

Le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le P. Federico Lombardi, sj, est intervenu ce mercredi matin par une note inspirée par les « réactions suscitées par le décret sur les « vertus héroïques » de Pie XII, annonce la note dont voici notre traduction intégrale de l'italien.

Une déclaration qui survient après des réactions dont nous nous sommes fait l'écho dans les services des 21 et 22 décembre 2009.

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Déclaration

« La signature par le pape du décret sur les « vertus héroïques » de Pie XII a suscité un certain nombre de réactions dans le monde juif, probablement parce qu'il s'agit d'une signature dont la signification est claire dans le milieu de l'Eglise catholique et des spécialistes, et peut mériter des explications pour un public plus large, en particulier le public juif : il est compréhensible qu'il soit très sensible à tout ce qui concerne la période historique de la Seconde guerre mondiale et de l'Holocauste.

« Lorsque le pape signe un décret ‘sur les vertus héroïques' d'un serviteur de Dieu, c'est-à-dire une personne dont la cause de béatification a été introduite, il confirme l'évaluation positive que la congrégation pour les Causes des saints a déjà votée - après un examen attentif des écrits et des témoignages -, sur le fait que le candidat a vécu de façon éminente les vertus chrétiennes et a manifesté sa foi, son espérance, sa charité à une degré supérieur à ce que l'on attend normalement des fidèles. C'est pourquoi il peut être proposé au peuple de Dieu comme un modèle de vie chrétienne. Naturellement, dans cette évaluation, on tient compte des circonstances dans lesquelles la personne a vécu, il faut donc un examen du point de vue historique, mais l'évaluation concerne essentiellement le témoignage de vie chrétienne donné par la personne (son intense relation avec Dieu et la recherche continue de la perfection évangélique - comme le disait le pape samedi dernier dans son discours à la congrégation pour les Causes des saints) et non une évaluation de la porté historique de tous ses choix d'action.

« Même une béatification successive éventuelle se situe dans la même ligne, de proposer au peuple de Dieu - avec une confirmation ultérieure d'un signe de grâces extraordinaires données par Dieu par l'intercession du serviteur de Dieu - un modèle de vie chrétienne éminente. A l'occasion de la béatification de Jean XXIII et de Pie IX, Jean-Paul II a affirmé : « La sainteté vit dans l'histoire et aucun saint n'est soustrait aux limites et conditionnements propres à notre humanité. En béatifiant l'un de ses enfants, l'Eglise ne célèbre pas des options historiques particulières faites par lui, mais elle indique plutôt l'imitation et la vénération de ses vertus à la louange de la grâce divine qui resplendit en elles » (3.9.2000).

« On n'entend donc pas le moins du monde limiter la discussion sur les choix concrets faits par Pie XII dans la situation dans laquelle il se trouvait. Pour sa part, l'Eglise affirme qu'ils ont été faits avec l'intention pure d'accomplir au mieux le service de sa responsabilité de pontife, très élevée et dramatique. En tout cas, l'attention et la préoccupation de Pie XII pour le sort des juifs - une chose certainement importante pour l'évaluation de ses vertus - sont largement témoignées et reconnues aussi par de nombreux juifs ».

« La recherche demeure donc ouverte aussi à l'avenir, et l'évaluation des historiens dans leur domaine spécifique. Et dans ce cas concret, on comprend la requête d'ouverture de toutes les possibilités de recherches sur les documents. Paul VI déjà avait voulu favoriser rapidement une telle recherche avec la publication des volumes des « Actes et Documents ». Pour l'ouverture complète des archives, comme on l'a dit plusieurs fois, il faut mettre en ordre et cataloguer une masse énorme de documents, ce qui requiert un temps technique encore pour de nombreuses années.

« Quant au fait que les décrets sur les vertus héroïques du pape Jean-Paul II et de Pie XII aient été promulgués le même jour, cela ne signifie pas que désormais les deux causes seront conjointes. Les deux causes sont tout à fait indépendantes et elles suivront chacune leur cours. Il n'y a donc pas de motif de faire l'hypothèse d'une éventuelle béatification contemporaine.

« Enfin, les dispositions de grande amitié et de respect du pape Benoît XVI pour le peuple juif ont déjà été manifestées de très nombreuses manières et elles trouvent dans son travail théologique même un témoignage irréfutable. Il est donc clair que la récente signature du décret ne doit en aucune façon être lue comme un acte hostile envers le peuple juif et l'on souhaite qu'elle ne soit pas considérée comme un obstacle sur le chemin du dialogue entre le judaïsme et  l'Eglise catholique. On souhaite au contraire que la prochaine visite du pape à la synagogue de Rome soit l'occasion de réaffirmer et de fortifier avec une grande cordialité ces liens d'amitié et d'estime ».

[Traduction A.S. Bourdin]