Afrique : Dix ans au service de la famille, avenir de l'humanité (II)

Par Christine du Coudray Wiehe

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ROME, dimanche 5 février 2012 (ZENIT.org) – La Fédération africaine d'Action familiale (FAAF) a fêté son 10e anniversaire, au service de « l'épanouissement intégral de la famille comme sanctuaire de la vie et de l’amour », souligne Christine du Coudray Wiehe.

La responsable du département Afrique de l’Aide à l’Eglise en Détresse, au siège de Königstein, en Allemagne, a en effet participé au colloque organisé au Bénin, à Cotonou, du 24 au 26 janvier, en collaboration avec l’Institut pontifical Jean-Paul II pour études sur le mariage et la famille. Elle témoigne de l’importance de cet événement pour tout le continent, et pas seulement.

Le colloque a marqué le 10e anniversaire de la FAAF. La cérémonie de clôture a été présidée par le cardinal Robert Sarah, originaire de Guinée-Konakry, et président du Conseil pontifical Cor Unum (cf. Zenit du 26 janvier 2012). Voici la seconde partie de notre entretien (Cf. Zenit du 3 février 2012, pour le premier volet).

Quelle est l’importance de la FAAF pour l’Afrique ?

Au long des années, nous avons été sollicités par de nombreuses associations en faveur de la famille, disséminées ici et là dans les diocèses, sans réelles structures, sans réelle formation et compétence pour soutenir leur modeste programme. Mais nous ignorions la compétence des formateurs et la qualité des outils utilisés. Nous avons mesuré l’urgence de les inviter à rejoindre la FAAF. Elles brisent ainsi leur isolement, y trouvent un lieu d’échanges et de formation continue, mais aussi réconfort quand tant de vents contraires venus le plus souvent d’Occident viennent contredire l’enseignement de l’Eglise.
Je veux partager ce témoignage personnel alors que j’étais auditrice lors du premier Synode pour l’Afrique en avril 1994 : le Saint Père prendra une seule fois la parole en assemblée plénière, plus d’une heure, pour mettre en garde les quelque 350 évêques, experts et auditeurs, du danger que ferait courir à l’humanité la Conférence du Caire en septembre 1994, sur le thème de la surpopulation, suivie de celle de Pékin sur l’idéologie du « genre ». Nous découvrions incrédules une « pensée » nouvelle, un programme en cours d’édification (ou de déconstruction) pour bâtir une société postmoderne. Pour cela la famille était la cible privilégiée qu’il convenait de disloquer dans sa forme naturelle (père, mère et enfants).
L’Occident mettra du temps à déceler l’agenda de ces conférences internationales aux conséquences incalculables. Parmi ceux qui ont attiré l’attention sur ces questions préoccupantes, notons les travaux de Mgr Tony Anatrella (Conseils pontificaux pour la famille et pour la santé), du P. Michel Schooyans (Académie pontificale des sciences sociales) et de Marguerite Peeters (Conseil pontifical de la culture). Des moyens considérables sont consentis pour briser la famille traditionnelle, pilier de la société. De nouveaux modèles de familles sont proposés, la lutte des sexes a remplacé la lutte des classes, mais le propos est le même : créer la division, briser la communion et la complémentarité. Je me rappelle ma première visite dans le diocèse de Wau, au Soudan. J’avais demandé à rencontrer, en présence de l’évêque, la responsable des programmes en faveur des femmes. Elle m’a montré les documents qu’elles utilisaient : en couverture, le dessin d’une femme qui se lève de terre et brise ses chaînes ! On est bien loin de la communion et de la complémentarité qui fondent la vie du couple, piliers de la société.

Il s’agit de décrypter le langage ?

Un langage nouveau s’est en effet lentement substitué au langage commun, volontairement flou, devenu obligatoire pour qui prétend obtenir un soutien financier de l’extérieur. Ce langage est insinuant, il est vecteur « d’idéologies aliénantes et passagères » - selon l’expression du cardinal Sarah -, il brise la pensée car il impose son diktat. Le cardinal appelle avec force à une résistance de la pensée africaine qui ne peut être colonisée par ces idéologies destructrices. Cette contribution africaine à la construction du monde, que le cardinal appelle de ses vœux, passe par le refus d’un langage aliénant qui ne peut aucunement refléter le lien d’amour et de communion offert par Dieu à l’humanité.
Le cardinal préconise des sessions de formation à tous les niveaux sur les méfaits de l’idéologie du genre, la préparation de gens compétents au niveau des Conférences Episcopales, recommande la formation des enfants qui doivent être instruits dès que possible de la réalité de la famille.
Dans ce combat de David contre Goliath, la partie est apparemment inégale. Pourtant 2 000 ans d’expertise en humanité font de l’Eglise le refuge le plus sûr pour bâtir la famille sur le roc.

La FAAF perçoit-elle les fruits de son action ?

Il suffit de voir les visages des couples qui découvrent cette Bonne Nouvelle, de lire les témoignages qu’ils délivrent au lendemain d’une formation qui leur offre des perspectives nouvelles insoupçonnées, d’écouter les jeunes arrachés à l’emprise de la drogue, du sexe et de l’alcool pour être convaincu que le choix de soutenir de tels programmes de formation est suscité par l’Esprit Saint. Les fruits sont multiples, les témoignages bouleversants et nombreux. C’est l’Esprit Saint qui a invité l’Aide à l’Eglise en Détresse dès la première rencontre de Cotonou à cheminer avec la FAAF. Aujourd’hui de nombreux diocèses sont en attente de la venue d’experts de la FAAF, la formation des formateurs se fait plus pressante, il faut des moyens supplémentaires. La FAAF, par la voix de sa présidente Danièle Sauvage, fait appel à d’autres organismes d’aide pour ne plus entendre ce cri du cœur d’une femme en Centrafrique : « Mais pourquoi êtes-vous arrivés si tard ? Pourquoi n’avons-nous jamais entendu ce message plus tôt ? »

Quels sont les défis à affronter maintenant ?

Nous étions une soixantaine de participants à Cotonou, parmi lesquels une quinzaine de prêtres, aumôniers de la famille ou en formation à l’Institut Jean-Paul II de la Famille.
Un défi a été évoqué à plusieurs reprises durant les débats : comment faire passer ce message de la famille auprès des évêques et des prêtres ? On relève de manière générale une information insuffisante en ce domaine. Peut-être conviendrait-il de prévoir dès le grand séminaire des sessions de formation qui permettraient de susciter davantage de vocations comme aumôniers de la famille.
Les trop rares expériences que nous avons pu soutenir à Bukavu, Kinshasa et Brazzaville, ont reçu un accueil très favorable et le souhait que de telles formations soient renouvelées. Il faut là des moyens mais aussi des formateurs. Nous ne pouvons mésestimer l’importance de ce thème au sein du presbyterium. Plus d’un prêtre, envoyé étudier à l’Institut à Cotonou sans grande conviction, a avoué avoir découvert un monde insoupçonné et passionnant.
Il convient aussi ici de mentionner l’isolement et l’abandon vécus par les hommes depuis que les femmes ont tous les suffrages. A juste titre, une attention nouvelle est apportée à ces dernières, trop longtemps délaissées ou méprisées, mais ces aides massives qui affluent contribuent-elles à leur faire découvrir leur vocation propre, leur dignité et leur fondamentale complémentarité avec les hommes ? Comment pourraient-elles trouver leur juste place dans la famille et la société si les hommes eux-mêmes ne reçoivent pas cette bonne nouvelle d’une vocation complémentaire ?

Au Bénin, il semble que Benoît XVI ait mis en évidence la vocation de l’Afrique de dire la famille au monde ?

Sur le point de quitter la terre Béninoise en novembre dernier, où il avait remis l’exhortation apostolique post-synodale aux évêques, le Saint-Père a donné le plus bel encouragement possible : « Pourquoi un pays africain n’indiquerait-il pas au reste du monde la route à prendre pour vivre une fraternité authentique dans la justice en se fondant sur la grandeur de la famille et du travail ? »
Plus nous soutenons la vie et la famille en Afrique, terre d’accueil de ce message révolutionnaire, en dépit des attaques frontales dont elle est l’objet, plus l’Occident et le monde en recevront les fruits de manière mystérieuse, en un temps qui n’est pas le nôtre.

Propos recueillis par Anita Bourdin