Afrique du Nord : les évêques dénoncent le sort tragique des migrants

Communiqué final de la CERNA, par Mgr Landel

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 600 clics

Les évêques de la CERNA (Maghreb, Sahara) dénoncent le sort tragique des migrants, dans le communiqué final de leur assemblée.

La Conférence épiscopale de la Région nord de l'Afrique qui regroupe les diocèses d'Algérie, Libye, Maroc et Tunisie et la Préfecture Apostolique de Laayoune-Sahara vient de tenir son assemblée de quatre jours à Rome (15-18 juin), au Séminaire pontifical français (PSG).

« Nous dénonçons, disent les évêques, le fait qu'ils soient trop souvent considérés comme des délinquants, y compris par l'opinion. Dans la lignée du travail du pape François contre la traite des êtres humains, nous voulons nous montrer plus attentifs encore à l'exploitation de plus en plus terrible des femmes et des enfants. En même temps, nous soulignons une mutation profonde qui se joue dans nos pays : ils ne sont plus seulement des pays de transit vers l'Europe mais des pays d'accueil. Certains, comme le Maroc, le reconnaissent officiellement. »

« Nous sommes touchés par les situations dramatiques que subissent bon nombre d'entre eux, la violation fréquente de leurs droits, mais aussi les trafics dont ils sont victimes », déclarent les évêques.

Signe de la difficulté de la conjoncture, leurs confrères de Lybie, pour la première fois, n’ont pas pu participer aux travaux.

A.B.

Communiqué final de la CERNA

La Conférence des Evêques de la Région Nord de l'Afrique (CERNA) s'est réunie à Rome du 15 au 18 juin 2014. Y ont pris part les évêques et leurs vicaires généraux ainsi que le préfet apostolique de Laayoune-Sahara et le nonce apostolique à Alger et Tunis. Mgr Vincent LANDEL, archevêque de Rabat et président de la CERNA, a conduit cette réunion, qui s'est tenue à nouveau au Séminaire Français.

Pour la première fois, Mgr Giovanni MARTINELLI, vicaire apostolique de Tripoli, Mgr Sylvester MAGRO, vicaire apostolique de Benghazi, et leurs vicaires généraux n'ont pu participer à la CERNA, en raison de la situation politique et sécuritaire. Nous demeurons en profonde communion de prière avec eux, leurs communautés chrétiennes et le peuple libyen.

Nous avons eu la grâce de concélébrer la messe présidée par le pape FRANÇOIS à Sainte Marthe le mercredi 18 juin, et de le saluer personnellement. Nous avons été touchés par la simplicité de sa prière et son attention à chacun de nous.

Notre travail a essentiellement consisté à préparer un document commun intitulé « Serviteurs de l'Espérance » : il dira l'« esprit de la CERNA ». Il nous aidera à motiver nos Eglises qui sont en constant changement, mais aussi à les faire mieux connaître. Nous espérons pouvoir le présenter au pape FRANÇOIS en mars 2015 durant notre visite ad limina.

« Le sens de nos Rencontres » en 1979 et « Les Eglises du Maghreb en l'an 2000 » nous avaient beaucoup aidés à donner visage à notre présence. Mais depuis, de nombreux événements politiques et sociaux sont venus transformer nos pays respectifs. Nos Églises aussi se sont transformées : par-delà la présence d'anciens et la rotation rapide de familles d'expatriés, arrivent chez nous de nombreux étudiants subsahariens et des migrants venus de tant de régions qui souffrent la violence et le mal-développement ; l'internationalisation des agents et collaborateurs pastoraux contribue à donner un visage nouveau à notre Église, en particulier ceux qui viennent du Sud et les nouvelles communautés. Nous n'aurions pas imaginé il y a quelques années la vitalité et le rajeunissement de nos paroisses. Tout ce que nous vivons ne peut que rejaillir sur l'Église universelle, et il nous paraît important d'en rendre compte.

La question des migrants et de la migration est revenue à de nombreuses reprises dans nos travaux : leur courage, leur espérance, leur foi suscitent bien souvent notre admiration. Ils contribuent de plus en plus à la vitalité de nos communautés chrétiennes, et nous avons la joie de célébrer fréquemment baptêmes et confirmations.

Nous sommes cependant touchés par les situations dramatiques que subissent bon nombre d'entre eux, la violation fréquente de leurs droits, mais aussi les trafics dont ils sont victimes.

Nous dénonçons le fait qu'ils soient trop souvent considérés comme des délinquants, y compris par l'opinion. Dans la lignée du travail du pape François contre la traite des êtres humains, nous voulons nous montrer plus attentifs encore à l'exploitation de plus en plus terrible des femmes et des enfants. En même temps, nous soulignons une mutation profonde qui se joue dans nos pays : ils ne sont plus seulement des pays de transit vers l'Europe mais des pays d'accueil.

Certains, comme le Maroc, le reconnaissent officiellement.

Mme Martina LIEBSCH, responsable migrations à Caritas Internationalis, nous a encouragés à nouer des liens avec les conférences épiscopales et les Caritas des pays d'origine et de destination des migrants afin de mieux coordonner notre action pastorale à leur égard. Dans ce à nouer des liens avec les conférences épiscopales et les Caritas des pays d'origine et de destination des migrants afin de mieux coordonner notre action pastorale à leur égard. Dans ce sens, Mgr Domenico Mogavero, évêque en Sicile, qui accueille beaucoup de migrants, est venu une nouvelle fois réfléchir avec la CERNA et nous a fait part de son expérience en ce domaine.

Nos Eglises veulent s'engager toujours plus dans l'accompagnement et la défense des migrants, et proclamer haut et fort l'injustice profonde de la situation de ces « pauvres de Dieu ».

Nous remercions tous ceux qui oeuvrent au plus près des migrants, dans l'Eglise, mais aussi dans les sociétés civiles de nos pays : ils contribuent à une meilleure reconnaissance des personnes migrantes, et à aider les pouvoirs publics à imaginer des politiques plus respectueuses des droits de ces personnes.

A son invitation, nous avons été reçus à dîner par M. Bruno JOUBERT, l'ambassadeur de France près le Saint-Siège, ancien ambassadeur de France au Maroc. Parmi les convives, le cardinal TAURAN nous a entretenus de l'actualité du dialogue interreligieux et nous a encouragés : « Plus c'est difficile, plus il faut s'y donner. »

Le matin, le Père BOUSQUET, recteur de St Louis des Français et consulteur au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux qui a aussi une ouverture sur le dialogue avec les religions orientales, nous avait aidés à approfondir théologiquement certaines questions relatives à ce dialogue, à mieux fonder notre mission en ce domaine.

Au cours du traditionnel et passionnant tour de table sur la vie de nos pays et de nos Eglises, nous avons particulièrement noté le besoin de formation chrétienne de beaucoup de nos communautés et les initiatives que nos diocèses prennent en ce domaine, en particulier auprès des catéchumènes. Nous mesurons combien il nous faut « inculturer » nos propositions en même temps qu'accompagner les personnes dans leur chemin vers le Seigneur.

Nous avons préparé l'intervention de notre président au prochain Synode sur la Pastorale Familiale à partir de la contribution de chacun de nos pays et de la synthèse qui en a été établie en janvier 2014. Entre autres thèmes importants, nous partagerons l'expérience que vivent les couples islamo-chrétiens et la nécessité d'y voir une véritable vocation à soutenir et à accompagner.

Pour clôturer notre assemblée, nous avons répondu à l'invitation du Cardinal Peter Turkson, Président du Conseil pontifical « Justice et Paix ». Il nous a confirmé qu'il était nécessaire de coordonner, avec les Églises du Sud du Sahara et celles d'Europe, notre réflexion et nos pratiques pastorales sur le dialogue islamo-chrétien et la migration. Il nous assure de la disponibilité du Conseil Pontifical pour accompagner certaines de nos démarches.

La prochaine réunion de la CERNA aura lieu à Rome du 1er au 8 mars 2014 à l'occasion de la visite ad limina des Évêques de la Région Nord de l'Afrique.

+ Vincent LANDEL

Archevêque de Rabat, président de la CERNA

avec les évêques du Maghreb

Rome, le 18 juin 2014