Afrique du sud: être créatifs pour aider les personnes à rencontrer le Christ

Visite ad limina (texte intégral)

Rome, (Zenit.org) Pape François | 972 clics

Le pape François appelle de ses voeux un "nouveau chapitre de l’évangélisation" en Afrique du Sud, mais aussi au Botswana et au Swaziland: "il faut trouver, dit-il, des moyens nouveaux et créatifs pour aider les personnes à rencontrer le Christ à travers une meilleure compréhension de la foi."

Ce vendredi 25 avril, à 11h, le pape François a reçu en audience les évêques de la Conférence épiscopale d’Afrique du sud pour la visite « ad limina Apostolorum », aux tombeaux des apôtres: une visite au pape trois les 5 ans.

Le pape encourage à défendre les droits des femmes et met en garde contre l’avortement qui "aggrave la souffrance de nombreuses femmes qui portent en elles des blessures physiques et spirituelles profondes, après avoir cédé aux pressions d’une culture séculière qui dévalue le don fait par Dieu de la sexualité et le droit à vivre des enfants-à-naître".

Voici notre traduction intégrale du message du pape François, à partir de l'original en anglais.

A.B.

Message du pape François

Chers frères évêques,

Je vous souhaite une chaleureuse bienvenue à l’occasion de votre pèlerinage ad limina Apostolorum, au cours duquel vous êtes venus prier sur les tombes des apôtres Pierre et Paul et réfléchir avec moi sur les joies et les défis de l’Église au Botswana, en Afrique du sud et au Swaziland. Votre présence manifeste votre unité avec le Successeur de Pierre et vous offre une occasion de rafraîchir votre foi et votre ministère comme pasteurs du peuple de Dieu. Je remercie le cardinal Napier pour les aimables paroles de salutation qu’il m’a adressées de la part des catholiques de vos diocèses, prêtres, religieux et fidèles laïcs. Je vous charge de les assurer de mon amour et de ma solidarité dans la prière.

Notre rencontre aujourd’hui nous permet de rendre grâce à Dieu le Père pour la croissance de l’Église dans vos pays, grâce au travail de missionnaires venus de nombreux pays qui, avec les hommes et les femmes autochtones d’Afrique du sud, du Botswana et du Swaziland, ont semé si profondément les graines de la foi de votre peuple. Depuis des générations, ils sont sortis pour le rencontrer là où il se trouvait, dans les villages et dans les villes, et en particulier dans les communes urbaines qui ne cessent de s’étendre. Ils ont construit les églises, les écoles et les cliniques qui servent vos pays depuis presque deux siècles ; cet héritage brille encore maintenant dans le cœur de tous les croyants et à travers les œuvres d’apostolat qui se poursuivent. L’Évangile enseigne que la semence de la Parole, une fois semée, pousse toute seule même lorsque le fermier dort, efficace « à sa manière, et sous des formes très diverses, telles qu’en nous échappant elle dépasse souvent nos prévisions et bouleverse nos schémas » (Evangelii gaudium, 22).

Malgré de nombreux défis, vos pays sont bénis à travers des paroisses florissantes, souvent au prix de grands sacrifices : distances considérables entres les communautés, manque de ressources matérielles et accès limité aux sacrements. Je sais que vous formez des diacres permanents dans certains diocèses, pour assister les prêtres là où ils sont moins nombreux. Il y a un effort concerté pour renouveler et approfondir la formation de catéchistes laïcs qui aident les mères et les pères à préparer dans la foi les jeunes générations. Les prêtres, les religieux et les religieuses travaillent d’un seul cœur et dans un même esprit pour le service des plus vulnérables des fils et des filles de Dieu : les veuves, les mamans seules, les personnes divorcées, les enfants en situation de grande fragilité et surtout les millions d’orphelins à cause du sida, dont beaucoup sont à la tête de leur famille dans les zones rurales. En vérité, la richesse et la joie de l’Évangile sont vécues et partagées par les catholiques avec ceux qui les entourent. Étant une minorité dans des pays où différentes religions sont présentes, les fidèles catholiques doivent s’appuyer de plus en plus sur leurs propres forces, alors que diminue l’aide fournie par les pays qui envoyaient autrefois des missionnaires. Beaucoup d’entre eux travaillent avec une grande générosité dans de nombreux projets caritatifs, manifestant ainsi le visage aimant du Christ envers ceux qui ont le plus besoin de lui. Chacun d’eux est un signe d’espérance pour toute l’Église ! Je prie pour qu’ils continuent de persévérer à la construction du Royaume du Seigneur par une vie qui témoigne de la vérité, et par l’œuvre de leurs mains qui apaise les souffrances de beaucoup.

Vous m’avez parlé de certains des graves défis pastoraux auxquels sont confrontées vos communautés. Les familles catholiques ont moins d’enfants, ce qui a une répercussion sur le nombre de vocations au sacerdoce et à la vie religieuse. Certains catholiques se détournent de l’Église pour rejoindre d’autres groupes qui semblent leur promettre davantage. L’avortement aggrave la souffrance de nombreuses femmes qui portent en elles des blessures physiques et spirituelles profondes, après avoir cédé aux pressions d’une culture séculière qui dévalue le don fait par Dieu de la sexualité et le droit à vivre des enfants-à-naître. De plus, le taux des séparations et des divorces est élevé, même dans beaucoup de familles chrétiennes et, souvent,  les enfants ne grandissent pas dans un environnement familial stable. Nous observons aussi avec une grande préoccupation, et nous ne pouvons que le déplorer, une violence croissante contre les femmes et les enfants. Toutes ces réalités menacent la sainteté du mariage, la stabilité de la vie familiale et, par conséquent, la vie de la société dans son ensemble. Dans cette mer de difficultés, nous, évêques et prêtres, nous devons donner un témoignage cohérent de l’enseignement moral de l’Évangile. Je suis certain que vous ne faiblirez pas dans votre résolution d’enseigner la vérité « à temps et à contretemps » (2 Tm 4,2), soutenus par la prière et le discernement, et toujours avec une grande compassion.

J’apprécie le fait que vous, évêques du Botswana, d’Afrique du sud et du Swaziland, vous soyez unis à votre peuple là où il vit, travaille et étudie, et solidaires du grand nombre de chômeurs dans vos pays. La plus grande partie des habitants peuvent s’identifier facilement à Jésus qui était pauvre et marginalisé, qui n’avait pas de lieu où reposer la tête. Pour répondre à ces besoins pastoraux, je vous demande d’offrir, en plus du soutien matériel que vous pouvez apporter, le soutien plus grand encore d’une aide spirituelle et de sains conseils en matière de morale, vous souvenant que l’absence du Christ est la plus grande pauvreté. Là aussi, il faut trouver des moyens nouveaux et créatifs pour aider les personnes à rencontrer le Christ à travers une meilleure compréhension de la foi.

Un autre défi important auquel j’ai déjà fait allusion est la baisse du nombre des prêtres – qui sont vos premiers collaborateurs pour le service de l’évangélisation – ainsi qu’une diminution notable des séminaristes. Ce qui est nécessaire, c’est un nouvel élan : une promotion fraîche et authentique des vocations sur tous les territoires, une sélection prudente des candidats pour les études au séminaire, un encouragement paternel de ces hommes en formation et un accompagnement attentif dans les années qui suivent l’ordination.

Avec les prêtres, les religieux et les catéchistes laïcs ont joué et jouent encore un rôle vital dans la croissance de vos communautés. Il est essentiel qu’ils reçoivent votre encouragement et votre soutien, en particulier à travers le développement de programmes de formation continue, fermement enracinée dans la Parole inspirée de Dieu, et qui introduise les enfants et les adultes à une vie de prière et à recevoir les sacrements de manière fructueuse. Le sacrement de la réconciliation, en particulier, doit être redécouvert en tant que dimension fondamentale de la vie de la grâce. La sainteté et l’indissolubilité du mariage chrétien, qui se désagrège souvent sous la pression terrible du monde séculier, doit être approfondie par une claire doctrine et soutenue par le témoignage de couples mariés engagés. Le mariage chrétien est en pacte d’amour pour la vie, entre un homme et une femme ; il implique de réels sacrifices afin de se détourner des notions illusoires de liberté sexuelle et pour encourager la fidélité conjugale. Vos programmes de préparation au sacrement du mariage, enrichis par les enseignements du pape Jean-Paul II sur le mariage et la famille, se montrent prometteurs et sont certainement des moyens indispensables pour communiquer la vérité libératrice sur le mariage chrétien ; ils inspirent aussi les jeunes en leur donnant une nouvelle espérance en eux-mêmes et pour leur avenir en tant que maris et femmes, pères et mères.

J’ai aussi noté le souci que vous avez exprimé concernant l’affaiblissement de la morale chrétienne, entraînant une tentation croissante de composer avec la malhonnêteté. C’est un problème que vous avez traité, de manière prophétique, dans votre déclaration pastorale sur la corruption. Comme vous l’avez souligné, « la corruption vole le pauvre…, blesse les plus vulnérables…, fait du mal à toute la communauté…, détruit notre confiance ». La communauté chrétienne est appelée à être cohérente en rendant témoignage aux vertus d’honnêteté et d’intégrité, pour que nous puissions nous tenir debout devant le Seigneur, et devant nos voisins, les mains propres et le cœur pur (cf. Ps 24,4), comme un levain de l’Évangile dans la vie de la société. En gardant à l’esprit cet impératif moral, je sais que vous continuerez à traiter cette question ainsi que d’autres graves problèmes sociaux, comme la situation des réfugiés et des migrants. Puissent ces hommes et ces femmes être toujours accueillis par nos communautés catholiques, et y trouver des cœurs et des foyers ouverts tandis qu’ils cherchent à commencer une nouvelle vie.

Chers frères évêques, dans mon exhortation apostolique Evangelii gaudium, publiée à la fin de l’Année de la foi qui a marqué le cinquantième anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II, j’ai exprimé mon espérance que tous les chrétiens se lancent dans un nouveau chapitre de l’évangélisation, marquée par la joie de l’Évangile, à la recherche de « nouvelles voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années » (cf  N.1). Le temps est venu de raviver le don précieux de la foi afin de renouveler votre dévouement au service du peuple de Dieu. Puissent les saints d’Afrique vous soutenir par leur intercession ! Que Notre Dame d’Afrique soit toujours à vos côtés, et qu’elle vous guide dans la mission que le Christ vous a confiée de partager, de sanctifier et de gouverner.

Dans ces sentiments, et avec une grande affection, je vous donne la bénédiction apostolique ainsi qu’à tous les bien-aimés prêtres, religieux et fidèles laïcs de vos pays !

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat