Afrique du Sud : Lutter contre le SIDA avec du bon sens

Entretien avec Mgr Hugh Slattery

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ROME, Dimanche 13 janvier 2007 (ZENIT.org) - Le préservatif n'est pas une solution efficace pour combattre le SIDA, affirme Mgr Hugh Slattery, et la situation en Afrique du Sud en est la preuve.

Dans un entretien accordé à Zenit, Mgr Slattery, de Tzaneen, en Afrique du Sud, présente le documentaire intitulé « Semer dans les larmes », qu'il vient de réaliser avec le producteur Norman Servais de Metanoia Media, sur l'épidémie du SIDA dans son pays. Ce documentaire vient de gagner le « Grand Prix » au 22ème festival international multimédia catholique « Niepokalanow 2007 ». Il sera suivi de trois autres documentaires.

« La situation est dramatique dans l'ensemble du pays et continue de s'aggraver, explique Mgr Slattery. Au sein de la population adulte, âgée de 15 ans et plus, le taux de personnes contaminées par le virus du SIDA tourne autour de 20%, mais la grande majorité des personnes qui vivent avec cette maladie n'a absolument pas conscience d'être contaminée, si bien que la maladie continue de se propager à une vitesse alarmante ».

Le documentaire explique que la propagation du SIDA dans le pays est essentiellement due à trois facteurs : un manque de suivi des jeunes de la part des parents, une politique non adaptée et l'influence de groupes d'intérêt externes.

L'évêque déplore tout d'abord un manque d'autorité des parents sur leurs enfants.

« La transition à la démocratie dans ce pays a apporté la liberté mais il y a eu un prix à payer, spécialement au niveau des jeunes », explique-t-il. « On a promu de manière agressive une culture des droits de l'homme pour tous, y compris pour les enfants. Les parents ont l'impression de n'avoir plus aucune autorité sur leurs enfants et les laissent faire ce qu'ils veulent ».

« Le gouvernement a voté une loi très libérale sur l'avortement au milieu des années 90, autorisant les mineures à avorter sans le consentement de leurs parents » souligne-t-il par ailleurs.

« En dépit de la promotion qui est faite dans les écoles pour le préservatif, il y a un taux de grossesse élevé parmi les filles en âge scolaire, parfois jusqu'à 20% », précise-t-il.

Mgr Slattery évoque ensuite les influences extérieures qui « encouragent et renforcent ce genre d'attitude ». Il explique que les avantages économiques d'une telle situation sont réels, l'industrie du préservatif étant une industrie multimillionnaire.

« L'Afrique du Sud et les pays voisins du Botswana et du Swaziland ont les taux d'infection les plus élevés au monde et les taux de distribution de préservatifs également les plus élevés », déclare--t-il.

Pour l'évêque de Tzaneen, « la conclusion est évidente : plus de préservatifs signifient plus de cas de SIDA et plus de morts ». Mais « il est bien sûr ‘politiquement incorrect' aussi bien ici que dans le monde occidental, d'envisager l'éventualité que le préservatif puisse en réalité alimenter cette maladie mortelle au lieu de la freiner », constate-t-il.

Le documentaire présente une image des enfants qui semblent peu affectés par la réalité de la mort.

« Il est probable que certains enfants pensent qu'ils vont mourir jeunes du SIDA. Je pense à ceux qui ont perdu leurs parents ou d'autres membres de leur famille à cause de cette maladie, explique Mgr Slattery. On dirait que beaucoup considèrent désormais tous les enterrements qui ont lieu le week-end comme une chose normale. La plupart de ceux qui sont enterrés sont jeunes ou d'âge moyen et, auparavant, de telles morts auraient été considérées comme anormales ».

« Aujourd'hui, à cause du SIDA, il y a un profond sens de découragement et de fatalisme. Il y a beaucoup de douleur, de souffrance, de silence, de honte, de colère, de culpabilité, de confusion et d'accusations, en famille et dans les communautés », poursuit-il.

« Notre société est traumatisée et paralysée par cette pandémie incontrôlable qui se poursuit, et le nombre d'orphelins du SIDA et de familles gérées par des enfants, est en augmentation constante », déclare Mgr Slattery.

L'objectif de l'Eglise dans le pays est de « lever le voile du secret sur le SIDA et d'inciter les gens à en parler ouvertement », explique l'évêque de Tzaneen.

« On leur fait croire qu'il n'y a pas de véritable crise. Ils voient que beaucoup de jeunes meurent mais on leur dit qu'ils attrapent le SIDA parce qu'ils n'utilisent pas le préservatif correctement. Derrière tout cela il y a une croyance largement répandue selon laquelle les personnes qui meurent du SIDA ont été ensorcelées », poursuit-il.

« La première étape décisive est de tenter de convaincre les populations qu'il existe un problème, et en réalité une véritable crise nationale. C'est l'objectif du premier DVD ‘Semer dans les larmes' », explique Mgr Slattery.

« La deuxième étape est de montrer aux populations, également de manière convaincante, qu'il existe aussi une réponse. C'est l'objectif du deuxième DVD ‘Le changement a commencé', qui montre que l'abstinence avant le mariage et la fidélité dans le mariage enrayeront rapidement la diffusion du SIDA », ajoute-t-il.

Mgr Slattery explique que ce troisième DVD présente la situation en Ouganda qui a réussi à combattre très efficacement le SIDA.

« L'Ouganda a été le premier pays à combattre résolument l'épidémie du SIDA au début des années 90, souligne-t-il. La position forte et claire du président Museveni a constitué l'élément décisif qui a ralenti la diffusion du SIDA, faisant passer le taux de personnes affectées de plus de 25% à 6% en 2002 ».

« Il a prêché le bon sens et non le préservatif » constate-t-il, « encourageant l'abstinence avant le mariage et la fidélité dans le mariage, comme des valeurs culturelles ».

« Le troisième DVD portera sur le soin aux malades, aux mourants et sur les orphelins du SIDA, et le dernier sur le mariage et la famille comme solution réelle à la pandémie du SIDA », précise Mgr Slattery.

« Il est très improbable que la Journée mondiale du SIDA ait un jour comme slogan ‘abstiens-toi et sois fidèle'. C'est une réponse qui forge le caractère, assure une bonne vie de famille, ne coûte rien et a 100% de garantie de succès », constate-t-il.

Mgr Slattery précise que des rumeurs sur le rôle de l'abstinence et de la fidélité pour combattre le SIDA, circulent au sein du gouvernement d'Afrique du Sud. « Espérons que ces rumeurs se confirment et se renforcent », conclut l'évêque de Tzaneen.

Carrie Cress/Gisèle Plantec