Afrique et Madagascar : l'Eglise pour la dignité des femmes et des filles

Bilan de la première rencontre de la pastorale de la route/rue

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Anne Kurian

ROME, lundi 12 novembre 2012 (ZENIT.org) – Dans sa pastorale de la route/rue en Afrique et à Madagascar, l’Eglise s’engage spécialement pour la dignité des femmes et des filles, luttant contre la traite et l’exploitation sexuelle.

La première rencontre intégrée sur la pastorale de la route/rue pour le continent d’Afrique et Madagascar a en effet eu lieu à Dar-es-Salaam (11-15 septembre 2012) en Tanzanie, promue par le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement (CPPMPD) en collaboration avec la Commission épiscopale pour la même pastorale de la Conférence épiscopale de Tanzanie (cf. Zenit du 10 septembre 2012).

Le document final, qui s’inspire de l’exhortation apostolique post-synodale Africae munus (2011), vient d’être rendu public après l’approbation des 82 participants, de 31 pays d'Afrique et de Madagascar, en présence du cardinal Polycarp Pengo, archevêque de Dar-es-Salaam et Mgr Francisco M. Padilla, nonce apostolique en Tanzanie.

La Pastorale de la Route/Rue, rappelle le texte, « concerne la sollicitude l'Eglise envers les routiers et la sécurité routière, les femmes et les filles de la rue, les enfants de la rue et les personnes sans domicile fixe ». La rencontre a été animée par différents intervenants, des séminaires, des témoignages et des exposés.

Le document émet des recommandations à l’attention des Conférences épiscopales aux niveaux national, régional et continental (SECAM), aux diocèses et aux Conférences des Supérieurs Majeurs (CSM).

La vie consacrée, témoignage puissant

Les participants s’inquiètent particulièrement du « phénomène inquiétant de la traite des jeunes filles et des femmes en vue de l'exploitation sexuelle » : ils demandent « des efforts coordonnés » pour prévenir « la traite des femmes, des jeunes filles et des enfants en vue de leur exploitation sexuelle et dans le travail ».

Pour ce faire, ils invitent à « faire pression sur les gouvernements africains pour que la loi et l'ordre soient appliqués pour la protection de la dignité et de la vie des femmes, des jeunes filles et des enfants innocents ».

A la base de la vie de prostitution de femmes et de jeunes filles, le texte diagnostique « une domination masculine déséquilibrée » mais aussi « la pauvreté, la criminalité, les systèmes juridiques faibles, certaines pratiques traditionnelles ».

Parmi les actions générales, il encourage à « promouvoir la vie consacrée et religieuse des femmes comme une valeur et un témoignage puissant », mais aussi à promouvoir la formation des « mentalités, attitudes et psychologies » des hommes dans le respect de la dignité des femmes, des jeunes filles et des enfants.

Comme action prioritaire pour lutter contre ce fléau, le texte recommande la création d'un « service spécial affecté aux programmes d'éducation et de formation », formation à introduire dans les Séminaires et dans les Maisons de Formation ainsi que dans les Ecoles catholiques.

Il s’agit également de « mettre l'accent sur l'inculturation de l'Evangile comme priorité dans tous les programmes pastoraux diocésains en vue de libérer les personnes des pratiques néfastes qui discriminent et sapent la dignité des femmes, des jeunes filles et des enfants ».

Les participants soulignent l'importance de la « collaboration interreligieuse et œcuménique », tant aux niveaux « national, régional » que « continental », pour défendre les femmes, invitant à « développer des réseaux pour assister les victimes ».

La famille africaine, fondement des valeurs

Le texte conseille également d’introduire des « Lieux de culte aux stations des bus et dans les gares des trains, avec un ministère de la présence et du conseil ».

Il dénonce par ailleurs « la situation lamentable des jeunes », confrontés à « la faim, à la maladie, à l'exploitation, à la perte de dignité et parfois même à la mort », à cause de « la corruption individuelle ou de celle des gouvernements ».

Il déplore également le « phénomène des enfants de la rue et de la route », à cause de « la pauvreté, la violence domestique, les abus sexuels, la désintégration des familles, l'abandon, certaines pratiques traditionnelles, l'analphabétisme », qui contribuent à « la diffusion de maladies telles que l'HIV/SIDA ».

C’est pourquoi les participants réaffirment « l'importance de la famille africaine comme fondement des valeurs humaines éducatives et affectives » pour le bien individuel et commun.

Ils invitent à « développer des nouvelles formes d'évangélisation adaptées au contexte de la route/rue », qui est « un lieu privilégié d'évangélisation et d'éducation ».

Ils proposent enfin de convoquer une assemblée spéciale des délégués nationaux, dans un an, pour constater et vérifier si ces actions ont été prises en considération et mises en œuvre.   

Les participants font également part de leur « joie profonde » pour la « proximité spirituelle » de Benoît XVI, qui leur a adressé un message (cf. Zenit du 11 septembre 2012). Le cardinal Antonio Maria Vegliò, Président du CPPMPD, a également fait parvenir un message (cf. Zenit du 11 septembre 2012).