Aimer les pauvres c'est vivre à leurs côtés

Expérience de époux Dotta et de leurs enfants en Haïti

Rome, (Zenit.org) Luca Marcolivio | 732 clics

Les familles aussi peuvent apporter leur contribution dans le domaine d’une « Eglise pauvre pour les pauvres »: c’est le cas des époux Davide Dotta et Anna Zumbo, missionnaires à Haïti pour le compte de la Caritas de 2010 à 2013, avec leurs deux jeunes enfants Giona et Tobia, aujourd'hui de 4 et 6 ans.

Les Dotta ont témoigné de leur expérience dans la Sale de presse du Vatican, lors de la présentation du message du pape François pour le Carême 2014, par le cardinal Robert Sarah, président du Conseil pontifical « Cor Unum ».

Davide est parti pour Haïti en février 2010, quelques semaines après le terrible séisme qui ravagea le pays, déjà affligé par des décennies de sous-développement et de mauvaise gouvernance : sa femme et ses enfants l’ont rejoint quelques mois plus tard.

« La Caritas italienne – a raconté Anna Zumbo – nous proposait un type d’intervention  qui consistait à accompagner l’Eglise et la Caritas haïtienne, avec toutes les organisations ecclésiales locales ».

Dans un contexte d'après la première urgence, le défi pour cette jeune famille italienne était de « tisser des relations significatives avec nos partenaires, non seulement pour faire face à l’urgence mais pour faire naître des projets communs sur de longues périodes et qui partent réellement du bas de l’échelle », a expliqué la missionnaire laïque.

Anna Zumbo a rappelé qu'Haïti a connu plusieurs formes de colonialisme, même après son indépendance, avec des effets « encore plus terribles », sur lesquels pèse la forte ingérence internationale : un scénario qui compliquait l’intervention des missionnaires étrangers.

« Les pauvres savent que souvent le pouvoir et le luxe se transforment en idoles qui menacent la dignité humaine et la fraternité universelle », toutefois « ils n’arrivent pas à s’émanciper de la dépendance des riches, restent des assistés et raisonnent comme tels », a poursuivi la missionnaire.

Pour la famille Dotta, la perspective qui allait donc le plus de soi était de se limiter à être de simples « assistants », toutefois « il est plus facile d’assister que de partager » et cela « ne crée pas de relations assez fortes entre celui qui demande de l’aide et celui qui en donne ».

D’où leur choix, au bout de quelques mois, d’abandonner la zone résidentielle de la capitale, pour aller s’installer en périphérie, dans une maison spartiate, recouverte d’un toit en tôle, sans grilles ni porte d’entrée en fer, ni gardiens armés.

Giona et Tobia sont inscrits à l’école maternelle créole locale, où ils se lient d’amitié avec les enfants plus pauvres du quartier, loin des lieux d’agrégation et des services mis à la disposition des étrangers (magasins, locaux, hôpitaux): ils ont appris le créole et Anne parle le français avec des pépites créoles dans la voix.

Donc un choix de pauvreté : pas de courant électrique dans la maison, courses au marché au milieu des routes pleines de boue, plutôt que dans des supermarchés climatisés, messe en paroisse et pas seulement à la nonciature apostolique.

Les Dotta choisissent donc de sortir du ‘palais’, pour adopter un mode de vie sobre, pour vivre au milieu des habitants les plus humbles, en partageant leur vision de la réalité, pour nouer des relations fraternelles avec eux, en lançant un vrai processus de développement.

« Nous nous sommes intégrés dans le quartier, avons partagé la tendresse de moments comme les naissances, les jeux des enfants, la compassion des malades, la joie du partage des repas, qui sont toutes des expériences que nous n’aurions pu avoir si nous étions restés dans le ‘palais’ », a raconté Anna.

Unique famille avec enfants arrivée à Haïti après le tremblement de terre, les Dotta ont appris une foule de choses à commencer par « se mettre de côté pour mettre en valeur les autres et avec eux se découvrir soi-même », en faisant l’expérience d’ « une communion qui génère quelque chose de nouveau, de plus beau que si on le faisait seuls ».

Cette jeune famille italienne a découvert aussi que « la pauvreté ne limite pas mais force et répand la richesse culturelle et morale. Nous avons expérimenté que pour pouvoir accompagner quelqu’un il faut le connaître, le comprendre et avoir une idée de là où il veut aller, apprendre à parler sa langue, comprendre son univers de sens, indispensable pour créer une relation durable ».

Partager avec une population comme celle la population haïtienne cela veut dire aussi savoir accepter leurs temps plus longs, leur conception de la vie où « être pressé » est une attitude presqu’inconnue.

« Pauvreté veut dire ne pas prétendre tout faire tout seul mais avoir de la patience et être disponible », a commenté Anna Zumbo.

L’expérience haïtienne fut extrêmement significative aussi pour les petits Tobia et Giona, arrivés avec leurs parents à l’âge de deux ans et demi et huit mois. Durant ces trois années, les enfants « ont eu accès à des opportunités qu’en Italie ils n’auraient pas eues », a dit leur mère.

« On nous nous disait que nous étions fous de les emmener là-bas – a poursuivi Anna Zumbo – au contraire cela fut une grande expérience pour eux. Ils ont appris la sobriété, à dîner à la lumière de lampes à huile, étaient indifférents au petit vêtement qu’ils portaient, marchaient pieds nus dans la rue … ».

Tobia et Giona ont expérimenté eux aussi la diversité culturelle, ont connu d’autres aliments, d’autres saveurs, odeurs, traditions, ont appris à s’attacher à des personnes très différentes d’eux, à vivre la communion avec les enfants du quartier, en les accueillant à la maison comme des frères, en partageant avec eux le pain de leur goûter et leur jouets ».

Maintenant que la famille Dotta est définitivement rentrée en Italie, les deux enfants « ont du mal à vivre cette forme de fraternité si pure et spontanée », a poursuivi leur mère.

Ils s’étalent en effet habitués à « vivre la maison toujours ouverte, à accueillir toujours des invités. Et ils nous demandent pourquoi leurs nouveaux petits amis ne veulent pas venir les voir tous les jours … ».

Traduction d'Océane Le Gall