Aimer ses ennemis, c'est "une bonne affaire"

Homélie du matin

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 1563 clics

L’amour pour les ennemis « rend pauvre » à l'image de Jésus « qui est venu à l’homme et s’est fait pauvre ». Si « selon les critères du monde ce n’est pas une bonne affaire », cependant « cette pauvreté est semence de fécondité et d’amour pour les autres ».

C’est ce qu’a déclaré le pape François au cours de la messe qu’il a célébrée ce matin, mardi 18 juin 2013 à la Maison Sainte-Marthe, en présence d’un groupe de collaborateurs de la préfecture des affaires économiques du Saint-Siège et des Musées du Vatican.

Selon Radio Vatican et L’Osservatore Romano, le pape a commenté l’Evangile du jour où Jésus exhorte ses apôtres : « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5,43-48).

Comment aimer ses ennemis qui « prennent la décision de faire un bombardement et de tuer tant de personnes ? » ou ceux qui « par amour de l’argent empêchent les médicaments de parvenir aux personnes âgées et les laissent mourir ? », ou encore ceux qui cherchent seulement « leur propre intérêt, leur propre pouvoir et font tant de mal ? ».

« C’est une chose difficile que d’aimer son ennemi », mais Jésus le demande : c’est la « mise à jour de la loi », de la loi sur le mont Sinaï à la loi sur le mont des Béatitudes.

Une bonne affaire

L’amour pour les ennemis « appauvrit » celui qui le pratique, il le « rend pauvre » comme Jésus « qui est venu à l’homme, s’est abaissé et s’est fait pauvre ».

« Si l’ennemi rend plus pauvre, selon les critères du monde, ce n’est pas une bonne affaire ». Mais c’est « la route que Jésus a suivie », qui de riche s’est fait pauvre : « dans cet abaissement de Jésus, réside la grâce qui justifie tous les hommes, qui les rend riches ».

C’est le « mystère du salut » : « avec le pardon, avec l’amour des ennemis, [le chrétien] devient plus pauvre : l’amour l’appauvrit, mais cette pauvreté est semence de fécondité et d’amour pour les autres. Tout comme la pauvreté de Jésus est devenue grâce de salut pour tous, richesse… ».

Pour aimer, il faut prier

Pour aimer ses ennemis, Jésus enseigne « deux choses » : il s’agit d’abord de regarder vers le Père qui « fait se lever le soleil sur les bons et les méchants » et qui « fait tomber la pluie sur les justes et les injustes ». Dieu « a de l’amour pour tous ». Et Jésus demande d’être « parfaits comme est parfait le Père Céleste », « d’imiter le Père avec cette perfection de l’amour ».

Pour aimer ses ennemis, il faut aussi « prier » : le croyant qui « prie pour celui qui le fait souffrir » reçoit « l’huile » du Seigneur, qui « prépare son cœur à la paix ».

« Prier ! C’est ce que Jésus conseille : ‘Priez pour vos ennemis ! Priez pour ceux qui vous persécutent ! Priez !’. Dire à Dieu : ‘Change son cœur. Il a un cœur de pierre, mais change-le, donne-lui un cœur de chair’ ».

Quand le rapport s’inverse

Le pape a invité à un examen de conscience : « Est-ce que je prie pour mes ennemis ? Est-ce que je prie pour ceux qui ne me veulent pas du bien ? Si la réponse est ‘oui’, alors: ‘Continue, prie plus, c’est une bonne route’. Si la réponse est ‘non’, le Seigneur dit : ‘Mon pauvre. Toi aussi tu es l’ennemi d’autres !’ ».

Le rapport peut en effet s’inverser : « nous aussi nous devenons si souvent les ennemis des autres : nous ne voulons pas leur bien ».

Il n’est « pas facile » d’aimer son ennemi : le baptisé pense parfois « que Jésus en demande trop : Laissons cela aux religieuses cloîtrées… laissons cela pour quelque âme sainte, mais pour la vie commune ça ne marche pas ».

Pourtant, « il faut le faire », aussi grosse que soit la faute de son ennemi : « Sinon vous êtes comme les publicains, comme les païens. Vous n’êtes pas chrétiens ». Sinon, c’est « la vengeance, œil pour œil, dent pour dent », qui se perpétue.

Pour conclure, le pape a invité les personnes présentes à offrir la messe pour « leurs ennemis, pour ceux qui ne leur veulent pas de bien, ceux qui ne les aiment pas » : « Que le Seigneur enseigne cette sagesse si difficile, mais si belle car elle fait ressembler au Père, et au Fils, à Jésus, qui dans son abaissement s’est fait pauvre pour enrichir [l’homme], par sa pauvreté ».