Algérie : don du pape pour la basilique Saint-Augustin

A Annaba, tout un symbole pour chrétiens et musulmans

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ROME, mercredi 15 février 2012 (ZENIT.org) – Benoît XVI a offert un don personnel pour la rénovation de la basilique Saint-Augustin, construite là où ce Père de l’Eglise enseignait, en Algérie, à Annaba.

La basilique est actuellement en pleine rénovation et la fin des travaux est prévue pour début 2013.

Mgr Paul Desfarges, évêque de Constantine et d’Hippone, explique à Zenit le sens du geste du pape et ce que représente la basilique.

Zenit - Le pape a fait un don pour la rénovation de la basilique Saint-Augustin, à Annaba. Vous l'aviez sollicité personnellement ?

Mgr Paul Desfarges - Oui, la charité des Eglises sœurs et des communautés a été sollicitée. La « Papal Fondation » a fait un don. Mais j’ai aussi sollicité Benoît XVI qui a désiré faire un don personnel. Je sais qu’il a à cœur que la figure de saint Augustin continue d’être connue et vénérée sur les lieux même où saint Augustin fut évêque.

Benoît XVI a une grande "amitié" pour saint Augustin ?

Notre pape fait souvent référence à saint Augustin. Sa pensée théologique est marquée par ses études sur saint Augustin. Vous savez, chacun d’entre nous a l’un ou l’autre saint ou sainte qui devient son ami(e). Je crois que saint Augustin compte parmi les amis de Benoît XVI. Ici, nous appelons parfois les enfants du pays qui s’ouvrent au Mystère de Jésus, « amis de saint Augustin ». Ils ont fait, à leur manière, l’expérience d’Augustin. « Je te cherchais dehors et tu étais dedans, dira Augustin, parlant de sa conversion. » Le pape fait aussi référence à cette expérience centrale d’Augustin.

En quoi cette basilique est-elle un lieu symbolique pour le dialogue entre chrétiens et musulmans ?

Cette basilique est la fierté des gens d’Annaba. Elle a un véritable cachet architectural. L’Algérie veut l’inscrire aux monuments historiques. Les maîtres verriers qui restaurent les vitraux, très endommagés, ne tarissent pas d’éloge sur la qualité de ces vitraux.  Mais surtout, la basilique est de plus en plus visitée par des Algériens de toute condition. Ces visiteurs savent bien qu’ils ne viennent pas voir  un musée, mais qu’ils entrent dans un lieu de silence et de paix, pour mieux connaître leur ancêtre, Augustin. Ils sont fiers de ce penseur universel, de ce docteur de l’Amour. A travers Augustin, c’est tout le passé chrétien de l’Algérie qui est rendu à son peuple. De plus en plus d’études, de thèses, sont faites en Algérie sur saint Augustin. C’est pourquoi cette basilique est un lieu de dialogue entre chrétiens et musulmans. Les Pères augustins qui animent les offices célébrés à la basilique, assurent une permanence pour l’accueil des visiteurs et des pèlerins. Et juste à côté, une maison des Petites sœurs des pauvres prend soin de personnes âgées, souvent de conditions très modestes. Les gens d’Annaba sont très généreux et aident cette maison à vivre. La colline d’Hippone est une sainte colline.

Cette basilique a à peine plus de 100 ans – elle a été consacrée le 29 mars 1909 – Pourquoi a-t-elle été construite à cet endroit ?

La basilique se trouve sur une colline, au pied de laquelle, à quelques centaines de mètres, se trouve le site archéologique d’Hippo-Regius, nom d’Hippone au temps de saint Augustin. Et au cœur de ce site se trouvent les vestiges de la basilique de la Paix, où saint Augustin annonçait l’Evangile de l’Amour à son peuple. Et, en 1839 je crois, un autre grand ami de saint Augustin, Mgr Antoine Dupuch (premier évêque d'Alger, ndlr) voulut qu’une basilique dédiée à saint Augustin soit édifiée non loin de la basilique ancienne. C’était un signe que la même Eglise de toujours continuait et continue l’aventure de saint Augustin et de l’annonce de la Bonne Nouvelle de l’Amour.

Des organismes français contribuent également à la rénovation ?

Il faut d’abord citer les financements publics algériens, en particulier le soutien important de la Wilaya et de l’Assemblée communale d’Annaba. Il faut ajouter des mécènes privés, algériens, français et d’autres pays d’Europe. Quant à la Région Rhône-Alpes, elle a signé une convention de financement à cause des liens de cette Région avec l’Est algérien. Annaba est jumelée avec Saint-Etienne, Lyon est jumelée avec Sétif, Grenoble est jumelée avec Constantine. Comme la Région Paca (Provence-Alpes-Côte d'Azur) de Marseille avait été sollicitée pour la restauration de la basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger, la Région Rhône-Alpes l’a été pour la basilique Saint-Augustin d’ Hippone.

Propos recueillis par Anne Kurian