Amazonie : « L’Europe doit se réveiller », disent les évêques

Un désastre qui « concerne toute la planète »

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ROME, Vendredi 16 avril 2010 (ZENIT.org) - « L'Europe doit se réveiller », disent les évêques de la région amazonienne du Brésil. Un désastre actuellement en cours concerne « toute la planète » et peut-être spécialement la France, étant donné la frontière avec la Guyane.

Les évêques de la région Nord II du Brésil, ont effectué cette semaine leur visite ad limina et ils ont rencontré la presse jeudi soir au siège de Radio Vatican. Ils représentent les populations des diocèses de Conceição do Araguaia, Rondonópolis, Itaituba, Marajó, Xingu (groupe reçu aujourd'hui par Benoît XVI) et de Belém do Pará, Bragança do Pará, Castanhal, Macapá, Marabá et Santarém (groupe reçu hier), de Abaetetuba, Ponta de Pedras, Cametá, Óbidos (groupe reçu lundi 12 avril).

Cette synthèse ne permet pas de citer en détail les intervenants et les tenants et les aboutissants de ce rapport très riche et bouleversant sur la situation des populations. Nous nous contentons de citer les principales préoccupations des pasteurs de ces populations amazoniennes.

Les principales préoccupations sont à la fois sociales - la pauvreté, la prostitution et l'exploitation sexuelle des mineurs -, agraires, avec l'accaparement des terres par de grands propriétaires et la monoculture (pour faire notamment l'huile de palme pour le biodiesel, ce qui épuise la terre), environnemental - l'exploitation minière et le grand projet gouvernemental hydro-électrique qui provoquera une catastrophe dont les conséquences seront désastreuses pour la « planète » - et spirituel : le pullulement des sectes aux promesses mensongères : « prie et tu auras la richesse », etc...

Trois des évêques actuellement à Rome sont sous menaces de mort pour avoir dénoncé l'exploitation sexuelle des mineurs. L'assassinat de Sr Dorothy dont seulement un mandataire a été condamné hier, à 30 ans de prison : c'est la 5e sentence... « Elle a été exécutée » ont dénoncé les évêques. Une autre religieuse qui défend les paysans pauvres, sr Enrichetta est aussi menacée de mort, et l'exemple de sr Dorothy montre que ce ne sont pas des menaces en l'air. Les menaces s'accompagnent de campagnes de calomnie et d'incitation à la haine.

Les évêques sont aussi engagés dans le soutien des populations opposées aux projets gouvernementaux de barrages hydro-électriques pour 5 centrales : un projet qui rayerait de la carte l'environnement naturel de plus de 20.000 Indios dont les Munduruku qui ont leur propre culture, leur langue et vivent de la pêche sur les rives du fleuve.

Malgré les promesses, le projet « pharaonique » avance « sans consultation » et surtout les populations expropriées dans des conditions semblables n'ont toujours pas été indemnisées ou bien ont retrouvé une maison mais pas de terre, alors que ce sont des cultivateurs, ce qui ne présage rien de positif pour une éventuelle indemnisation.

Pour ce qui est de l'environnement, les évêques ont aussi noté que les barrages ne seront pas rentables : une partie de l'année l'eau n'est pas suffisante. Et puis le reste de l'année, les eaux stagnantes provoqueront le développement de moustiques et de parasites qui apporteront malaria et dengue.

L'idée d'acheminer des populations de milliers de travailleurs « par hélicoptère » pour préserver l'environnement de la région est aussi trompeuse : combien faudrait-il d'hélicoptères pour les hommes et le matériel ? De plus, les villes comme Santarem ou Altamira ne sont pas prêtes à accueillir soudain un tel surplus de population immigrée.

La prostitution est fille de cette pauvreté et du déplacement de populations. Avec une grande impunité, et des complicités chez les autorités. Lorsque 117 dénonciations arrivent pour l'exploitation sexuelle, 4 arrivent devant le juge. Des centaines de milliers de cas ont été dénoncés.

L'Eglise se bat aussi contre les accapareurs des terres : en particuliers ces « squatters » envoyés pour expulser peu à peu les habitants légitimes des terres par les menaces, le harcèlement et l'intimidation.

Les évêques soutiennent les actions en justice nécessaires dans ces différents domaines mais se plaignent du peu d'écho ou de solidarité dans le monde avec les populations d'Amazonie, alors que la « planète entière » est concernée par ce désastre qui pourrait bientôt être « irréversible ».

Ils demandent à l'Europe de se « réveiller » et estiment que si la France mettait en place en Guyane un vrai projet de développement cela pourrait avoir un impact positif sur toute la région.

Pourquoi le pape n'en a-t-il pas parlé hier ? Premièrement, expliquent les évêques, parce qu'à chaque groupe du Brésil qui vient en visite ad limina le pape remet un message sur un thème. Cette fois-ci l'eucharistie, en vue du congrès eucharistique. Il faut attendre la visite du dernier groupe pour avoir un tableau d'ensemble des messages du pape à l'Eglise du Brésil.

Mais cela n'empêche pas les évêques d'en avoir parlé dans leurs conversation avec le pape qui a demandé des « fiches » sur ces différentes questions.

Les évêques ont aussi rencontré les différents dicastères, notamment « Justice et Paix » qui entend mobiliser les réseaux Justice et Paix du monde pour que les informations passent et la solidarité.

Anita S. Bourdin