Appel de dix ex-otages pour Florence Aubenas et Hussein Hanoun

Témoignage de prière d’anciens otages en Irak

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CITE DU VATICAN, Jeudi 24 mars 2005 (ZENIT.org) – Au moment où dix anciens otages journalistes français ont appelé à la libération de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun ce matin, à Paris, au parvis des Droits de l'Homme, nous publions des extraits du témoignage d’anciens otages sur la prière dans cette situation extrême.



Le texte de la déclaration de ce matin a été écrit par Georges Malbrunot, ancien otage en Irak avec Christian Chesnot, en collaboration avec Jean-Paul Kauffmann et Jean-Louis Normandin.

Florence Aubenas, 43 ans, grand reporter pour le quotidien français Libération, et Hussein Hanoun Al-Saadi, âgé d'une quarantaine d'années, son assistant irakien, ont disparu depuis 78 jours, le mercredi 5 janvier 2005. La journaliste et son interprète n'ont plus été vus depuis qu'ils ont quitté leur hôtel, à Bagdad.

Dix des 17 anciens otages journalistes ou collaborateurs de médias français étaient présents ce matin au Trocadéro: Jean-Paul Kauffmann, Georges Hansen, Jean-Louis Normandin, Roger Auque, Michelle Ray-Gavras, Jean-Jacques Le Garrec, Roland Madura, Alexandre Jordanov, Ivan Cereix, Jérôme Bony, Jean-François Renoux et Eric Giet.

Cette déclaration a été lue en français, en anglais et en arabe (cf. www.rsf.fr).

« Nous, anciens otages français réunis aujourd'hui à Paris, lançons un appel aux ravisseurs de Florence et de Hussein pour qu'ils sortent de leur silence et trouvent rapidement une issue permettant la libération de nos deux amis.

« Nous savons par expérience combien est destructrice l'injustice de cette détention, l'absence de nouvelles, l'incertitude du lendemain et la sensation d'abandon. Dans des pays et des conditions de détention différents, nous avons tous souffert de cet isolement et de cette angoisse de chaque instant. Certains d'entre nous ne s'en sont pas remis.

« Nous avons conscience que la solidarité des Français a permis notre délivrance. La mobilisation est essentielle pour conjurer l'oubli. Elle est indispensable aussi pour peser sur l'action de nos gouvernants. Plus vigoureux sera le soutien de l'opinion publique, plus vite les autorités françaises aboutiront. Aussi appelons-nous chacun où il est à se mobiliser, à porter par exemple le badge violet sur lequel les noms de Florence et Hussein sont inscrits.

« Aucun geste n'est dérisoire. Au contraire, l'accumulation de tous ces actes ne pourra que hâter la délivrance. Mais le temps presse ».

Christian Chesnot confiait naguère à « Famille chrétienne » en évoquant la mobilisation qui a précédé sa libération et les otages encore à libérer: « Je veux devenir un homme meilleur, plus disponible à Dieu et aux autres. Surtout, quand je vois l’élan extraordinaire qui nous a entourés ! Surtout, quand je pense aux confrères prisonniers et à tous les autres otages – trente en Irak, trois mille en Colombie ! Cette épreuve m’a ouvert des voies de compassion, d’empathie et de reconnaissance. Il y a un avant et un après ».

A propos de la prière, pendant leur captivité, Christian Chesnot et Georges Malbrunot confiaient à Luc Adrian (cf. Famille Chrétienne, 1410, cité par http://paroisse.perros-guirec.chez.tiscali.fr/extraitsbulletin.htm : « La prière a été notre étoile dans les ténèbres. Je peux le dire qu’elle nous a sauvé la vie ! Vous savez, dans ces circonstances exceptionnelles, il ne reste plus que l’essentiel. Et pour nous, c’était Jésus et Marie… Quand vous êtes au fond du trou, dans la détresse et l’angoisse, face à la mort, vous vous retrouvez face à vous-même… et face à Dieu. La prière est devenue plus qu’un réconfort : une nécessité vitale ».

Christian Chesnot précisait qu’ils avaient prié ensemble : « Tout au long de la détention et particulièrement durant le dernier mois et demi qui fut très dur, on faisait avec Georges des « séances de prière » de vingt minutes chacune, trois fois par jour, matin, midi et soir. Pour les négociateurs, français et irakiens ; pour nos geôliers ; pour nos familles, nos amis, tous ceux qui se mobilisaient ; pour notre chauffeur syrien chrétien, Mohammed Al-Joundi, dont on était sans nouvelles ; pour les autres otages. Pour nous, aussi, bien sûr. On chuchotait, pour chacune de ces intentions, des Notre Père et des Je vous salue Marie qu’on alternait, puis chacun ajoutait des prières personnelles, des intentions propres. C’était très, très intense.
En fait, durant la première quinzaine de captivité, on priait chacun pour soi. Puis lorsque la situation s’est aggravée, on s’est unis avec Georges. On se tenait debout dans un coin de la pièce, en joignant les mains. On se signait rapidement, puis on commençait notre « séance ». L’un de nos geôliers islamistes est entré un jour par surprise – il nous observait probablement – et nous a demandé : « c’est quoi, le geste que vous venez de faire ? » On a répondu : « C’est le signe de la croix de Jésus, le signe chrétien ». « Faut plus faire ça ! », nous a-t-il ordonné. Donc, à chaque fois qu’on priait, on avait peur qu’ils nous voient. Ça devenait le stress de la prière ! Si bien qu’on a fini par se réfugier sous une couverture pour nos « séances ». A l’abri des regards, on pouvait se signer sans risque, et prendre notre temps.
C’est une prière de survie, comme un cri !... C’était en même temps un cri de détresse presque physique, un appel spirituel intense, une soupape psychologique, un clapet de l’instinct de survie… ».

« Etiez-vous prêt à pardonner à vos bourreaux ? », interrogeait Luc Adrian. Réponse : « Oui. … Malgré les menaces d’exécution qu’ils nous ont fait subir. Nos gardiens étaient des gamins de 17 ans ».

« On voit tout différemment après une telle épreuve ? », reprenait Luc Adrian : « Surtout lorsqu’on s’en sort ! (sourire) Elle m’a changé en profondeur, humainement, spirituellement. Le dimanche, je calculais le décalage horaire pour m’unir à ceux qui allaient à la messe à Amman et à Vieil-Beaugé… Je ressentais un lien spirituel fort, une communion mystérieuse ».

Enfin, à la question : « Continuez-vous à prier ? », l’ex-otage répondait : « Oui, même si c’est plus difficile que là-bas, dans la bousculade de ce retour. Cette expérience hors norme a renforcé ma Foi, c’est indéniable, mais je n’ai pas encore le recul suffisant pour le mesurer. Pour l’heure, je suis encore trop dans l’euphorie et l’effervescence. Mais j’imagine que je vais devenir plus pratiquant… (sourire). En tout cas, je veux devenir un homme meilleur, plus disponible à Dieu et aux autres. Surtout, quand je vois l’élan extraordinaire qui nous a entourés ! Surtout, quand je pense aux confrères prisonniers et à tous les autres otages – trente en Irak, trois mille en Colombie ! Cette épreuve m’a ouvert des voies de compassion, d’empathie et de reconnaissance. Il y a un avant et un après. Durant deux jours à Noël et deux jours le 1er janvier, on a débranché le téléphone. Sinon, ça n’arrête pas. Je pars dix jours à Amman où ce sera plus calme. Mais je compte bien essayer de cultiver ma vie intérieure et de me préserver ».