Armes : le Saint-Siège met en garde contre l'usage des drones

Intervention de Mgr Tomasi

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 775 clics

Le Saint-Siège met en garde contre l'usage des drones de combat : les machines « ne peuvent pas remplacer l'homme dans les décisions de vie et de mort ».

Mgr Silvano M. Tomasi, représentant du Saint-Siège au Bureau des Nations Unies et des institutions spécialisées à Genève, est intervenu lors de la Réunion d'experts sur les systèmes d'armes autonomes létales, dans le cadre de la "Convention sur l'interdiction ou la limitation de l'emploi de certaines armes classiques qui peuvent être considérées comme produisant des effets traumatiques excessifs ou comme frappant sans discrimination" (13 mai-16 mai 2014).

L'archevêque a exprimé les « profondes préoccupations » du Saint-Siège sur « l'utilisation de drones qui peuvent aller au-delà des capacités de surveillance ou de renseignement en visant effectivement des cibles humaines » durant la guerre.

« Alors que dans de nombreux domaines, la technologie autonome peut s'avérer bénéfique pour l'humanité, la question de l'autonomie des armes est tout à fait distincte » : elle met une machine « en position de décider de la vie et de la mort », a-t-il souligné.

C'est pourquoi le Saint-Siège a invité à « prendre le temps de réfléchir, en s'appuyant sur le principe de précaution ».

Les machines ne peuvent décider de vie ou de mort

« L'intervention humaine significative est absolument essentielle dans les décisions affectant la vie et la mort d'êtres humains », a-t-il affirmé : en effet, « les systèmes d'armes autonomes ne pourront jamais remplacer la capacité humaine de raisonnement moral ».

Les machines, même « bien programmées avec des algorithmes sophistiqués pour prendre des décisions sur le champ de bataille dans le respect du Droit international humanitaire (DIH), ne peuvent pas « remplacer l'homme dans les décisions de vie et de mort ».

Pour se conformer aux droits de l'homme et au DIH, « ces systèmes nécessitent des qualités humaines qu'ils n'ont pas intrinsèquement » : « compassion, perspicacité... » notamment pour distinguer « les combattant des civils, l'avantage militaire ou la tragédie », qualités qui ne sont « ni remplaçables, ni programmables ». Même la programmation d'un « gouverneur éthique » ne suffit pas, a insisté Mgr Tomasi.

Le spectre de la prolifération des drones

Le Saint-Siège a réfuté l'une des justifications de ces armes, à savoir « l'idée que si nous ne développons pas cette technologie, quelqu'un d'autre le fera ». « Une fois que ces systèmes seront développés par les grands États, il ne sera pas très difficile de les copier », a fait observer l'archevêque.

En outre, « le développement de systèmes d'armes autonomes conduira à terme à leur prolifération généralisée », ce qui « modifiera fondamentalement la nature de la guerre pour toute la famille humaine ».

Pour Mgr Tomasi, « le développement de systèmes d'armes autonomes qui éliminent l'acteur humain de la prise de décision létale » ne peut que « déshumaniser » encore davantage la guerre.

Cette technologie « rend la guerre trop facile » en éliminant sa dépendance aux soldats. Elle crée aussi « un vide de responsabilité » face aux violations du droit international, a-t-il mis en garde.

Pour le Saint-Siège, « il est impératif d'agir avant que la technologie des systèmes d'armes autonomes ne progresse et ne prolifère » : « Les êtres humains ne doivent pas être mis hors de la boucle sur les décisions concernant la vie et la mort d'autres êtres humains. »