Auschwitz a façonné la sainteté de Jean-Paul II

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ROME, Lundi 2 mai 2011 (ZENIT.org) - « Auschwitz a été l'école de sainteté de Jean-Paul II : je suis convaincu que Karol Wojtyla a compris en ce lieu la vérité sur l'homme, car les questions que chacun se pose ici sont les questions fondamentales sur le sens global de la vie », souligne le père Manfred Deselaers, responsable du programme du Centre de dialogue et de prière d'Oświęcim.

Fondé en 1992 à proximité du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau selon la volonté du cardinal Franciszek Macharski, en accord avec les évêques de toute l'Europe et les représentants des institutions juives, le centre a accueilli jusqu'ici plus de 34.000 personnes, dont une majorité d'allemands, de norvégiens, et d'américains, venus participer aux séminaires et aux exercices spirituels qui y sont proposés.

« Centre de dialogue et de prière », comme l'indique son nom, même si, avertit la brochure d'information, « on a l'impression qu'en ce lieu ont ne peut partir ni de la prière ni du dialogue » mais, rapporte le père Deselaers, « de l'écoute, de la visite au camp de concentration, de la rencontre avec les anciens prisonniers, de l'étude des documents ».

Mais là aussi, ajoute le responsable, il ne s'agit pas seulement de visiter un musée et de regarder les vitrines conservant une quantité impressionnante de montures de lunettes, chaussures, valises, voire même des cheveux ayant appartenu à des prisonniers. En Pologne, explique-t-il, il y a la profonde conviction que le sang des morts parle : il faut se mettre à l'écoute de la voix de la terre d'Auschwitz et prendre le temps de se poser la question : « Que signifie tout cela pour moi ? ».

Et la réponse à cette question est différente « si l'on est polonais ou italien, juif ou catholique, ou prêtre et allemand comme moi », affirme-t-il ajoutant que « le respect réciproque pour les diverses sensibilités, est la première réponse au camp de concentration où prévalait la négation absolue de l'autre ».

Auschwitz. Des classes entières franchissent les grilles d'entrée, passent sous l'écriteau gauche fixé de manière indélébile dans la mémoire collective par des films et monuments « Arbeit macht frei (le travail rend libres) » et défilent dans les ruelles entre les édifices de briques rouges, en silence, beaucoup avec les yeux rouges, en souvenir de ce million et demi au moins d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont perdu la vie de manière terriblement cruelle.

Birkenau met en évidence le caractère systématique de la volonté d'extermination, que traduisent les rangées ordonnées de baraques, les doubles extensions de fil barbelé séparant les fossés creusés par les prisonniers eux-mêmes. Seuls les blocs de ciment des fours crématoires, que les nazis ont fait exploser avant de quitter le camp pour tenter d'occulter leurs crimes, manquent d'ordre, écroulés sur eux-mêmes comme un château de cartes.

Tout suggère une horreur que l'esprit a du mal à accepter que l'on ait pu seulement la concevoir : Comment des personnes ont-elles pu faire cela à leurs semblables ? ». « Beaucoup demandent, raconte le père Deselaers : Où était Dieu? », cette même question que « se posait le prix Nobel de la paix Elie Wiesel : 'Avant que Dieu me demande où étais-tu ? je lui demande, mais toi, où étais-tu quand mon frère, ma sœur, ma nation, se faisaient tués ?' ».

« Il n'y a pas de réponses faciles, affirme le père Deselaers, seulement la prière et le silence : dans la théologie successive à Auschwitz on affirme qu'il ne peut y avoir de prière authentique en faisant abstraction de ce lieu ».

Jean-Paul II, selon le responsable du Centre de dialogue et de prière, qui a étudié tous les documents du pape traitant de cette question, « a dans tout ce discours un rôle essentiel ». Non seulement il était évêque d'Auschwitz, car évêque de Cracovie, mais « on peut dire qu'il concevait son sacerdoce comme une réponse à tout ce qui s'était passé durant la seconde guerre mondiale, aux souffrances effroyables que d'autres avaient vécues aussi à sa place ».

En effet, « c'est justement durant la guerre que Wojtyla a décidé de se faire prêtre et d'entrer au séminaire clandestin organisé par le cardinal Adam Sapieha ».

« Pour lui, ajoute le père Deselaers, qui dès son enfance avait des amis juifs, la tragédie d'Auschwitz n'était pas une tragédie abstraite mais faisait partie de sa vie ». Selon le père Deselaers « son fort engagement en faveur de la dignité et des droits de l'homme, la recherche de dialogue entre chrétiens et juifs, la rencontre d'Assise entre les responsables des religions pour que tous coopèrent pour la civilisation de l'amour, les racines de sa tension pour l'unité du genre humain : tout nait de l'expérience d'Auschwitz ».

« En 1965, alors tout jeune évêque, raconte le père Deselaers, Karol Wojtyla est venu à Oświęcim pour la fête de la Toussaint. Il expliqua dans son homélie, comment il était possible de regarder ce lieu avec les yeux de la foi ». Si Auschwitz, a-t-il dit, « nous fait voir jusqu'à quel point l'homme peut être ou peut devenir méchant », on ne saurait néanmoins « se sentir écrasés par cette terrible impression ». Il nous faut « regarder les signes de foi, comme ceux de Maximilien Kolbe ».

Son exemple « nous montre comment Auschwitz met aussi en évidence toute la grandeur de l'homme, tout ce que l'homme ‘peut' être, en triomphant de la mort au nom de l'amour comme le Christ a fait ».

Et quand il est venu ici comme pape pour la première fois, poursuit le père Deselaers, il affirma que « les victoires sur la haine au nom de l'amour n'appartiennent pas seulement aux croyants et chaque victoire de l'humanité sur un système anti-humain doit être un signal pour nous ».

C'est probablement pour ça aussi qu'Edith Stein, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, qui unit la confession de la foi chrétienne et la tragédie de la shoah, est devenue patronne d'Europe : « Jean-Paul II a voulu dire que si l'Europe cherche son identité dans l'ère moderne elle ne peut oublier Auschwitz ».

Auschwitz a été l'école qui a façonné la sainteté de Jean-Paul II, celle perçue immédiatement par les gens : « Car ici, conclut le père Deselaers, il a compris jusqu'au fond ce que signifie la ‘foi' pour l'homme d'aujourd'hui. Les peuples du monde entier le comprenaient car il les comprenait ».

Chiara Santomiero