Béatifié le jour de la Saint-François par Jean-Paul II

Le charisme du bienheureux Antoine Chevrier

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 538 clics

Le martyrologe romain fait aujourd'hui mémoire du bienheureux père Antoine Chevrier, prêtre du diocèse de Lyon, serviteur des plus déshérités, fondateur du Prado (1826-1879) : le pape Jean-Paul II l'a béatifié le 4 octobre 1986 à Lyon et il l'a rapproché du saint que l'on fêtait ce jour-là: François d'Assise, et du saint curé d'Ars.

Vicaire dans le quartier pauvre de la Guillotière, à Lyon, il exerça son apostolat parmi les plus pauvres de la ville. Inspiré par la méditation de la crèche, dans la nuit de Noël 1856, il décida de continuer à annoncer l'Evangile aux plus déshérités.

Le Prado de Lyon

Il fonda la Société du Prado, du nom d'un ancien dancing qu'il loua pour y organiser la catéchèse des enfants. Il désirait "libérer les pauvres de l'ignorance religieuse", "préparer de bons catéchistes" et "former une association de prêtres dans ce but".

A sa mort, quatre prêtres et quelques sœurs formaient la petite société. Les prêtres, les frères et les sœurs du Prado, actuellement présents dans une quarantaine de pays, se consacrent à sa suite à l'évangélisation des déshérités et des exclus.

Il a été béatifié par Jean-Paul II lors de son IIIe voyage en France : c'était la première célébration d'une béatification  en France.

Le pape a notamment fait le rapprochement avec saint François: "Le Père Chevrier a été un fervent admirateur du pauvre d’Assise; il appartenait au Tiers-Ordre franciscain. Dans la chambre où il est mort, on peut voir une statuette de saint François, et également une statuette de saint Jean-Marie Vianney, qu’il est allé consulter en 1857 à Ars, lorsque, jeune prêtre, il s’interrogeait sur la voie de pauvreté que le mystère de la Crèche lui suggérait. Vous savez que je viens célébrer à Ars le deuxième centenaire de la naissance du saint Curé."

Absorbé par le service des autres

"Ces trois saints ont en commun, a-t-il précisé, d’être de ces “petits”, de ces “pauvres”, “doux et humbles de cœur”, dans lesquels le Père du Ciel a trouvé sa pleine joie, auxquels le Christ a révélé le mystère insondable de Dieu, en leur donnant de connaître le Père comme seul le Fils le connaît et en même temps de le connaître lui-même, lui, le Fils, comme seul le Père le connaît."

Et d'ajouter: "Le Père Chevrier s’est laissé pleinement absorber par le service des autres. Ses frères sont d’abord les pauvres, ceux que le Seigneur lui a fait rencontrer dans le quartier inondé de la Guillotière en 1856, les sans-logis. Ce sont les enfants de la cité de l’Enfant-Jésus que lui a fait connaître Camille Rambaud, un laïc. Ce sont ceux qu’il a recueillis, avec d’autres plus âges, dans la salle du Prado, non scolarisés et non instruits de la foi, incapables de suivre ailleurs la préparation à la première communion. Ils étaient parfois abandonnés, souvent méprisés, exploités; ils devenaient, disait-il, “des machines à travail faites pour enrichir leurs maîtres” (Sermones, ms. III, p. 12). Ce sont encore toutes sortes de misérables, de marginaux, qui ont conscience de “ne rien avoir, ne rien savoir, ne rien valoir”. Les malades, les pécheurs, font aussi partie de ces pauvres."

Les béatitudes en France

Il s'interrogeait sur ce charisme en disant: "Pourquoi le Père Chevrier est-il spécialement attiré par ceux que, à la manière de l’Evangile, il nomme “les pauvres”? Il a une vive conscience de leur détresse humaine, et il voit en même temps le fossé qui les sépare de l’Eglise. Il ressent pour eux l’amour et la tendresse du Christ Jésus. A travers lui, c’est le Christ lui-même qui semble dire à ses contemporains: “Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos. Oui mon joug est facile à porter et mon fardeau léger” (Mt 11, 28-30). Le Père Chevrier sait que Jésus a donné ceci comme le premier signe du Royaume de Dieu: “La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres”. Il a constaté lui-même que les pauvres qui reçoivent l’Evangile renouvellent bien souvent chez d’autres l’intelligence et l’amour de cet Evangile. Vraiment, le Seigneur lui a donné un charisme spécial pour se faire le prochain des pauvres (cf. Lc 3, 18; Mt 11, 15). Et, par lui, le Christ a fait réentendre ses béatitudes à cette ville et à la France du dix-neuvième siècle; par ce bienheureux, le Christ nous redit aujourd’hui: “heureux ceux qui ont une âme de pauvre . . . heureux les miséricordieux . . . heureux ceux qui ont faim et soif de la justice” (Mt 5, 3. 6. 7)."