Benoît XVI à Milan, 2 juin 2012: le sacerdoce et la vie consacrée

La charité pastorale, élément unifiant de la vie du prêtre

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MILAN, samedi 2 juin 2012 (ZENIT.org) – « La charité pastorale est l’élément unifiant de la vie, qui naît d’un rapport toujours plus intime avec le Christ dans la prière pour vivre le don total de soi-même pour le troupeau », fait remarquer Benoît XVI, ce 2 juin 2012. Et les signes de cette charité sont « le célibat sacerdotal et la virginité consacrée ».

Au deuxième jour de sa visite apostolique à Milan (1-3 juin 2012), dans la cadre de la VIIe Rencontre mondiale des familles, Benoît XVI a célébré la messe en privé à l’archevêché de Milan, avant de se rendre à la cathédrale, pour présider la célébration de l’heure du milieu du jour, à 10h, entouré des prêtres, des diacres, des personnes consacrées et des séminaristes de l’archidiocèse.

Le pape, qui s’est dit « très heureux de cette halte » avec le clergé et les consacrés, a centré sa méditation sur le « don précieux » du sacerdoce, qui est « amour pour le Seigneur » et qui est ordonné à unir les fidèles à Jésus.

Pour lui, « les trois éléments: union personnelle avec Dieu, bien de l’Eglise, bien de l’humanité dans sa totalité, ne sont pas distincts ou opposés, mais ils sont une symphonie de la foi vécue ».

Méditation de Benoît XVI :

Chers frères et sœurs,

Nous sommes réunis en prière, répondant à l’invitation de l’hymne ambrosien de l’office de Tierce: «C’est la troisième heure. Jésus Seigneur monte sur la croix, maltraité». C’est une référence claire à l’obéissance amoureuse de Jésus à la volonté du Père. Le mystère pascal a inauguré un temps nouveau: la mort et résurrection du Christ recréent l’innocence dans l’humanité et y font jaillir la joie. L’hymne continue en effet: «C’est ici que commence le temps que salut du Christ - Hinc iam beata tempora coepere Christi gratia». Nous sommes réunis dans la basilique cathédrale, dans ce « Dôme », qui est vraiment le cœur de Milan. D’ici, notre pensée s’étend au vaste archidiocèse ambrosien, qui durant les siècles, et encore récemment, a donné à l’Eglise des hommes célèbres pour la sainteté de leur vie et de leur ministère, comme saint Ambroise et saint Charles, et quelques papes de grande stature comme Pie XI et le serviteur de Dieu Paul VI, ainsi que les bienheureux cardinaux Andrea Carlo Ferrari et Alfredo Ildefonso Schuster.

Je suis très heureux de m’arrêter avec vous! J’adresse une salutation affectueuse à tous et à chacun en particulier, et je voudrais la faire parvenir de façon spéciale à ceux qui sont malades ou âgés. Je salue très cordialement votre archevêque, le cardinal Angelo Scola, et je le remercie pour ses aimables paroles; je salue avec affection vos éminents pasteurs, les cardinaux Carlo Maria Martini et Dionigi Tettamanzi, ainsi que les autres cardinaux et évêques présents.

Nous vivons en ce moment le mystère de l’Eglise dans sa plus haute expression, celle de la prière liturgique. Nos lèvres, nos cœurs et nos esprits, dans la prière ecclésiale, se font interprètes des nécessités et des désirs de l’humanité entière. Avec les paroles du psaume 118 nous avons supplié le Seigneur au nom de tous les hommes: «Mon cœur incline à pratiquer tes commandements … Que vienne à moi, Seigneur, ton amour». La prière quotidienne de la liturgie des heures constitue un devoir essentiel du ministère ordonné dans l’Eglise. A travers l’Office divin, qui prolonge dans la journée le mystère central de l’Eucharistie, nous sommes unis de façon particulière à Jésus, vivant et à l’œuvre dans le temps. Le sacerdoce: quel don précieux! Vous chers séminaristes, qui vous préparez à le recevoir, apprenez à le goûter dès aujourd’hui et vivez avec engagement le temps précieux du séminaire! Mgr Montini, parlait ainsi, dans ce Dôme, durant les ordinations de 1958 : «La vie sacerdotale commence: un poème, un drame, un nouveau mystère … source de perpétuelle méditation … objet de découverte et d’émerveillement incessants; [le sacerdoce] – dit-il – est toujours nouveauté et beauté pour ceux qui y consacrent une pensée amoureuse… il est la reconnaissance de l’œuvre de Dieu en nous» (Homélie pour l’ordination de 46 prêtres, 21 juin 1958).

Si le Christ, pour édifier son Eglise, se livre entre les mains des prêtres, eux à leur tour doivent se confier à Lui sans réserve: l’amour pour le Seigneur Jésus est l’âme et la raison du ministère sacerdotal, comme Il l’a dit avant de donner à Pierre la mission de paître son troupeau: «Simon …, m’aimes-tu plus que ceux-ci? … Paix mes agneaux (Jn 21,15)». Le Concile Vatican II a rappelé que le Christ  «demeure toujours la source et le principe d’unité de leur vie. Les prêtres réaliseront cette unité de vie en s’unissant au Christ dans la découverte de la volonté du Père, et dans le don d’eux-mêmes pour le troupeau qui leur est confié. Assumant ainsi le rôle du Bon Pasteur, ils trouveront dans l’exercice de la charité pastorale le lien de la perfection sacerdotale qui assure l’unité de leur vie et de leur action » (Presbyterorum Ordinis, 14). Le Concile a expliqué à ce propos que dans les occupations diverses, heure après heure, l’unité de la vie, l’unité de l’être du prêtre se trouve justement dans cette source d’amitié profonde avec Jésus, dans la relation intérieure avec Lui. Et il n’y a pas d’opposition entre le bien personnel du prêtre et sa mission; au contraire, la charité pastorale est l’élément unifiant de la vie, qui naît d’un rapport toujours plus intime avec le Christ dans la prière pour vivre le don total de soi-même pour le troupeau, de façon que le peuple de Dieu grandisse dans la communion avec Dieu et soit manifestation de la communion de la très sainte Trinité. Chacune de nos actions, en effet, a pour but de conduire les fidèles à l’union avec le Seigneur et à faire ainsi grandir la communion ecclésiale pour le salut du monde. Les trois éléments: union personnelle avec Dieu, bien de l’Eglise, bien de l’humanité dans sa totalité, ne sont pas distincts ou opposés, mais ils sont une symphonie de la foi vécue.

Les signes lumineux de cette charité pastorale et d’un cœur indivis sont le célibat sacerdotal et la virginité consacrée. Nous avons chanté dans l’hymne de saint Ambroise: «si en toi naît le Fils de Dieu, garde la vie pure». «Accueillir le Christ - Christum suscipere» est un thème qui revient souvent dans la prédication du saint évêque de Milan; je cite un passage de son commentaire de saint Luc: «Qui accueille le Christ dans l’intimité de sa maison est comblé des plus grandes joies» (Commentaire sur l’Evangile de saint Luc, V, 16). Le Seigneur Jésus a été sa passion, le sujet principal de sa réflexion et prédication, et surtout l’objet d’un amour vivant et confiant. Bien sûr, l’amour pour Jésus vaut pour tous les chrétiens, mais il a une signification particulière pour le prêtre célibataire et pour celui qui a répondu à la vocation à la vie consacrée: c’est toujours et seulement en Christ que se trouve la source et le modèle pour redire quotidiennement « oui » à la volonté de Dieu. « Par quel lien le Christ est-il lié à nous?» – se demandait saint Ambroise, qui a prêché et encouragé la virginité dans l’Eglise, avec une intensité étonnante, promouvant aussi la dignité de la femme. A cette question, il répondait: «non pas en nouant des cordes, mais avec les liens de l’amour et avec l’affection de l’âme» (De virginitate, 13, 77). Dans un célèbre sermon pour les vierges, il dit: « Le Christ est tout pour nous: si tu désires soigner tes blessures, il est médecin ; si tu es affligé de la morsure de la fièvre, il est source; si tu es oppressé par la faute, il est justice; si tu as besoin d’aide, il est puissance; si tu as peur de la mort, il est vie; si tu désires le paradis, il est chemin; si tu repousses les ténèbres, il est lumière; si tu es en recherche de nourriture, il est aliment» (Ibid., 16, 99).

Chers frères et sœurs consacrés, je vous remercie pour votre témoignage et je vous encourage: regardez l’avenir avec confiance, comptant sur la fidélité de Dieu, qui ne fera jamais défaut, et la puissance de sa grâce, capable d’opérer toujours de nouvelles merveilles, en nous et avec nous. Les antiennes de la psalmodie de ce samedi nous ont conduits à contempler le mystère de la Vierge Marie. En elle nous pouvons, en effet, reconnaître la «condition de virginité et de pauvreté que le Christ Seigneur a voulue pour lui-même et qu’a embrassée la Vierge sa Mère» (Lumen gentium, 46), une vie en pleine obéissance à la volonté de Dieu.

L’hymne nous a aussi rappelé les paroles de Jésus sur la croix: «De la gloire de son échafaud, Jésus parle à la Vierge: "Femme, voici ton fils"; "Jean, voici ta mère"». Marie, la Mère du Christ, étend et prolonge aussi en nous sa divine maternité, afin que le ministère de la Parole et des sacrements, la vie de contemplation et l’activité apostolique dans ses formes multiples persévèrent, sans lassitude et avec courage, au service de Dieu et à l’édification de son Eglise.

Aujourd’hui, j’ai à cœur de rendre grâce à Dieu pour les nombreux prêtres ambrosiens, religieux et religieuses qui ont dépensé leurs énergies au service de l’Evangile, parfois même jusqu’au sacrifice suprême de leur vie. Certains parmi eux ont été proposés au culte et à l’imitation des fidèles, même récemment: les bienheureux prêtres Luigi Talamoni, Luigi Biraghi, Luigi Monza, Carlo Gnocchi, Serafino Morazzone; les bienheureux religieux Giovanni Mazzucconi, Luigi Monti et Clemente Vismara, et le religieuses Maria Anna Sala et Enrichetta Alfieri. Par leur intercession commune, demandons avec confiance à la source de tout don de rendre toujours fécond le ministère des prêtres, de fortifier le témoignage des personnes consacrées, pour montrer au monde la beauté du don de soi au Christ et à l’Eglise, et de renouveler les familles chrétiennes selon le dessein de Dieu, pour qu’elles soient lieu de grâce et de sainteté, terres fertiles pour les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée. Amen. Merci.

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Traduction de ZENIT [Anne Kurian]