Benoît XVI, la Chine et la liberté religieuse (II)

Entretien avec Raphaela Schmid, directrice du Becket Institute for Religious Liberty

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ROME, Dimanche 29 juillet 2007 (ZENIT.org) – Le seul fait que Benoît XVI ait adressé une lettre aux catholiques chinois est aussi significatif que le contenu même de cette lettre, affirme une experte des relations entre la Chine et le Vatican.



Dans cet entretien accordé à ZENIT (dont nous publions ici la deuxième partie), Raphaela Schmid parle de la lettre du pape et de sa signification pour l’Eglise en Chine ainsi que pour le gouvernement chinois. (Pour la première partie, cf. Zenit du 27 juillet).

Raphaela Schmid, Directrice du Becket Institute for Religious Liberty, a récemment écrit et dirigé un documentaire pour la télévision intitulé « God in China. The Struggle for Religious Freedom » (Dieu en Chine. Le combat pour la liberté religieuse).


Zenit - Y a-t-il une critique ou une condamnation exprimée dans cette lettre ?

R. Schmid - Dans sa lettre, Benoît XVI fait preuve d’une extraordinaire compassion et compréhension pour la situation difficile de ces prêtres et évêques ; et pour lui, ce manque de liberté religieuse en Chine représente un facteur atténuant dans leur capacité à prendre des décisions. Il n’y a donc aucune critique ou condamnation de principe.

Mais le pape est en même temps très ferme pour ce qui concerne les institutions spécifiques comme la Conférence Episcopale de l’Eglise officielle qui « ne peut être reconnue par le Saint-Siège », celle-ci excluant les évêques vivant dans la clandestinité et incluant des évêques non reconnus par le Saint-Siège, et l’Association patriotique catholique dont les statuts sont « incompatibles avec la doctrine de l’Eglise ».

Zenit - En quoi consiste l’Association patriotique catholique ?

R. Schmid - L’Association patriotique catholique ne s’identifie pas à l’Eglise ouverte ou officielle, bien qu’il y ait une certaine superposition. Le pape se réfère à elle comme à une « entité externe » qui « interfère » parfois dans la gestion de l’Eglise officielle.

L’Association patriotique est une entreprise collective qui a été instituée par le gouvernement chinois en 1957, dans la nette intention de donner corps aux « principes d’indépendance et d’autonomie, d’autogestion et d’administration démocratique de l’Eglise ».

Ce sont ces principes que la lettre du pape, sans équivoque, juge « incompatibles avec la doctrine catholique ».

Zenit - Est-il demandé aux catholiques de Chine d’adhérer à l’Association patriotique catholique ?

R. Schmid - Autrefois, on demandait aux prêtres et aux évêques d’adhérer à cette organisation s’ils voulaient pratiquer leur foi dans un lieu public et avec l’aval du gouvernement.

Ce n’est plus le cas partout. L’évêque de Fenxiang, par exemple, Mgr Lucas Li, a reçu l’approbation officielle sans être membre de l’Association patriotique.

Mais l’on exerce encore parfois d’énormes pressions sur les évêques et les prêtres pour qu’ils deviennent membres de l’Association patriotique. En 2001, Mgr Li et son secrétaire ont été arrêtés par la police et ont disparu pendant près d’un mois. Douze autres prêtres de son diocèse ont été arrêtés et contraints à participer à des cours de rééducation visant à les forcer à adhérer à l’association patriotique.

La campagne n’a pas eu de succès, mais cet épisode montre bien que l’association patriotique garde une forte autorité.

Une des raisons à la base de ce pouvoir est de nature financière. Le bureau pour les affaires religieuses et l’Association patriotique sont responsables de la gestion des biens confisqués à l’Eglise et des investissements dans tout le pays.

Selon Anthony Lam du Centre d’Etudes de l’Esprit Saint de Hong Kong, la valeur globale des biens et des propriétés confisqués s’élève à 130 milliards de Yuan, soit 12,5 milliards d’euros environ. Seule une partie des revenus fonciers est redistribuée à l’Eglise officielle approuvée par le gouvernement.

Zenit - Le document ne parle pas d’ Eglise « officielle » ou « patriotique », et ne parle pas d’Eglise « clandestine ». Que signifie ce choix ?

R. Schmid - Le document ne cite effectivement pas ces deux réalités mais il ne s’agit pas d’une nouveauté. Le Vatican a toujours évité de parler d’un schisme entre l’Eglise « officielle » ou « patriotique » en Chine et l’Eglise catholique romaine.

Les faits imposent toutefois une distinction entre ces deux groupes de catholiques : entre ceux qui, en collaborant avec le gouvernement, ont obtenu le privilège de pouvoir exercer publiquement leur religion, au prix même de devoir accepter des évêques illégitimes, et ceux qui, ayant refuser tout compromis, ont été obligés d’entrer dans la clandestinité.

Néanmoins, l’avenir de cette distinction dépendra, en définitive, du gouvernement chinois et des progrès qui seront réalisés dans le domaine de la liberté religieuse en Chine.