Benoît XVI : « Le respect de la loi naturelle » remède au « relativisme éthique »

Audience aux membres d’un congrès au Latran

| 1269 clics

ROME, Lundi 12 février 2007 (ZENIT.org) – « Le vrai progrès » humain est celui « de la conscience morale », et sans celui-là, les autres progrès « ne sont pas de vrais progrès », affirme Benoît XVI pour qui en outre « le respect de la loi naturelle » constitue un remède au « relativisme éthique » dont la vie, la famille et la société sont victimes.



Le pape a reçu en audience ce matin au Vatican les quelque 200 membres du congrès organisé par l’université pontificale du Latran, sur le thème de la loi naturelle (cf. Zenit du 8 février). Radio Vatican publiait aujourd’hui des extraits de l’intervention du pape qui ont été amplement repris dans les journaux télévisés du fait du débat italien sur le projet de loi sur les « Dico », un « droit sur les cohabitations ».

« La loi naturelle, expliquait encore le pape, est en définitive le seul rempart valide contre l’arbitraire du pouvoir ou des tromperies de la manipulation idéologique. La première préoccupation de tous – et particulièrement pour qui a la responsabilité publique, est donc d’aider au progrès de la conscience morale. Tel est le progrès fondamental et sans ce progrès, tous les autres progrès ne sont pas de vrais progrès ».

« Dans le monde contemporain, diagnostiquait le pape, on assiste à une dérive relativiste qui blesse dramatiquement la société et c’est souvent la vie humaine elle-même qui paie le manque de respect de la « loi morale naturelle », mais aussi la famille.

Par ailleurs, le pape soulignait l’importance du dialogue entre science et foi, tout en se souvenant que « tout ce qui est scientifiquement faisable n’est pas toujours forcément éthiquement licite ».

Benoît XVI soulignait la tentation d’oublier l’existence de Dieu, et de trahir la loi « écrite dans le cœur de l’homme » qui vient avant toute loi humaine, de tout savoir découvert par la science, et qui répond au premier et principe très général de « faire le bien et éviter le mal ».

Au contraire, disait en substance le pape, le respect de la vie, le droit à la liberté, l’exigence de justice, et de solidarité, qui jaillissent de ce principe sont souvent violés par des pouvoirs ou des manipulations idéologiques, fruit d’une vision de l’homme et du monde qui n’a pas de fondement dans un code éthique mais tend à idolâtrer le progrès.

Reconnaissant le progrès scientifique, le pape disait cependant : « Nous voyons tous les grands avantages de ce progrès, mais nous voyons toujours plus aussi les menaces d’une destruction du don de la nature par la force de notre action. Et il existe un autre danger, moins visible, mais non moins inquiétant : la méthode qui permet de connaître toujours plus les structures rationnelles de la matière nous rend toujours plus incapables de voir la source de cette rationalité, la Raison créatrice ».

D’où, disait le pape Benoît XVI, « l’urgence » de réfléchir sur le thème de la loi naturelle, source de normes, qui précèdent toute loi humaine, et qui n’admettent pas de « dérogation ».

« Tel est le principe du respect de la vie humaine, de sa conception à son terme naturel, disait le pape, car ce bien de la vie n’est pas une propriété de l’homme mais un don gratuit de Dieu ».

« Tel est aussi le devoir de chercher la vérité, présupposé nécessaire de toute maturation authentique de la personne », ajoutait le pape.

Puis il faisait remarquer que la liberté est « une autre instance du sujet », en « tenant compte du fait que la liberté humaine est toujours une liberté partagée avec les autres ».

« Et comment ne pas mentionner, disait le pape, l’exigence de justice ? »

Benoît XVI insistait également sur « l’attente de solidarité qui alimente en chacun – spécialement les défavorisés – l’espérance d’une aide de la part de qui a eu un sort meilleur ».

Or un tel « devoir », faisait observer le pape est « loin » de la réalité actuelle.

Benoît XVI dénonçait les conditionnements imposés par un « poitivisme juridique » dominant, où en somme les « intérêts privés » sont « transformés en droits », alors que, au contraire, au fondement de « tout ordonnancement juridique intérieur ou international » se trouve justement la « lex naturalis ».

Les « applications concrètes » de ces principes, le pape les voit dans les questions concernant le respect de la famille en tant que « communauté intime de vie et d’amour conjugal, donnée par le Créateur » et donc un « lien sacré » qui « ne dépend pas de la décision de l’homme », comme l’affirme Vatican II.

« Aucune loi faite par les hommes, affirmait Benoît XVI, ne peut pour cela subvertir la norme écrite par le Créateur, sans que la société ne vienne à être dramatiquement blessée dans ce qui constitue son fondement. Oublier cela signifierait affaiblir la famille, pénaliser les enfants, et rendre précaire l’avenir de la société ».

Mais, faisait observer le pape, dans la société contemporaine, on a préféré cantonner la référence à la loi naturelle au domaine de la spéculation philosophique plutôt que d’en voir les retombées dans la vie sociale.

« A ce propos, précisait le pape, je ressens le devoir d’affirmer encore une fois que tout ce qui est faisable scientifiquement n’est pas également licite sur le plan éthique. Lorsque la technique réduit l’être humain à un objet d’expérience, elle finit par abandonner le sujet faible à la volonté du plus fort. Se confier aveuglément à la technique en tant que seule garante du progrès sans offrir en même temps un code éthique, qui plonge ses racines dans cette réalité, qui est étudiée et développée, équivaudrait à faire violence à la nature humaine avec des conséquences dévastatrices pour tous ».

Mais, faisait observer le pape, la loi naturelle reste imparfaite, et comme elle a besoin d’approfondissements, les scientifiques ont dans ce domaine un rôle décisif : « Les scientifiques doivent aussi contribuer à aider à comprendre en profondeur notre responsabilité vis-à-vis de l’homme. Sur cette base, il est possible et il est nécessaire de dévelopepr un dialogue fécond entre croyants et non-croyants, entre théologiens, philosophes, juristes, scientifiques, qui peuvent fournir aussi aux législateurs un matériel précieux pour la vie personnelle et sociale ».