Benoît XVI ne va pas à « La Sapienza », mais il communique son discours

Une polémique fondée sur une lecture erronée d’un texte de 1990

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ROME, Mardi 15 janvier 2008 (ZENIT.org) - Le pape Benoît XVI décide de ne pas se rendre pour le moment à l'université de Rome « La Sapienza », mais d'adresser cependant le discours préparé, à la communauté universitaire.

Après la protestation de certains étudiants et professeurs, Benoît XVI renonce en effet à une visite dans une université romaine, où il avait été invité par le recteur, à l'occasion de l'ouverture de l'année académique. Mais il communiquera le message préparé.

La présidence de la conférence épiscopale Italienne (CEI) a publié ce soir également un communiqué dans lequel les évêques expriment leur « proximité inconditionnelle » à Benoît XVI, « objet d'un très grave refus qui manifeste une intolérance antidémocratique et une fermeture culturelle ».

La CEI fait observer que « la visite du saint-Père était cordiale et en réponse à l'invitation exprimée par les organes responsables de l'université, mais rendue inefficace par la violence idéologique et querelleuse d'un petit nombre ».

Les évêques italiens disent souhaiter un retour à « l'identité culturelle » et à la « fonction » de l'université, grâce aux professeurs et à la « participation responsable des étudiants », de façon à ce que l'université puisse permettre « la confrontation culturelle, au service de la personne et de la société ».

Le cardinal Joseph Ratzinger avait tenu une conférence à cette même université en 1990 : il y avait défendu Galilée. Les signataires prétendent le contraire, lui attribuant la pensée d'un philosophe - agnostique - cité dans ce discours.

« A la suite des événements bien connus de ces derniers jours, par rapport à la visite du Saint-Père à l'université des Etudes La Sapienza, qui, à l'invitation du Recteur Magnifique, aurait dû avoir lieu jeudi 17 janvier, on a considéré opportun de reporter l'événement. Le Saint-Père enverra cependant l'intervention prévue », dit la note du Vatican publiée ce mardi soir.

En fait, 67 professeurs de la faculté de Sciences physiques de l'université (qui compte 4500 professeurs) ont demandé par lettre au recteur d'annuler la rencontre et des étudiants ont occupé le rectorat ce matin pour protester contre cette visite.

Le recteur, le prof. Renato Guarini, venait de confier en début d'après-midi à Radio Vatican combien le pape était attendu par la majorité des professeurs et des étudiants comme « messager de paix », comme « homme de grande culture », un « ancien professeur », et à la « pensée philosophique profonde » : « On peut donc se confronter à lui et écouter ses réflexions », disait-il.

Le thème de l'ouverture de cette année académique était le moratoire et l'abolition de la peine de mort.

Pour les réflexions de certains opposants à la venue du pape, il suggérait : « Peut-être quelqu'un qui n'a jamais lu les écrits de Benoît XVI ».

Le  prof. Guarini voit dans les protestataires une « minorité », mais il les invite tous « à dialoguer », à « faire prévaloir la raison sur les idéologies, dépassées désormais ». Il espère « un dialogue fécond entre foi et raison ».

L'historien Ernesto Galli Della Loggia a pour sa part confié à Radio Vatican son étonnement devant le manque de « tolérance » et de capacité de « dialogue »: « La tolérance en Italie est encore une denrée rare et c'est triste qu'elle soit rare justement là où elle ne devrait pas l'être, dans les milieux intellectuels. Surtout, les universités, en Italie, continuent d'être des lieux où la tolérance n'est pas toujours mise en pratique. Qu'elle ne le soit pas de la part de groupes d'étudiants (groupes très minoritaires) nous le savons. Mais qu'il y ait des groupes de professeurs qui ne se reconnaissent pas dans une attitude de dialogue, c'est ce qui frappe un peu plus ».

Pour ce qui est de l'attribution au cardinal Ratzinger du passage du philosophe de la science Feyerabend, qui affirmait que « dans un certain sens », la position de l'Eglise (le cardinal Bellarmin à l'époque) était plus « raisonnable » que celle de Galilée, l'historien expliquait : « Il me semble comprendre, d'après la citation que j'ai lue en entier, que le cardinal Ratzinger la reprenait pour démonter combien les jugements sur la base du principe de la « rationalité », du caractère « raisonnable » peuvent se révéler fallacieux, comme justement le jugement de Bellarmin sur Galilée ! »

Quant à l'opinion de ceux qui ont récemment opposé Jean-Paul II - « l'ami de la science » - à Benoît XVI « le réactionnaire », l'historien exprime son étonnement : « Je crois que, du point de vue historique, ce soit assez bizarre, parce que - tous le savent - le principal conseiller théologique de Jean-Paul II était celui qui, entre autres, - et on peut le dire tranquillement, parce que c'est évident, que cela entrait dans ses fonctions -, a développé un nombre significatifs de passages des encycliques, des discours, de Jean-Paul II : le cardinal Ratzinger. Penser qu'il y ait eu, qu'il y ait une opposition doctrinale entre les deux, me semble vraiment sans fondement historique ».

 L'agence catholique italienne « SIR » évoque quant à elle à propos de ces protestations un retour à une forme « d'anticléricalisme du XIXe siècle ». Dans ses colonnes, Mgr Rino Fisichella, recteur de l'Université du Latran, souligne le rôle de l'université pour la confrontation des idées et le dialogue.

Anita S. Bourdin