Benoît XVI ouvre les archives du pontificat de Pie XI (1922-1939)

Et donc de la « nonciature » à Munich et à Berlin

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ROME, Vendredi 30 juin 2006 (ZENIT.org) – Benoît XVI ouvre aux chercheurs toute la documentation relative au pontificat de Pie XI (6 février 1922-10 février 1939).



Selon un communiqué publié aujourd'hui par le P. Marcel Chappin, jésuite, responsable des Archives historiques de la Secrétairerie d’Etat, et par le P. Sergio Pagano, préfet des Archives Secrètes du Vatican, Benoît XVI a fixé cette ouverture au 18 septembre prochain, ce qui correspond à la reprise des activités des Archives Secrètes du Vatican et des autres archives du Saint-Siège, après les congés d’été.

Le communiqué rappelle que cette ouverture – accélérée – a été voulue par Jean-Paul II. Le pape bavarois manifeste sa volonté de mener à bien cette ouverture.

Le Vatican met ainsi « à la disposition de la recherche historique, dans la limite des Règlements, toutes les sources documentaires jusqu'en février 1939 conservées dans les différentes séries d'archives du Saint-Siège et principalement dans les Archives Secrètes du Vatican et dans les Archives de la Seconde Section de la Secrétairerie d'Etat (anciennement Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires) ».

C’est en 2003 que Jean Paul II adécidé de faire ouvrir de façon anticipée par rapport aux temps habituels nécessaire à la classification, les archives du Vatican concernant les relations entre le Saint-Siège et l'Allemagne de 1922 à 1939, ce qui couvre donc une partie de l’époque où le nonce en Bavière était Mgr Eugenio Pacelli, futur Pie XII.

Nonce à Munich depuis 1917 (il a été ordonné évêque le 13 mai), il avait rencontré personnellement le Kaiser et lui avait fait des propositions concrètes de paix : un compromis entre les positions françaises et allemandes. C'est la première fois que le Saint-Siège faisait des propositions concrètes, sans se contenter d'appels à la paix.

Entre les deux guerres, il sera contraire à une « humiliation » de l’Allemagne, qui n’assurerait pas une paix durable.

Puis, toujours en tant que nonce à Munich, il s’est opposé à la montée d’Hitler au pouvoir, donnant son appui en particulier au ministre de l’Intérieur bavarois Franz Schweier qui était favorable, ainsi que le parti démocrate chrétien bavarois, à une reconduction à la frontière.

Une partie du gouvernement bavarois de l’époque pensait au contraire s’appuyer sur Hitler pour venir à bout de l’agitation d’inspiration bolchevique qui avait violemment secoué le Land.

Pacelli a lui-même été confronté aux insurrections et tentatives de coup d'état d'abord des communistes (Luxembourg-Liebknecht) durant laquelle il fut personnellement menacé, ensuite celles des nazis avec Lüdendorff.

Il sera également nommé nonce en Prusse, à Berlin, en 1925 et son action diplomatique prudente aboutira à une « Convention solennelle » avec l’Etat prussien, en pleine crise mondiale de 1929.

En 1933, en tant que Secrétaire d’Etat de Pie XI (depuis 1930), il sera l’artisan d’un « concordat », qui n’était en rien une approbation du régime nazi, mais dont il espérait que Hitler ne viole « pas tous les articles à la fois », comme il l’a confié à des proches : il était sans illusion sur le personnage.

En 1937, il sera le principal inspirateur de l’encyclique de Pie XI, rédigée en Allemand, « Mit brennender Sorge », condamnant le régime et l’idéologie nazie, et en date du 14 mars.

La partie dogmatique analyse les raisons pour lesquelles le nazisme est incompatible avec la foi catholique ; elle a été rédigée dans ses grandes lignes par un évêque allemand, la partie diplomatique concerne l’attitude à adopter ; la rédaction finale est de Pacelli.

Elle dénonce sans aucune ambiguïté l'idéologie de la race. Elle fut lue en chaire le 21 mars 1937 dans toutes les églises catholiques d'Allemagne.

Ce texte avait été rédigé à la demande des évêques de l'église allemande persécutée, malgré les nombreuses protestations du Vatican.

L’encyclique sera interdite par le régime nazi qui redoublera de pressions sur l’Eglise d’Allemagne, en particulier par l’arrestation et la déportation de milliers de prêtres catholiques à Dachau où beaucoup subirent des expériences pseudo-médicales barbares.

Les archives pourraient donc aussi apporter un éclairage précieux sur le rôle du futur Pie XII : la nonciature à Berlin et ses archives ayant été détruites pendant la guerre.