Benoît XVI publiera un livre sur « Jésus de Nazareth » au printemps prochain

Passages de la préface

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ROME, Jeudi 7 décembre 2006 (ZENIT.org) – Benoît XVI vient d’achever la première partie de son premier livre en tant que pape. Cette lecture de l’Evangile est centrée sur la connaissance de la personne de Jésus, dans sa relation aux deux autres personnes de la Sainte Trinité, comme l’indique le titre, révélait la salle de presse du Saint-Siège (cf. Zenit, 21 novembre) : « Jésus de Nazareth. Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration ».



La Libreria Editrice Vaticana, à laquelle le pape a remis son ouvrage, a elle-même signé des accords avec les Editions italiennes Rizzoli pour les droits de traductions, diffusion et commercialisation à travers le monde. Rizzoli a accepté de révéler quelques passages de la préface et de l’introduction de l’ouvrage. Nous publions ci-dessous les passages de la préface.

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Extraits de la préface du livre « Jésus de Nazareth » Joseph Ratzinger - Benoît XVI

C’est après un long chemin intérieur que je suis arrivé au livre sur Jésus, dont nous présentons maintenant au public la première partie. Au temps de ma jeunesse – dans les années trente et quarante – fut publiée une série de livres enthousiasmants sur Jésus. Je me rappelle seulement du nom des auteurs : Karl Adam, Romano Guardini, Franz Michel Willam, Giovanni Papini, Jean-Daniel Rops. Dans tous ces livres, l’image de Jésus était définie à partir des Evangiles : comment Il vécut sur la terre et comment, tout en étant totalement homme, il apporta Dieu aux hommes, avec lequel, en tant que Fils, il ne formait qu’une même personne. Ainsi, à travers Jésus homme, Dieu devint visible et à partir de Dieu l’on put voir l’image de l’homme juste. A partir des années cinquante la situation changea. La déchirure entre le « Jésus historique » et le « Christ de la foi » devint toujours plus grande ; l’un s’éloigna de l’autre à vue d’œil. Mais quelle signification peut avoir la foi en Jésus Christ, en Jésus Fils du Dieu vivant, si ensuite l’homme Jésus était aussi différent de la manière dont le présentent les évangélistes et de la manière dont l’Eglise l’annonce à partir des Evangiles ? Les progrès de la recherche historique et critique conduisirent à des distinctions toujours plus subtiles entre les diverses strates de la tradition. Derrière celles-ci, la figure de Jésus, sur laquelle repose la foi, devint toujours plus incertaine, prit des contours toujours plus flous.

Dans le même temps, les reconstructions de ce Jésus, qui devait être cherché derrière les traditions des Evangélistes et leurs sources, devint toujours plus contradictoire : de l’ennemi révolutionnaire des romains qui s’oppose au pouvoir constitué et naturellement tombe dans le doux moralisme qui permet tout et de façon inexpliquée, finit par provoquer sa propre ruine. Qui lit, l’une à la suite de l’autre, un certain nombre de ces reconstructions peut immédiatement remarquer qu’elles sont beaucoup plus des photographies des auteurs et de leurs idéaux que le dépouillement d’une icône devenue confuse. Entre temps, la méfiance à l’égard de ces images de Jésus grandi, et cependant la figure même de Jésus s’est éloignée plus encore de nous. Toutes ces tentatives ont en tout cas laissé derrière elles, comme dénominateur commun, l’impression que nous savons peu de choses sûres à propos de Jésus et que seulement plus tard, la foi dans sa divinité a façonné son image. Cette impression a pénétré entre temps profondément dans la conscience commune de la chrétienté. Une telle situation est dramatique pour la foi parce qu’elle rend son point de référence authentique incertain : l’amitié intime avec Jésus, dont tout dépend, menace de tomber dans le vide (…).

J’ai ressenti le besoin de fournir au lecteur ces indications de méthode parce qu’elles définissent le chemin de mon interprétation de la figure de Jésus dans le Nouveau Testament. En ce qui concerne ma présentation de Jésus, cela signifie avant tout que j’ai confiance dans les Evangiles. Naturellement je considère comme évident ce que le Concile et l’exégèse moderne disent sur le genre littéraire, sur l’intentionnalité des affirmations, sur le cadre communautaire des Evangiles et leur langage dans ce cadre vivant. Tout en acceptant cela, dans la mesure de mes capacités, j’ai voulu tenter de présenter le Jésus des Evangiles comme le vrai Jésus, comme le « Jésus historique » dans le vrai sens du terme. Je suis convaincu, et j’espère que le lecteur pourra aussi s’en rendre compte, que cette figure est beaucoup plus logique et du point de vue historique également plus compréhensible que les reconstructions que nous avons du affronter au cours des dernières décennies. Je considère que ce Jésus précisément – celui des Evangiles – est une figure historiquement sensée et convaincante. La crucifixion et son efficacité ne s’expliquent que s’il s’est vraiment produit quelque chose d’extraordinaire, que si la figure et les paroles de Jésus ont dépassé radicalement toutes les espérances et les attentes de l’époque. Environ vingt ans après la mort de Jésus nous trouvons déjà pleinement manifestée dans le grand hymne au Christ de la Lettre aux Philippiens (Ph 2, 6–8), une christologie, dans laquelle on dit de Jésus qu’il était égal à Dieu mais se dépouilla lui-même, se fit homme, s’humilia jusqu’à la mort sur la croix et qu’à lui revient l’hommage de la création, l’adoration que dans le Prophète Isaïe (Is 45, 23), Dieu proclama comme due à lui seul. La recherche critique se pose à juste titre la question : que s’est-il passé au cours de ces vingt ans qui suivirent la Crucifixion de Jésus ? Comment est-on arrivé à cette christologie ?
L’action de formations communautaires anonymes, dont on cherche à trouver les représentants, en réalité n’explique rien. Comment se fait il que des regroupements inconnus aient pu être aussi créatifs, convaincre et de cette manière s’imposer ? N’est-il pas plus logique, même du point de vue historique, que la grandeur se situe à l’origine et que la figure de Jésus fasse, dans la pratique, sauter toutes les catégories en présence et puisse être ainsi comprise seulement à partir du mystère de Dieu ? Naturellement, croire que précisément en tant qu’homme, il était Dieu, et qu’il fit connaître cela en l’enveloppant dans les paraboles, mais de manière toujours plus claire, va au-delà des possibilités de la méthode historique. En revanche, si à partir de cette conviction de foi on lit les textes avec la méthode historique et son ouverture pour ce qui est plus grand, ceux-ci s’ouvrent, pour montrer une voie et une figure qui sont dignes de foi. Alors deviennent plus clairs également la lutte à plusieurs strates présente dans les écrits du Nouveau Testament autour de la figure de Jésus et, malgré toutes les différences, la profonde harmonie existant entre ces écrits.

Il est clair qu’avec cette vision de la figure de Jésus je vais plus loin que ce que dit par exemple Schnackenburg qui représente une grande partie de l’exégèse contemporaine. J’espère toutefois que le lecteur comprendra que cet ouvrage n’a pas été écrit contre l’exégèse moderne, mais avec une grande reconnaissance pour tout ce qu’elle a apporté et continue de nous donner. Elle nous a fait connaître une grande quantité de sources et de conceptions à travers lesquelles la figure de Jésus peut devenir présente pour nous dans une vivacité et une profondeur que nous ne pouvions imaginer ne serait-ce qu’il y a une dizaine d’années. J’ai seulement cherché à aller au-delà de la pure interprétation historique et critique en appliquant les nouveaux critères méthodologiques, qui nous permettent une interprétation proprement théologique de la Bible et qui naturellement requièrent la foi sans pour cela vouloir et pouvoir absolument renoncer au sérieux historique. Assurément, il n’est pas nécessaire de dire expressément que ce livre n’est absolument pas un acte du magistère, mais uniquement l’expression de ma recherche personnelle de la « face du Seigneur » (Ps 27, 8). Ainsi, chacun est libre de me contredire. Je demande seulement aux lectrices et aux lecteurs une approche bienveillante sans laquelle aucune compréhension n’est possible.

Comme je l’ai dit au début de la Préface, le chemin intérieur dans l’élaboration de cet ouvrage a été long. J’ai pu commencer à y travailler au cours des vacances de l’été 2003. En août 2004, j’ai donné une forme définitive aux chapitres 1 à 4. Après mon élection au siège épiscopal de Rome, j’ai employé tout mon temps libre pour le mener à bien. Parce que je ne sais pas combien de temps et quelles forces me seront encore concédées, je me suis décidé à publié comme première partie du livre les dix premiers chapitres, qui s’étalent du Baptême dans le Jourdain jusqu’à la confession de Pierre et à la Transfiguration.

Rome, fête de saint Jérôme
30 septembre 2006
Jésus de Nazareth, de Joseph Ratzinger, Rizzoli

[Traduction de travail, de l’italien, réalisée par Zenit]