Benoît XVI rappelle que seul le Christ peut conduire les chrétiens à l’unité

Dimanche du « Laetare », visite du pape à la communauté luthérienne

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ROME, Dimanche 14 mars 2010 (ZENIT.org) - Benoît XVI réaffirme la marche des chrétiens vers l'unité, mais en même temps que seul le Christ peut donner aux baptisés cette unité désirée.

La communauté luthérienne évangélique de Rome, de la « Christuskirche », via Sicilia, a en effet reçu ce dimanche soir la visite de Benoît XVI à l'occasion du culte dominical. La rencontre s'est déroulée en allemand, dans un climat très cordial.

L'invitation remonte à 2008, à l'occasion du 25e anniversaire de la visite de Jean-Paul II à la « Christuskirche », le 11 décembre 1983, à l'occasion des 500 ans de la naissance de Martin Luther. L'idée, explique Jens-Martin Kruse, le pasteur de cette communauté, était de fêter cette fois l'événement avec Benoît XVI.

L'homélie sur saint Jean

Le culte a commencé à 17 h 30. Dans son homélie, depuis la chaire de pierre à droite de la nef, le pasteur Kruse, vêtu de noir, sur lequel tranchait le rabat blanc du col, s'est appuyé sur le premier chapitre de la seconde épître de Paul aux Corinthiens pour parler de « l'aide de Dieu dans l'action ». Il a insisté sur l'appel à la joie qui résonne dans les lectures de ce dimanche de carême et sur la confiance. C'est en effet le dimanche dit du « Laetare ».

On a ensuite lu l'évangile selon saint Jean (12,20-26, « Si le grain ne meurt... ») que le pape a commenté, depuis la chaire également, en insistant sur l'importance de la communauté. Le pape était revêtu du camail de velours rouge et du surplis blanc.

Don de Dieu

Le pape a souligné, notamment, à la fin de son homélie combien l'unité est un don de Dieu : « On ne peut vivre en chrétien sans la communauté. Mais nous devons voir aussi que nous avons détruit ce « nous ». Nous avons divisé l'unique chemin en de nombreux chemins ».

« Que dire devant cette situation ? », a demandé le pape avant de proposer cette réponse : « Nous entendons tant de lamentations qu'il n'y a plus de nouveaux développements dans l'œcuménisme, mais nous devons dire - et nous pouvons le dire avec beaucoup de gratitude - qu'il y a déjà tant d'éléments d'unité. Que nous soyons présents ensemble par exemple, en ce dimanche du « Laetare », que nous chantions ensemble, que nous écoutions la Parole de Dieu, que nous nous écoutions les uns les autres en regardant tous ensemble vers l'unique Christ, et ainsi, en rendant témoignage à l'unique Christ, nous devons dire plus clairement que, en toute discussion, notre premier point de référence doit être la joie et l'espérance que nous vivons déjà, et l'espérance que cette unité puisse être plus profonde ».

Une situation de péché

Le pape appelle de ces vœux de nouvelles avancées en disant que le Christ seul peut conduire les chrétiens à l'unité désirée : « Certes, nous ne pouvons pas nous contenter des succès de l'œcuménisme de ces dernières années, parce que nous ne pouvons pas encore boire au même calice et nous ne pouvons pas encore nous réunir autour de l'autel. Cela doit nous attrister, parce que c'est une situation de péché, mais l'unité ne peut pas être faite par les hommes. Nous devons nous confier au Seigneur parce qu'il est le seul qui puisse nous donner l'unité. Nous espérons qu'il nous conduira lui-même à cette unité, que nous attendons en cette heure ».

« Chers amis, a conclu le pape, je veux vous remercier une nouvelle fois de votre invitation et des paroles si aimables que vous m'avez adressées, Mme Esch. Prions les uns pour les autres, prions ensemble afin que le Seigneur nous donne l'unité et aide ainsi le monde à croire ».

Le Credo et le Notre Père

La célébration de la Parole a permis d'affirmer la foi commune de Nicée-Constantinople, par la proclamation du Credo, de prier ensemble le Notre Père, et d'intercéder aux intentions de l'Eglise et du monde, et spécialement pour « l'évêque de Rome ».

La liturgie a été scandée par des magnifiques hymnes de Bach et Mendelsohn interprétés par un chœur très nombreux soutenu par l'orgue.

Comme cadeau, Benoît XVI a offert une reproduction du Christ bénissant qui se trouve sous l'autel de la confession, en la basilique vaticane, dans la « niche des pallium ».

Il a reçu une photo représentant les fonts baptismaux de l'église, avec une inscription qui se trouve également dans le baptistère du Latran.

Le pape a ensuite quitté l'église par la nef centrale sous les applaudissements, avant une rencontre informelle hors camera.

Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, également invité à la célébration a accompagné le pape dans sa visite, ainsi que d'autres cardinaux.

Le 10e anniversaire

On se souvient que l'Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale ont signé une Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification le 31 octobre 1999, à Augsbourg.

A Ratisbonne, en 2006, le pape a lui-même rappelé, au cours de vêpres œcuméniques, que « la justification est un thème essentiel de la théologie ».

En 2009, il a salué le 10e anniversaire de la signature de cette déclaration, à l'occasion de la visite d'une délégation luthérienne finlandaise qu'il a reçue au Vatican le 19 janvier, comme chaque année à l'occasion de la fête de saint Henri.

Il est revenu sur cet anniversaire lors de l'angélus du dimanche 1er novembre 2009, place Saint-Pierre, en la fête de la Toussaint, soulignant qu'en 2006, le Conseil méthodiste mondial a également adhéré à cette déclaration. « Je souhaite de tout cœur que cet anniversaire important puisse contribuer à faire progresser le chemin vers l'unité pleine et visible de tous les disciples du Christ », avait déclaré Benoît XVI.

Le pape voit dans cet anniversaire « une occasion de rappeler la vérité sur la justification de l'homme, témoignée ensemble », pour que luthériens et catholiques se réunissent « dans des célébrations œcuméniques » et approfondissent « ultérieurement cette thématique et les autres qui sont objet du dialogue œcuménique ».

Vers l'unité

Benoît XVI a évoqué à nouveau cet anniversaire le 19 janvier dernier, en recevant la délégation de Finlande. Il a souligné que la déclaration constitue un « signe concret d'une fraternité redécouverte entre luthériens et catholiques ».

Il a salué « l'œuvre récente du dialogue entre luthériens et catholiques en Finlande et en Suède sur des questions dérivant de la Déclaration conjointe », avant d'exprimer ce vœu : « Souhaitons que le texte issu du dialogue contribue positivement au chemin qui conduit à la restauration de notre unité perdue ».

Anita S. Bourdin