Benoît XVI réaffirme sa « grande estime » pour les Musulmans

Et plaide pour le dialogue des religions

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ROME, Mardi 28 novembre 2006 (ZENIT.org) – Benoît XVI plaide pour le « dialogue » entre les religions et tenait à réaffirmer sa « grande estime » pour les Musulmans.



Lors de sa rencontre avec le Corps diplomatique le pape a été salué au nom de ses collègues à la nonciature d’Ankara par l’ambassadeur du Liban en Turquie, M. Georges Siam, vice-doyen du Corps diplomatique.

M. Siam a souhaité au pape, en anglais, une « visite pleine de succès », qui lui permette d’apporter son « message spirituel au Peuple Turc tout entier et à travers lui au reste du monde ».

L’ambassadeur libanais citait les « paroles très amicales » du pape envers le Peuple turc, dimanche dernier à l’angélus.

Il soulignait, dans le monde actuel, le besoin de « promouvoir la paix et la justice, les droits de l’homme et la dignité humaine, de combattre la pauvreté, l’analphabétisme, de condamner le terrorisme, et saluait el rôle de l’Eglise pour rendre la « planète plus humaine et plus juste » et faire face aux « nouveaux défis », en particulier dans ce pays marqué par la coexistence des civilisations et des cultures.

Le pape avait été accueilli par le nonce apostolique, Mgr Antonio Lucibello, qui a souligné, dans son allocution, que déjà Ignace d’Antioche voyait dans le Successeur de Pierre celui qui « préside à la charité ». Son allocution a développé cette idée, en citant en particulier le chapitre 13 de la première épître de saint Paul aux Corinthiens.

Le pape plaidait pour le « dialogue » entre les religions et tenait à réaffirmer sa « grande estime » pour les Musulmans, les encourageant à « continuer à travailler ensemble, dans un respect mutuel, pour promouvoir la dignité de tout être humain, et la croissance d’une société où la liberté personnelle et le soin des autres apporte la paix et la sérénité pour tous ».

Comme lors de son discours avec le représentant de l’islam en Turquie, le pape a cité ses prédécesseurs, en annonçant qu’il allait d’abord parler en français : « Je tiens d’abord à évoquer devant vous le souvenir des visites mémorables de mes deux prédécesseurs en Turquie, le Pape Paul VI, en 1967, et le Pape Jean-Paul II, en 1979. Comment ne pas faire mémoire également du Pape Benoît XV, artisan infatigable de la paix au cours du premier conflit mondial, et du Bienheureux Jean XXIII, le Pape ‘ami des Turcs’, qui fut Délégué apostolique en Turquie et Administrateur apostolique du Vicariat latin d’Istanbul, laissant à tous le souvenir d’un pasteur attentif et plein de charité, spécialement désireux de rencontrer et de connaître la population turque dont il était l’hôte reconnaissant ! Je suis donc heureux d’être aujourd’hui l’hôte de la Turquie, venu ici en ami et en apôtre du dialogue et de la paix ».

Benoît XVI a ensuite souligné le travail de dialogue accompli dans le sillage de Vatican II en disant : « Il y a plus de quarante ans, le Concile Vatican II écrivait que ‘la paix n’est pas une pure absence de guerre et qu’elle ne se borne pas seulement à assurer l’équilibre de forces adverses’, mais qu’elle ‘est le fruit d’un ordre inscrit dans la société humaine par son divin fondateur, et qui doit être réalisé par des hommes qui ne cessent d’accéder à une justice plus parfaite’ (Gaudium et spes, n. 78). Nous avons en effet appris que la véritable paix a besoin de la justice pour corriger les déséquilibres économiques et les désordres politiques qui sont toujours des facteurs de tensions et de menaces dans toute société ».

Le pape citait les changements apportés par l’émergence du terrorisme: « Le développement récent du terrorisme et l’évolution de certains conflits régionaux ont par ailleurs mis en évidence la nécessité de respecter les décisions des Institutions internationales et aussi de les soutenir, en leur donnant notamment des moyens efficaces pour prévenir les conflits et pour maintenir, grâce à des forces d’interposition, des zones de neutralité entre les belligérants. Tout cela reste pourtant inefficace si ce n’est pas le fruit d’un vrai dialogue, c’est-à-dire d’une sincère rencontre entre les exigences des parties concernées, afin de parvenir à des solutions politiques acceptables et durables, respectueuses des personnes et des peuples ».

Benoît XVI ne manquait pas de citer le conflit atteignant les voisins de la Turquie en disant : « Je pense tout particulièrement au conflit du Moyen-Orient, qui perdure de manière inquiétante en pesant sur toute la vie internationale, au risque de voir se généraliser des conflits périphériques et se répandre les actions terroristes; je salue les efforts des nombreux pays, dont la Turquie, qui se sont engagés aujourd’hui dans la restauration de la paix au Liban, plus nécessaire que jamais ».

Le pape en a appelé à la responsabilité de la communauté internationale en disant : « J’en appelle une fois de plus, devant vous, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, à la vigilance de la communauté internationale, pour qu’elle ne se dérobe pas à ses responsabilités et qu’elle déploie tous les efforts nécessaires pour promouvoir, entre toutes les parties en cause, le dialogue, qui seul permet d’assurer le respect d’autrui, tout en sauvegardant les intérêts légitimes et en refusant le recours à la violence. Comme je l’ai écrit dans mon premier Message pour la Journée mondiale de la Paix, ‘la vérité de la paix appelle tous les hommes à entretenir des relations fécondes et sincères; elle les encourage à rechercher et à parcourir les voies du pardon et de la réconciliation, à être transparents dans les discussions et fidèles à la parole donnée’ (1er janvier 2006, n. 6) ».

Le pape s’adressait ensuite aux représentants de la diplomatie internationale à Ankara en anglais en disant comment la Turquie est un pont entre Orient et Occident, Asie et Europe, un « carrefour de cultures et de religions » qui a choisi un régime sécularisé de façon à devenir un « Etat moderne ».
Et ceci, ajoutait le pape, « avec une distinction claire entre la société civile et la religion, chacune ayant son autonomie, et son domaine propre, tout en respectant la sphère de l’autre ».

Bien que dans un pays à majorité musulmane, la constitution reconnaît « le droit des citoyens à la liberté de culte, et la liberté de conscience ».

Le pape insistait sur le fait que « les autorités civiles de tout pays démocratique ont le devoir de garantir la liberté effective de tous les croyants et de leur permettre d’organiser librement la vie de leurs communautés religieuses ».

Le pape disait son espoir que les croyants – quelle que soit leur religion – « continueront à bénéficier de ces droits », se disant « certain que la liberté religieuse est une expression fondamentale de la liberté humaine, et que la présence active des religions dans la société est une source de progrès et d’enrichissement pour tous ».

Cela suppose, soulignait le pape que les religions ne « cherchent pas à exercer de pouvoir politique, ce qui n’est pas leur » rôle, et qu’elle « refusent absolument de sanctionner le recours à la violence comme une expression légitime de la religion ».

Le pape disait combien il apprécie dans ce sens le travail de la petite mais « très engagée » communauté catholique de la Turquie et sa contribution autant qu’elle le peut au « développement du pays », en particulier à « l’éducation des jeunes » et en « construisant la paix et l’harmonie entre ses citoyens ».

« L’Église, continuait le pape en français, vous le savez, a reçu de son Fondateur une mission spirituelle et elle n’entend donc pas intervenir directement dans la vie politique ou économique. Cependant, au titre de sa mission et forte de sa longue expérience de l’histoire des sociétés et des cultures, elle souhaite faire entendre sa voix dans le concert des nations, afin que soit toujours honorée la dignité fondamentale de l’homme, et spécialement des plus faibles ».

Benoît XVI plaidait pour une humanisation de la mondialisation en en appelant à la communauté internationale: « Devant le développement récent du phénomène de la mondialisation des échanges, le Saint-Siège attend de la communauté internationale qu’elle s’organise davantage, afin de se donner des règles permettant de mieux maîtriser les évolutions économiques, de réguler les marchés, voire de susciter des ententes régionales entre les pays. Je ne doute pas, Mesdames et Messieurs, que vous ayez à cœur, dans votre mission de diplomates, de faire se rencontrer les intérêts particuliers de votre pays et les nécessités de s’entendre les uns avec les autres, se mettant ainsi grandement au service de tous ».

Le pape a ensuite salué chacun des diplomates présents.