Bhoutan : Loi « anti-conversion » adoptée par le Parlement

Il cible la communauté chrétienne

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ROME, Mercredi 22 décembre 2010 (ZENIT.org) - Ciblant la communauté chrétienne, une loi anti-conversion a été adoptée par le Parlement bhoutanais, indique « Eglises d'Asie», l'agence des Missions étrangères de Paris.

Le gouvernement du royaume himalayen poursuit son travail de finalisation de la Constitution -promulguée en 2008 - ainsi que de ses différents codes juridiques et met en place une politique de contrôle religieux afin de « préserver la cohésion nationale » qui, au Bhoutan, est incarnée par le bouddhisme tantrique vajrayana, religion d'Etat. Après le vote d'une loi anti-conversion il y a quelques jours, il envisage d'accorder un statut légal aux organisations chrétiennes, ouvrant la voie à une reconnaissance officielle mais aussi à une surveillance des communautés de religion non bouddhistes.

Le 29 novembre dernier, le Parlement bicaméral du Bhoutan a approuvé, à l'unanimité, une nouvelle clause du Code pénal (article 463) sanctionnant le prosélytisme religieux. Ce projet de loi, qui, depuis plusieurs mois, inspire les plus vives inquiétudes aux chrétiens, principale cible de cette mesure, sanctionne de trois ans de prison, toute « tentative de conversion par la force ou par quelque autre moyen que ce soit ». Une définition dont le flou n'avait pas échappé aux détracteurs du projet qui craignent que de simples actions d'assistance ou de charité passent pour des tentatives de corruption « à des fins de conversion », comme dans certains Etats de l'Inde voisine ayant adopté des lois semblables. Selon le site Internet du Parlement, où sont mis en ligne au fur et à mesure les derniers amendements à la Constitution ainsi qu'aux différents codes juridiques, il est précisé que les deux chambres (le Conseil national et l'Assemblée nationale) ont adopté le texte à l'unanimité, sans pour autant se mettre d'accord sur la définition exacte du délit de « prosélytisme » (1).

La nouvelle a été diffusée par la presse locale, dans un contexte où l'hostilité est de plus en plus manifeste envers la petite communauté chrétienne, en butte à de nombreuses et croissantes discriminations. En octobre dernier, un chrétien avait déjà été condamné, avant même l'adoption de la loi par le Parlement, à trois ans de prison pour avoir projeté des films sur le christianisme (2).

Cependant, un autre projet agite également la communauté chrétienne et suscite, cette fois-ci, quelque espoir car, pour la première fois de son histoire, le Bhoutan s'apprêterait à accorder un statut légal aux chrétiens, jusqu'à présent tolérés mais non officiellement autorisés à pratiquer leur foi, malgré l'inscription de la liberté religieuse dans la Constitution de 2008.

Le gouvernement vient en effet d'annoncer que les chrétiens pourraient être représentés par des organisations enregistrées officiellement, au sein d'une fédération chrétienne. Selon l'agence Compass Direct News, il s'agirait en réalité d'une seule organisation chrétienne nommée comme responsable de l'ensemble des communautés, comme cela est déjà le cas pour les hindous, représentés par The Hindu Dharma Samudaya.

Selon les observateurs, si une telle politique révèle une volonté de contrôler les Eglises, elle pourrait néanmoins apporter aux chrétiens la possibilité, qui leur était refusée jusqu'à présent, de construire leurs propres lieux de culte, de publier et diffuser des bibles ou d'autres écrits chrétiens, de tenir des réunions publiques, de bénéficier d'un lieu d'inhumation pour leurs morts, d'enseigner dans certaines conditions (comme ce fut le cas quelques années pour les jésuites au Bhoutan, avant d'être expulsés pour prosélytisme).

Toujours selon Compass, les responsables des questions religieuses au sein du gouvernement, prévoient de traiter ce sujet lors de leur prochaine réunion fin décembre. Quant au Premier ministre Lyonchen Jigmey Thinley, il a déclaré en novembre dernier qu'il était aujourd'hui envisageable de reconnaître d'autres religions que le bouddhisme et de l'hindouisme.

Ces nouvelles mesures gouvernementales, loin d'être contradictoires, illustrent le paradoxe de la politique religieuse pratiquée par le Bhoutan, depuis l'avènement en 2008 de Jigme Khesar Namgyel. Pour le jeune souverain, il convient en effet plus que jamais de protéger contre les « influences néfastes » de l'Occident, dont le christianisme apparaît comme l'avant-garde, la culture et la religion du Bhoutan qui ne font qu'un avec le bouddhisme vajrayana. Une attitude protectionniste résumée par le quotidien Bhutan Observer, rapportant les propos du ministre de l'Intérieur bhoutanais Lyonpo Minjur Dorji : « Il n'y a absolument aucun problème si vous naissez chrétiens... La Constitution vous protège. Mais il est tout à fait illégal de chercher à convertir (...). Si nous avons des preuves de prosélytisme dans notre pays, nous nous devons de prendre des mesures immédiates » (3).

Selon les statistiques officielles, plus de 75 % des 700 000 Bhoutanais sont bouddhistes et 22 % sont hindous (la plupart étant d'origine népalaise). Les Eglises chrétiennes au Bhoutan n'ayant pas d'existence légale, il n'existe pas de statistiques précises les concernant. Selon des sources ecclésiastiques, essentiellement protestantes, les chrétiens seraient environ 6 000, toutes dénominations confondues, parmi lesquels se trouveraient quelques centaines de catholiques. La Bible a été traduite récemment en dzongkha, la langue nationale, attestant ainsi le développement d'une Eglise autochtone (4).

(1)           Site de l'Assemblée nationale du Bhoutan, 26 novembre 2010. Voir également EDA 534

(2)           Voir EDA 538, 534

(3)           Voir EDA 524

(4)           WEA, 13 décembre 2010 ; Compass Direct News, 4 novembre 2010 ; Bhutan Times, 26 novembre 2010.