Bilan de la visite des évêques de France au Vietnam, par l’archevêque de Tours

De réels signes d’ouverture et davantage de liberté

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ROME, Jeudi 14 décembre 2006 (ZENIT.org) – Après une visite de dix jours au Vietnam ( 26 novembre-5 décembre 2006), à l’invitation du Président de la Conférence des évêques du Vietnam, la délégation de la Conférence des évêques de France, conduite par le président de la Conférence, Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, est rentrée en France, témoignant des transformations dans le pays.



L’évêque de Tours, Mgr Bernard-Nicolas Aubertin faisait partie de la délégation. Il a accepté de faire un bilan de cette visite pour les lecteurs de Zenit.

Zenit : Mgr Aubertin, quels sont vos sentiments après ce périple de dix jours au Vietnam au début du mois de décembre ?

Mgr Aubertin : Il me paraît clair que la Conférence des évêques du Vietnam souhaitait un renforcement effectif de nos relations. Ne serait-ce que pour des raisons historiques liées au fait que l’un des premiers apôtres du Vietnam, Alexandre de Rhodes, était un missionnaire jésuite avignonnais. Il y a également eu la forte influence des Missions Etrangères de Paris. Ceci a donné un rôle énorme à la France dans l’évangélisation du Vietnam. De ce point de vue-là je crois que c’était quand même assez clair que la Conférence épiscopale souhaitait mentionner ces liens très importants et anciens. Mais c’était aussi une manière de dire que l’Eglise de France avait sûrement encore un rôle d’aide à jouer, notamment pour la formation des prêtres.

Zenit : Vous étiez invités par la Conférence épiscopale. Vos contacts étaient-ils purement officiels ?

Mgr Aubertin : Il est clair qu’il y avait un côté officiel. Nous avons été accueillis à Hanoi par le Président de la Conférence en présence d’un groupe d’évêques qui provenaient des trois Provinces ecclésiastiques du Vietnam : il y avait donc l’archevêque de Hanoi, l’archevêque de Hué et le troisième de Ho Chi Minh-Ville (Saigon) qui ont tenu à ce que nous rendions visite à chacune de leurs Provinces ecclésiastiques. Une sorte de relais s’est alors mis en place, c’est-à-dire que nous étions accueillis par les évêques du lieu qui, après nous avoir conduits dans quelques uns de leurs diocèses, nous accompagnaient jusqu’à la Province suivante et ainsi de suite. Il y avait vraiment un accompagnement et un soucis de présence très fort. Cela dit, nos contacts et nos dialogues ont été tout à fait francs et simples. Il n’y avait pas que des discours officiels. On nous présentait à chaque fois la situation des communautés que l’on rencontrait, des communautés de religieuses, des séminaristes. Et à chaque fois, on nous demandait de répondre aux questions éventuelles. Oui, il y a avait un dialogue. Nous parlions tout à fait fraternellement et librement.

Zenit : La dernière visite d’évêques français au Vietnam remonte à 1996. A leur retour ils avaient exprimé leur admiration pour les progrès accomplis par et pour la communauté catholique du Vietnam. Dix ans plus tard, avez-vous le sentiment qu’un pas de plus ait été accompli ?

Mgr Aubertin : Personnellement je n’étais pas du voyage cette année-là , mais je connais le Vietnam depuis 1990. Et ce voyage, début décembre, était mon huitième séjour. J’ai eu l’occasion de voir des changements énormes. Il est évident que la communauté chrétienne, catholique, a davantage de possibilités d’expression. Petit à petit, les séminaires ont l’autorisation de rouvrir. Pas tous bien sûr, mais on est passé de contingents de séminaristes extrêmement réglementés à une ouverture beaucoup plus grande. Et petit à petit un certain nombre de locaux confisqués, ou de biens confisqués sont rendus. Pas tous, loin de là. Mais petit à petit on en voit qui sont rendus à l’Eglise. Des autorisations de construction d’églises sont également données. On autorise la construction de séminaires ; des autorisations d’ordination sont données en assez grand nombre. Tout cela fait que l’on se rend compte que l’Eglise bouge dans un contexte plus favorable.

Zenit : Le gouvernement vietnamien accorde, depuis l’année dernière, au grand séminaire de Hanoi d’accueillir chaque année de nouveaux séminaristes, alors que précédemment, l’entrée n’était permise que tous les deux ans pour un nombre limité d’étudiants. Un autre geste encourageant pour l’Eglise au Vietnam ?

Mgr Aubertin : Tout à fait, et vu que le séminaire est aujourd’hui trop plein avec ses quelques 230 séminaristes, le gouvernement a même autorisé la construction d’un séminaire annexe : un autre bâtiment pour la propédeutique.

Zenit : Quelles sont aujourd’hui les grandes préoccupations de l’Eglise au Vietnam ?

Mgr Aubertin : Sa grande préoccupation concerne la formation des candidats au sacerdoce ou des communautés religieuses, la formation des religieux et religieuses. Les candidats et candidates sont extrêmement nombreux et il n’est pas simple d’assurer une formation solide et, disons-le, libre ; faire en sorte que la pression familiale, sociale, ne soit pas trop forte et que ceux qui s’engagent le fassent le plus librement possible et qu’ils soient formés le mieux possible. Tout cela fonctionne mais avec un personnel relativement réduit. Il y a vraiment un problème d’encadrement. C’est à ce niveau, je pense, que l’on attend beaucoup d’aide de l’Eglise de France. Et pas seulement de France, mais d’ailleurs aussi.

Zenit : Le Vietnam reste inscrit sur la liste des pays « préoccupants en matière de liberté religieuse », une question délicate pour vous quand vous allez sur place et pour eux quand ils vous reçoivent ? Comment l’Etat manifeste-t-il aux visiteurs son souci de se donner une autre image ?

Mgr Aubertin : Entre ce que j’ai pu voir lors de mes premiers voyages et ce que j’ai pu constater à ma dernière visite début décembre, il y a quand même une ouverture énorme. Lors de notre venue, il y a eu des rassemblements très importants, des célébrations en plein air avec des milliers de personnes et tout cela avec les autorisations nécessaires. Ceci signifie qu’au niveau des autorités, il est bien évident que le gouvernement vietnamien, vis-à-vis de l’extérieur, doit donner des preuves et des gages de son souci de liberté. Et une façon de le manifester est, je pense, de permettre cet accueil. Mais il n’y a pas simplement cet accueil, il y a aussi le fait que les communautés locales peuvent vivre leur foi plus facilement qu’autrefois. Je ne dis pas que tout est merveilleux et qu’il n’y a aucun problème. Ce que l’on a retenu un peu partout, c’est que des permissions sont données. Mais il faut demander la permission.

Zenit : Et au plan social, est-ce que l’Etat accepte un peu plus l’idée d’une collaboration avec l’Eglise catholique ? Un pas a-t-il été franchi en terme de coopération Eglise/Etat ?

Mgr Aubertin : Et bien justement, on me citait par exemple le cas de Mère Teresa qui, il y a une quinzaine d’années, avait proposé ses services en disant « je veux bien envoyer des communautés de religieuses pour assurer une présence auprès des grands malades, des vieillards, des mourants, des victimes du Sida ou d’autres épidémies ». Ce à quoi le Vietnam a, à l’époque, répondu : « Nous n’avons pas besoin de vous, nous avons besoin d’argent » ce qui voulait dire à la limite : nous sommes assez grands pour faire face à tout cela. Aujourd’hui, il est clair que le ton change. Nous avons vu que les communautés religieuses, par exemple, sont très impliquées dans le service des personnes handicapées, le service des orphelins, le service des enfants de familles lépreuses qu’il faut mettre à l’abri pour éviter qu’ils ne soient victimes de la contagion. Il y a actuellement des programmes qui sont en train de se mettre en place pour les malades du Sida. L’Etat se rend compte qu’il y a là une forme de présence, de dévouement, peut-être aussi de savoir-faire, qui est reconnue, et non seulement reconnue mais peut-être même attendue. Oui, les choses changent !

Zenit : Alors aujourd’hui, pensez-vous que ces signes d’ouverture, ce changement d’attitude que vous avez perçu en allant sur place, et ce renforcement des bonnes relations entre l’Eglise de France et l’Eglise du Vietnam après votre voyage, constitue un pas de plus pouvant contribuer à faire également avancer le processus de normalisation des relations entre le Saint-Siège et le Vietnam ?

Mgr Aubertin : Je le pense oui ! Car il y a quand même des changements. Les choses avancent vraiment. Lentement peut-être mais ça avance. Il y a bien sûr toute la complexité de la situation au Vietnam, de la situation politique, mais la marche de manœuvre de chacune des provinces est assez large. Il y a des Provinces où les choses sont plus ouvertes que d’autres. Cela dit, il y a quand même une certaine ligne qui va dans le sens d’une ouverture et d’un rapprochement. Le pays n’est pas uniforme. Il y a je crois une cinquantaine de Provinces environ et chaque Province a sa marche de manœuvre.