Bilan du voyage au Liban, 12 septembre 2012

« Un signe de paix prophétique » et « une expérience de fraternité »

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ROME, mercredi 19 septembre 2012 (ZENIT.org) – Benoît XVI confie que son voyage apostolique au Liban a été « un signe de paix prophétique » et « une expérience importante de fraternité ». Le moment est venu pour le peuple libanais, a-t-il ajouté, « de donner ensemble un témoignage sincère et décisif contre les divisions ».

Le pape est en effet revenu sur son voyage au Liban (14-16 septembre), au cours de l’audience générale qui s’est déroulée dans la salle Paul VI du Vatican, devant les milliers de personnes présentes, ce mercredi 19 septembre. Il a expliqué qu’il s’était rendu dans ce pays comme « un père » désireux d’être « aux côtés de ses enfants ».

Bilan de Benoît XVI en italien :

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais revenir brièvement, par la pensée et par le cœur, sur les journées extraordinaires du voyage apostolique que j’ai effectué au Liban. Un voyage que j’ai voulu de toutes mes forces, malgré les circonstances difficiles, considérant qu’un père doit toujours être aux côtés de ses enfants lorsqu’ils rencontrent des problèmes graves. J’ai été stimulé par mon vif désir d’annoncer la paix que le Seigneur ressuscité a laissée à ses apôtres par ces paroles : « Je vous donne ma paix - سَلامي أُعطيكُ » (Jn 14, 27). Mon voyage avait pour objectif principal la signature et la remise de l’exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente aux représentants des communautés catholiques du Moyen-Orient, ainsi qu’aux autres Eglises et communautés ecclésiales et aux chefs musulmans.

Cela a été un événement ecclésial émouvant et, en même temps, une excellente occasion de dialogue, vécue dans un pays complexe mais emblématique pour toute la région, en raison de sa tradition de convivialité et de collaboration active entre les diverses composantes religieuses et sociales. Face aux souffrances et aux drames qui perdurent dans cette zone du Moyen-Orient, j’ai manifesté ma sincère proximité avec les aspirations légitimes de ces chères populations, en leur adressant un message d’encouragement et de paix. Je pense en particulier au terrible conflit qui tourmente la Syrie, provoquant, outre des milliers de morts, une vague de réfugiés qui affluent dans la région à la recherche désespérée de sécurité et d’un avenir ; je n’oublie pas non plus la situation difficile en Irak. Pendant ma visite, les populations du Liban et du Moyen-Orient – catholiques, représentants des autres Eglises et communautés ecclésiales et des diverses communautés musulmanes – ont vécu avec enthousiasme et dans une atmosphère détendues et constructive une expérience importante de respect mutuel, de compréhension et de fraternité, qui constitue un signe d’espérance fort pour toute l’humanité. Mais c’est surtout la rencontre avec les fidèles catholiques du Liban et du Moyen-Orient, présents par milliers, qui a suscité en moi un sentiment de profonde gratitude pour l’ardeur de leur foi et de leur témoignage.

Je remercie le Seigneur pour ce don précieux qui suscite de l’espérance pour l’avenir de l’Eglise dans ces territoires : jeunes, adultes et familles animés par le désir tenace d’enraciner leur vie dans le Christ, de rester ancrés dans l’Evangile, de cheminer avec l’Eglise. Je redis ma reconnaissance aussi à ceux qui ont travaillé inlassablement pour ma visite : les patriarches et les évêques du Liban avec leurs collaborateurs, le secrétariat général du synode des évêques, les personnes consacrées et les fidèles laïcs qui sont une réalité précieuse et significative dans la société libanaise. J’ai pu constater de mes propres yeux que les communautés catholiques libanaises, à travers leur présence bimillénaire et leur engagement plein d’espérance, offrent une contribution significative et appréciée à la vie quotidienne de tous les habitants du pays. J’ai aussi une pensée pleine de reconnaissance et de respect pour les autorités libanaises, les institutions et les associations, les volontaires et tous ceux qui ont apporté leur soutien par la prière. Je ne peux oublier l’accueil cordial que j’ai reçu du président de la République, Monsieur Michel Sleiman, ainsi que celui des diverses composantes du pays et de la population : cela a été un accueil chaleureux, selon l’hospitalité libanaise bien connue. Les musulmans m’ont accueilli avec beaucoup de respect et une considération sincère, leur présence constante et leur participation m’ont permis de lancer un message de dialogue et de collaboration entre le christianisme et l’islam : il me semble que le moment est venu de donner ensemble un témoignage sincère et décisif contre les divisions, la violence et la guerre. Les catholiques, venus aussi des pays voisins, ont manifesté avec ferveur leur affection profonde pour le Successeur de Pierre.

Après la belle cérémonie à mon arrivée à l’aéroport de Beyrouth, le premier rendez-vous revêtait une solennité particulière : il s’agit de la signature de l’exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente, dans la basilique grecque melkite Saint-Paul, à Harissa. En cette circonstance, j’ai invité les catholiques moyen-orientaux à fixer leur regard sur le Christ crucifié pour trouver la force, même dans des contextes difficiles et douloureux, de célébrer la victoire de l’amour sur la haine, du pardon sur la vengeance et de l’unité sur la division. Je les ai tous assurés que l’Eglise universelle est plus que jamais proche, par l’affection et la prière, des Eglises du Moyen-Orient : celles-ci, bien qu’étant un « petit troupeau », ne doivent pas craindre, dans la certitude que le Seigneur est toujours avec elles. Le pape ne les oublie pas.

Le second jour de mon voyage apostolique, j’ai rencontré les représentants des institutions de la République et du monde de la culture, le Corps diplomatique et les chefs religieux. Je leur ai, entre autres, indiqué une voie à emprunter pour favoriser un avenir de paix et de solidarité : il s’agit de travailler pour que les différences culturelles, sociales et religieuses abordent, dans un dialogue sincère, une nouvelle fraternité où ce qui unit c’est le sens partagé de la grandeur et de la dignité de toute personne, dont la vie doit toujours être défendue et protégée. Le même jour, j’ai eu une rencontre avec les chefs des communautés religieuses musulmanes, qui s’est déroulée dans un esprit de dialogue et de bienveillance réciproque. Je remercie Dieu pour cette rencontre. Le monde d’aujourd’hui a besoin de signes de dialogue et de collaboration clairs et forts et le Liban a été, et doit continuer d’en être un exemple pour les pays arabes et pour le reste du monde.  

L’après-midi, à la résidence du patriarche maronite, j’ai été accueilli par l’enthousiasme irrésistible des jeunes, du Liban et des pays voisins, qui ont donné vie à un moment joyeux et priant qui restera gravé dans le cœur de beaucoup. J’ai souligné la chance qu’ils ont de vivre dans cette partie du monde que Jésus a vue, où il est mort et ressuscité pour notre salut et pour le développement du christianisme, et je les ai exhortés à la fidélité et à l’amour de leur terre, malgré les difficultés causées par le manque de stabilité et de sécurité. Je les ai aussi encouragés à être fermes dans la foi, confiants dans le Christ, source de notre joie, et à approfondir leur relation personnelle avec lui dans la prière, tout en étant ouverts aux grands idéaux de la vie, de la famille, de l’amitié et de la solidarité. En voyant des jeunes chrétiens et musulmans faire la fête dans une grande harmonie, je les ai invités à construire ensemble l’avenir du Liban et du Moyen-Orient et à s’opposer ensemble à la violence et à la guerre. La concorde et la réconciliation doivent être plus fortes que les élans de mort.

Dimanche matin, il y a eu le moment très intense et auquel beaucoup ont participé, de la messe sur le Front de mer de Beyrouth, accompagnée par des chants suggestifs qui ont aussi marqué les autres célébrations. En présence de nombreux évêques et d’une grande foule de fidèles venant de tous les coins du Moyen-Orient, j’ai voulu exhorter chacun à vivre sa foi et à en témoigner sans peur, sachant que la vocation du chrétien et de l’Eglise est de porter l’Evangile à tous sans distinction, à l’exemple de Jésus. Dans un contexte marqué par de violents conflits, j’ai attiré leur attention sur la nécessité de servir la paix et la justice, en devenant des instruments de réconciliation et des bâtisseurs de communion. A l’issue de la célébration eucharistique, j’ai eu la joie de remettre l’exhortation apostolique qui rassemble les conclusions de l’Assemblée spéciale du synode des évêques consacrée au Moyen-Orient. A travers les patriarches et les évêques orientaux et latins, les prêtres, les consacrés et les laïcs, ce document veut rejoindre tous les fidèles de cette chère région, pour les soutenir dans la foi et dans la communion, et pour les encourager sur la voie de la nouvelle évangélisation si souhaitée. Dans l’après-midi, au siège du patriarcat syro-catholique, j’ai eu la joie de participer à une rencontre œcuménique fraternelle avec les patriarches orthodoxes et orthodoxes orientaux, et les représentants de ces Eglises, ainsi que ceux des communautés ecclésiales.

Chers amis, ces journées passées au Liban ont été une étonnante manifestation de foi et d’une religiosité intense, et un signe de paix prophétique. La multitude des croyants, provenant de tout le Moyen-Orient, ont eu l’occasion de réfléchir, de dialoguer et surtout de prier ensemble, renouvelant leur engagement à enraciner leur vie dans le Christ. Je suis certain que le peuple libanais, dans sa composition religieuse et sociale multiforme mais bien amalgamée, saura témoigner avec un nouvel élan de la véritable paix qui naît de la confiance en Dieu. Je souhaite que les différents messages de paix et d’estime que j’ai voulu donner puissent aider les gouvernants de la région à accomplir des pas décisifs vers la paix et vers une meilleure compréhension des relations entre chrétiens et musulmans. Pour ma part, je continue à accompagner ces populations bien-aimées par la prière, afin que tous restent fidèles aux engagements qu’ils ont pris. Je confie à l’intercession maternelle de Marie, vénérée dans de nombreux et anciens sanctuaires libanais, les fruits de cette visite pastorale, ainsi que les résolutions envers le bien et les justes aspirations de tout le Moyen-Orient. Merci.

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Traduction de ZENIT, par Hélène Ginabat