Bosnie-Herzégovine: La discrimination des catholiques, par le card. Puljic

L'archevêque de Sarajevo évoque les difficultés de l'après-guerre

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ROME, mercredi 25 janvier 2012 (ZENIT.org) – En Bosnie-Herzégovine, l’Eglise catholique ne représente plus aujourd’hui que 10% de la population. Face à l’islamisation croissante du pays, divisé en deux entités politiques distinctes depuis la fin du conflit yougoslave en 1995, les catholiques, discriminés, se sentent trahis par le gouvernement et par la communauté internationale, estime le cardinal Puljic, dans un entretien téléphonique avec l’Aide à l’Eglise en Détresse.

S’il affirme travailler en bonne entente avec le Grand mufti et avec les autres responsables religieux, l’archevêque de Sarajevo, le cardinal Vinko Puljic, avertit que la solution est d’abord politique. Il faut créer, dit-il, « une entité politique unique, qui garantisse l’égalité des droits et assure le respect de la liberté religieuse »

« Nous, catholiques, nous voulons continuer à espérer dans l’avenir et à travailler pour créer un climat de confiance, de réconciliation et de tolérance », déclare le cardinal Puljic qui raconte les conditions de vie difficiles des catholiques en Bosnie-et-Herzégovine, parce que « systématiquement discriminés ».

Le prélat de soixante-dix-sept ans, pasteur de la capitale bosniaque depuis 1990 – à peine quelques mois avant que la guerre n’éclate – explique comment la situation a dégénéré à la suite des accords de Dayton. Le pacte, stipulé en novembre 1995 sur la base militaire de l’Ohio, indépendamment d’avoir ratifié la fin du conflit civil yougoslave, entérine la partition de la Bosnie Herzégovine en Fédération croato-musulmane et République serbe de Bosnie. « Dans cette dernière, le nettoyage ethnique est permis de fait, avec le consentement de la communauté internationale », dénonce le cardinal Puljic, qui est lui-même né à Prijcani, justement dans l’entité serbe.

Dans cette zone, la population non-serbe a diminué de façon drastique depuis le début de la guerre en 1991 et, « malgré les promesses internationales », de très nombreux catholiques – d’origine croate – ne peuvent pas encore y retourner.

Pour sa part, l’évêque de Banja Luka, Mgr Franjo Komarica, a récemment déclaré à l’AED que sur plus de 70.000 fidèles chassés de son diocèse, seulement 5.800 sont rentrés. « Ils sont plus de 200.000 à vouloir rentrer chez eux en République Srpska » précise le cardinal Puljic.

Les catholiques qui vivent dans la Fédération croato-musulmane sont tout autant discriminés. « Ici, tout est entre les mains des musulmans - affirme le prélat – et ils font tout pour nous faire quitter le pays ». Les responsabilités politiques sont le monopole des islamistes, les fidèles sont désavantagés dans leur recherche de travail et beaucoup des propriétés de l’Eglise, confisquées pendant la période communiste, n’ont pas encore été restituées. Par ailleurs, il est très difficile d’obtenir des permis de construire pour de nouveaux édifices religieux, alors que, rien qu’à Sarajevo, plus de soixante-dix mosquées ont été « financées ces dernières années par les pétrodollars saoudiens ».

L’islamisation croissante d’après-guerre est le fruit des investissements de quelques pays à majorité musulmane – principalement l’Iran et l’Arabie Saoudite – qui, non seulement reconstruisent les mosquées endommagées et en reconstruisent de nouvelles, mais ont aussi institué diverses ‘madrasa’ et une faculté de théologie islamique. Le cardinal Puljic est aussi préoccupé par l’augmentation de la présence wahabite. Le mouvement radical sunnite – qui compte ici entre trois mille et cinq mille adhérents – mène une action de recrutement agressive parmi les jeunes bosniaques, en profitant de la précarité du travail et des difficultés économiques. « Et le gouvernement n’intervient en aucune façon ».

L’archevêque de Sarajevo pointe du doigt la communauté internationale « qui devrait nous aider tous, au lieu de continuer à favoriser la majorité musulmane ». Et la Croatie – d’où sont originaires la quasi-totalité des fidèles bosniaques – « qui est tellement soucieuse d’entrer dans l’Union européenne qu’elle nous a oubliés ».

En lien avec les leaders des autres confessions, le cardinal Puljic fait partie du Conseil interreligieux en tant que représentant des catholiques. Et il affirme avoir trouvé, chez le Grand mufti, Mustafa Ceric, une disponibilité au dialogue. « Nous travaillons pour trouver des solutions – explique-t-il – mais y a d’abord des mesures politiques à prendre».

Le pasteur de la capitale bosniaque considère que la fragmentation administrative – le pays est subdivisé en dix cantons – est un obstacle supplémentaire à surmonter : « Nous devons simplifier le mécanisme d’état et créer une entité politique unique, qui garantisse l’égalité des droits et assure le respect de la liberté religieuse ».

Entretemps, la communauté catholique – plus fortement discriminée – continue à travailler pour l’intégration et le dialogue. « Nous continuons notre travail pastoral en enseignant le respect et la tolérance dans nos écoles qui restent ouvertes à tous : catholiques, orthodoxes et musulmans ».

Sur les 820.000 catholiques qui vivaient en Bosnie avant la guerre, il en est resté aujourd’hui seulement 460.000, environ dix pour cent de la population, contre quarante pour cent d’islamistes et trente-et-un pour cent de serbes orthodoxes. « Etre une petite minorité ne nous empêche pas de contribuer au développement de la société. Nous sommes les seuls à nous battre pour qu’en Bosnie-et-Herzégovine tous les groupes ethniques et religieux puissent enfin coexister pacifiquement. Et avec les mêmes droits ».

Traduction pour ZENIT par Hélène Ginabat