Brasilia 2012 : homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort

Rassemblement international des Equipes Notre Dame

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Anita Bourdin

ROME, mercredi 25 juillet 2012 (ZENIT.org) – « Ce que nous avons à maintenir dans le monde agité où nous sommes depuis quelques décennies, n’est pas un ordre moral ni un ordre social, même inspiré de l’Évangile. Mais c’est au plus intime, à la racine de nous-mêmes, le lien au Christ », fait observer Mgr de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris.

Voici le texte intégral de l’homélie de Mgr Eric de Moulins Beaufort, lors de la messe de lundi, 23 juillet, à Brasilia, pour la messe du rassemblement mondial des Équipes Notre-Dame.

Homélie de Mgr de Moulins-Beaufort :

« Je suis la vigne ; vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit. » Les Équipes Notre-Dame offrent une manière privilégiée de vivre cette promesse du Christ. Car elles vous aident, frères et soeurs, à déployer en toute votre vie la richesse du sacrement du mariage.

On s’approche un peu du don de ce sacrement lorsque l’on comprend que le lien entre l’époux et l’épouse se trouve branché, - c’est l’image du cep de vigne et des sarments -, sur l’amour du Christ pour son Église, c’est-à-dire pour l’humanité qu’il rachète par son sang et sanctifie par son Esprit. Par le sacrement du mariage, l’union de l’homme et de la femme devient le signe de l’amour de Dieu pour l’humanité, le mari devenant le signe le plus sensible, le plus immédiat, de l’amour de Dieu pour celle qu’il reçoit comme épouse, l’épouse le devenant pour son époux. Cela n’est possible que parce que l’amour qui unit l’un à l’autre peut désormais puiser en quelque sorte dans l’amour de Dieu pour nous manifesté en plénitude en Jésus et par Jésus.

Mais le discours de Jésus nous conduit plus loin encore que cela. Vous l’avez entendu, frères et soeurs, il est d’abord question des sarments qui ne portent pas de fruit et qui sont enlevés, qui sèchent et sont jetés au feu, et lorsque le Seigneur en vient aux sarments qui portent du fruit, il annonce qu’ils vont être émondés. Or « émonder », c’est enlever la mousse, couper les branchettes inutiles, afin que la sève circule mieux et que le sarment porte plus de fruits. Ce que Jésus veut dire est à comprendre à partir de la première phrase : « Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron ». Jésus est la vigne dont le Père prend soin, Jésus est la vigne dont le Père coupe les sarments morts et émonde les sarments susceptibles de porter du fruit en abondance. L’image de la vigne correspond chez saint Jean à l’image du corps chez saint Paul. L’une et l’autre expriment le lien intime, le lien vital, que Jésus est venu créer entre lui et chacun de ceux que le Père lui donne. L’une et l’autre essaient de dire que ce qui fait vivre Jésus, le Fils éternel, passe en ses disciples, en ceux qui lui sont rattachés, en ceux qu’il unit à lui et en lui, faisant d’eux les membres de son corps, les sarments par qui le cep donne du fruit. La vigne n’est donc pas Jésus dans son individualité ou sa solitude. La vigne est Jésus portant en lui tous ceux dont il fait ses disciples. Les quelques versets du discours après la Cène consacrés à la vigne couvre par conséquent l’histoire entière.Tout au long des siècles, le Père, le vigneron véritable, taille et émonde la vigne qu’est son Fils pour qu’elle porte du fruit toujours davantage. Jésus met sous les yeux de ses disciples, sous nos yeux, une vue de l’humanité entière, en tout cas de toute l’humanité qu’il greffe sur lui, et il nous donne de comprendre que son Père est à l’oeuvre sans cesse pour que les sarments, chacun des sarments, soient le plus féconds possibles et résistent à toutes les épreuves des siècles.


Déjà, frères et soeurs, nous pouvons tirer de cette vision une leçon riche de consolation : nous éprouvons douloureusement les soubresauts de l’histoire, nous éprouvons douloureusement les effets d’une certaine sécularisation qui, dans nos sociétés occidentales en tout cas, met en cause violemment les fondements du mariage et de la famille. Nous sommes secoués, nous sommes mis à l’épreuve, nous sommes passés au crible, et cela parce que Dieu éprouve notre fidélité. Nous voyons nos sociétés se défaire, se précipiter, certaines presque tout entières sur des chemins de décomposition sociale stupéfiants.

Au milieu de tout cela, n’oublions pas la vision de la vigne. Serons-nous des sarments qui, trop secoués, cassent, perdent leur lien avec le cep, ou la mise à l’épreuve aura-t-elle pour résultat de nous émonder, c’est-à-dire de nous libérer de ce qui nous encombre : des biens matériels, des idées toutes faites, la recherche d’un certain confort ou du plaisir, l’angoisse de la réussite, la nôtre ou celle de nos enfants, et bien d’autres choses encore ?

Nous sommes dans un temps où ce que le christianisme, disons mieux encore : ce que le Christ a révélé concernant la famille est rejeté par beaucoup et combattu par certains. N’en déduisons pas que tout est fichu, que Dieu est fini, et son Église avec lui et tout ce que nous aimons du mariage, des enfants, des relations larges et riches entre des membres nombreux.

Ne nous résignons pas non plus à un « monde moderne » qui serait une fatalité, quoi qu’il en soit de nos convictions et de nos désirs. Non, frères et soeurs, l’image de la vigne, - et c’est bien plus qu’une image -, nous y appelle : croyons que le Père lui-même s’en sert pour nous émonder et tâchons de mieux garder la Parole de Dieu, de mieux vivre des commandements, de mieux nous enraciner dans le Seigneur Jésus. Réjouissons-nous au moins d’avoir une occasion ou des occasions de vérifier et de montrer à quoi ou à qui nous sommes réellement attachés : à l’image que nous faisons de nous-mêmes ou à l’image que nous croyons les autres se faire de nous, ou bien à la présence de Jésus en nous, à l’accueil de son Esprit pour qu’il nous renouvelle et de sa Parole pour la mettre en pratique et en faire resplendir au milieu du monde, au milieu des autres, les fruits pleins de douceur, de saveur, de substance.

Saint Paul nous dit cela dans les quelques versets de l’épître aux Galates qui ont été proclamés. Il le dit en des termes plus compliqués que saint Jean mais peut-être finalement plus clairs encore. L’Apôtre oppose vie selon la Loi et vie dans le Christ ou vie du Christ en moi. Quelle est la source de ma vie ? Ma fidélité à la loi, - et la loi est, sous sa plume, la loi de Moïse, la loi de Dieu -, ou le don de Dieu ? Vous, couples chrétiens, qu’est-ce qui vous fait vivre ? La conformité à l’image que vous vous faites de vous-mêmes, de votre dignité de baptisés et de votre statut d’époux et d’épouse dans la société, - qui ne sont pas en soi de mauvaises choses, tout au contraire ? Ou bien la joie de connaître le Christ Jésus, de garder ses commandements, de vivre ce que nous avons à vivre comme nous devons le vivre pour être unis à Lui et porter autour de nous ce qu’Il nous donne ?

La même question, plus redoutable encore, vaut pour nous, évêques et prêtres, soyez-en persuadés. Qu’est-ce qui nous fait vivre ? L’idée que nous nous faisons de l’Église, de ses ministres, ou bien le service du Christ, reçu dans sa Parole et dans ses sacrements, et non moins dans celui qu’il met sur mon route pour que j’en fasse mon prochain ? La loi de Dieu, saint Paul y insiste dans l’épître aux Romains, est sainte et sanctifiante. Mais nous pouvons en faire un usage détourné pour nous auto-glorifier.

Ce qui est en jeu, ce que nous avons à maintenir dans le monde agité où nous sommes depuis quelques décennies, n’est pas un ordre moral ni un ordre social, même inspiré de l’Évangile. Mais c’est au plus intime, à la racine de nous-mêmes, le lien au Christ, la place de sa croix au coeur de notre coeur, l’adhésion de toutes les fibres de notre être à son offrande « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».

Chers amis, envoyés dans le vaste monde pour y vivre de l’Évangile, nous n’avons pas à défendre une « idée de la famille » mais la qualité absolue du mouvement de l’homme vers la femme et de la femme vers l’homme, en quoi se reflète quelque chose, beaucoup plus que quelque chose, du lien de Dieu à l’humanité, du Christ à l’Église.

Permettez-moi de reprendre les mots du psalmiste, les mots de David : « Venez, mes fils, écoutez-moi. Que je vous enseigne la crainte du Seigneur. Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur. » Nous les avons chantés ou entendus chanter comme le chant de l’Église entière qui s’adresse à l’humanité. « Venez, mes fils, écoutez-moi. » Jésus est le vrai David, le vrai psalmiste. Il nous appelle à écouter ce qu’il a à nous dire.

La première leçon du Sage porte sur la crainte de Dieu, non pas la peur de Dieu, mais la crainte qui signifie le respect, l’admiration, l’émerveillement et le service. Jésus le Fils nous met face à son Père, face au vrai maître de l’histoire qui profite de tout pour que ceux qui sont greffés sur son Fils unique, ceux que le Fils lui présente comme des frères et des soeurs, portent des fruits pour l’éternité. Et vous, et nous, tous ensemble, à notre tour, nous allons vers le monde en proclamant : « Venez, mes fils, écoutez-moi, que je vous enseigne la crainte du Seigneur. Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur. »

Chers membres des Équipes Notre-Dame, enracinés dans le Christ, greffés en lui, vous ne cherchez pas à sauvegarder un modèle mais à vivre dans la vérité de ce que Dieu nous donne, parce que c’est Lui qui nous le donne. Qui voudra viendra à nous. Qui ne voudra pas ne viendra pas. Mais ne doutons pas que si nous sommes vraiment enracinés en Jésus, Dieu le Père donnera à vos vies de porter du fruit en abondance.

Amen.