Brésil : défis pour la nouvelle évangélisation

Par le P. Piero Gheddo

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Traduction d’Hélène Ginabat

ROME, lundi 16 juillet 2012 (ZENIT.org) – Au Brésil, le développement rapide des Eglises pentecôtistes-charismatiques est « un défi » pour la nouvelle évangélisation, affirme le père Piero Gheddo, de l’Institut pontifical des missions étrangères de Milan (PIME). Mais ce mouvement peut « aider à réassumer le facteur religieux dans les sociétés chrétiennes ou non chrétiennes ».

Le P. Piero Gheddo a été l'un des fondateurs de l’agence d’informations AsiaNews, en 1987. Il a voyagé dans tous les continents et il est l'auteur de plus de 80 ouvrages. Il dirige à Rome le Bureau historique des Pime depuis 1994. Il est postulateur de plusieurs causes de canonisation. Aujourd'hui il vit à Milan.

Voici un article du missionnaire intitulé :

« Pourquoi le nombre des catholiques diminue-t-il au Brésil? »

Le 29 juin 2012, un communiqué de l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IGBE) a suscité un vaste écho dans la presse brésilienne et internationale. D’après le recensement de 2010, le pourcentage de catholiques, sur 190 millions de Brésiliens, est aujourd’hui de 64,6 % (123 millions). Lors du premier recensement brésilien de 1872, les catholiques étaient de 99,7 %, en 1972 ils représentaient 91,8 % et en 2000 73,6 %. Le Brésil risque de laisser en quelques années la palme du ‘premier pays catholique dans le monde’ au Mexique, qui a 112 millions d’habitants, dont 88 % se déclaraient catholiques en 2010.

Les catholiques qui quittent l’Eglise suivent les Eglises protestantes traditionnelles ou les diverses dénominations évangéliques qui, en 1980, comptaient 6,6% des Brésiliens, 9% en 1991, 15,4% en 2000 et 22,2% en 2010 sur un total de 42,6% millions de croyants.  Dans le monde « évangélique » brésilien, les dénominations « pentecôtistes » attirent la majorité des fidèles, environ 25 millions, et sont en pleine croissance. Le nombre des athées, des agnostiques et des personnes sans religion définie augmente aussi ; il est passé de 4,7% à 8% sur un total d’environ 15 millions de personnes. La très grande majorité d’entre eux se déclarent sans religion spécifique, alors que les athées sont 615.096 et les agnostiques 124.436. En revanche, le nombre des Brésiliens qui se déclarent adeptes de la religion « spiritiste » est en baisse, tandis que seulement 0,3% adhèrent à des religions d’origine africaine comme le candomblé ou l’umbanda.

Le Brésil a les dimensions d’un continent : sa superficie fait 27 fois celle de l’Italie et c’est le seul pays d’Amérique du sud qui n’ait jamais connu de guerre ni de guérilla, ni même de dictature violente comme tous les autres pays. C’est aussi l’unique puissance économique d’Amérique latine, désormais cataloguée parmi les quatre Grands qui autrefois faisaient partie du « tiers-monde », les Bics : Brésil, Inde, Afrique du sud et Chine. Il était inévitable qu’il enregistre des immigrations de masse en provenance des pays voisins moins favorisés qui, avec les autres catégories d’un peuple pauvre, caractérisent la vie brésilienne par une migration interne continue.

L’Eglise catholique n’est pas en mesure d’apporter une assistance religieuse à toutes ces populations, même si elle a une structure puissante sur le territoire. Le Brésil comptait une trentaine de diocèses au début des années 1900, 152 en 1960 et il dépasse largement les 300 aujourd’hui. L’immense Amazonie brésilienne (14 fois l’Italie) avait deux diocèses (Belem et Manaus) en 1900 ; aujourd’hui il y en a une quarantaine. Mais les personnes consacrées (prêtres, frères et sœurs) ne se sont pas multipliées au même rythme, malgré une aide consistante de la part des missionnaires et des prêtres et sœurs étrangers (qui sont aujourd’hui en diminution rapide).

La dernière fois que je suis allé à Manaus en 1997, le P. Piero Vignola, des Pime, natif de Lodi, qui, dans les années soixante-dix avait fondé la première paroisse à la périphérie de la capitale amazonienne (Cidade Nova), me disait : « A Manaus, il y a un flux ininterrompu d’immigrés de tous les coins du Brésil et des états voisins, ils vivent dans des baraques, ils cherchent du travail et ils ont besoin d’un réconfort religieux. Le territoire de ma paroisse (San Benedetto) comptait environ 8.000 habitants quand elle a été fondée à mon arrivée en 1973, aujourd’hui il en compte environ 90.000 ; deux autres paroisses ont été créées mais nous ne sommes que cinq prêtres en tout. Pourtant ces 24 dernières années, j’ai vu naître 4 ou 5 sectes protestantes qui ont fait école et se sont multipliées de manière indépendante en intégrant des Brésiliens. Il y a une immense confusion des voix. Nous sommes un peuple catholique, ceux qui habitent près de la paroisse y viennent, sinon ils suivent d’autres prédicateurs ou des charlatans ».

Au cours de ces cinquante dernières années, le Brésil a été littéralement envahi par les Eglises et les sectes d’origine protestante. Le christianisme pentecôtiste-charismatique, comme on en fait l’expérience en Asie et en Afrique, attire davantage en Amérique latine aussi. Pour la « nouvelle évangélisation », c’est un défi pour l’Eglise catholique et pour les Eglises protestantes traditionnelles. Beaucoup s’interrogent sur cette diffusion rapide d’un mouvement qui s’inspire et s’identifie à la Pentecôte et nombreux sont ceux qui le critiquent, à juste titre Je me souviens quand, dans les années 60, 70, 80, on écrivait des articles (et j’en ai écrit moi aussi quelques-uns) qui étaient intitulés : « Apprenons des jeunes Eglises », mais on n’imaginait pas ce défi qui nous vient des pays du sud. Que l’Esprit-Saint aide l’Eglise à discerner les voies pour ramener au Christ des populations déjà baptisées et pour annoncer le Christ aux non chrétiens. Le mouvement charismatique-pentecôtiste peut, d’une certaine manière (mais laquelle ?), aider à réassumer le facteur religieux dans les sociétés chrétiennes ou non chrétiennes. »