Burundi : "investissez le dialogue social et politique"

Les évêques en visite ad limina (texte intégral)

Rome, (Zenit.org) Pape François | 965 clics

« Je ne peux que vous encourager à prendre toute votre place dans le dialogue social et politique, et à rencontrer sans hésiter les pouvoirs publics » : c'est l'exhortation du pape aux évêques du Burundi.

Le pape François a reçu les évêques de la Conférence épiscopale du Burundi, à l'occasion de leur visite "ad Limina Apostolorum", ce lundi matin, 5 mai 2014, au Vatican.

« Les personnes en charge de l’Autorité ont besoin de votre témoignage de foi et de votre annonce courageuse des valeurs chrétiennes afin qu’elles connaissent davantage la doctrine sociale de l’Église, en apprécient la valeur et s’en inspirent dans la conduite des affaires publiques », leur a-t-il déclaré.

Évoquant la formation des séminaristes, le pape en a indiqué les quatre piliers : « formation intellectuelle, spirituelle, humaine et pastorale » : « c’est par toute leur vie, dans le quotidien de leurs relations humaines, qu’ils porteront l’Évangile à tous ; il ne doit pas y avoir dans le ministère sacerdotal une prédominance de l’aspect administratif sur l’aspect pastoral », a-t-il estimé.

Le pape a aussi insisté sur la formation, « tant humaine que chrétienne, de la jeunesse » : « il est nécessaire de donner aux nouvelles générations une vision authentique de l’existence, de la société, de la famille ».

« N’hésitez pas à faire en sorte que le plus grand nombre possible de jeunes puisse bénéficier de l’annonce de la foi, y compris dans les établissements publics ; que l’Église soit aussi présente dans l’enseignement supérieur et les Universités, pour sensibiliser aux valeurs chrétiennes les responsables de la société à venir, afin qu’elle soit plus humaine et plus juste », a-t-il ajouté.

Les catholiques représentent 67% de la population de 8,7 millions de personnes du Burundi, à majorité chrétienne.

A.K.

Discours du pape François

Chers Frères dans l’épiscopat,

Soyez les bienvenus à l’occasion de votre pèlerinage à Rome pour la visite ad limina ! Je remercie Monseigneur Gervais Banshimiyubusa, président de votre Conférence épiscopale, pour les paroles qu’il m’a adressées en votre nom. Je salue à travers vous tous les fidèles de vos Églises diocésaines, en particulier les prêtres, les religieux et les religieuses, ainsi que les fidèles laïcs engagés dans le service pastoral et tous les Burundais. Je forme le vœu que les Apôtres Pierre et Paul vous soutiennent et vous fortifient dans l’exercice de votre ministère apostolique. À la suite de Jésus ils ont versé leur sang pour le service de l’Évangile ; à leur exemple, nous sommes appelés à aller jusqu’au bout dans notre dévouement pour le peuple qui nous est confié. Et je voudrais ici rappeler la mémoire de Monseigneur Michael A. Courtney, nonce apostolique, qui a été fidèle jusqu’au don de sa vie à la mission qui lui avait été confiée au service du Burundi.

Je suis heureux de souligner l’esprit de communion que vous avez à cœur d’entretenir avec le Siège de Pierre. L’unité est, en effet, une condition indispensable à la fécondité de l’annonce de l’Évangile. Je souhaite que celle-ci se renforce encore dans un climat de confiance et de fraternelle collaboration. Par ailleurs, cette collaboration est aussi nécessaire pour les relations que l’Église veut entretenir avec l’État. L’Accord-cadre entre le Saint-Siège et la République du Burundi, signé en novembre 2012 et entré en vigueur en février dernier avec l’échange des instruments de ratification, riche d’avenir pour l’annonce de l’Évangile, en est un fruit excellent. Je ne peux que vous encourager à prendre toute votre place – et vous le faites déjà – dans le dialogue social et politique, et à rencontrer sans hésiter les pouvoirs publics. Les personnes en charge de l’Autorité ont, les premières, besoin de votre témoignage de foi et de votre annonce courageuse des valeurs chrétiennes afin qu’elles connaissent davantage la doctrine sociale de l’Église, en apprécient la valeur et s’en inspirent dans la conduite des affaires publiques.

Votre pays, en effet, a connu, dans un passé encore proche, de terribles conflits ; et le peuple burundais demeure trop souvent divisé, de profondes blessures ne sont pas encore refermées. Seule une authentique conversion des cœurs à l’Évangile peut incliner les hommes à l’amour fraternel et au pardon, car c’est « dans la mesure où Dieu réussira à régner parmi nous que la vie sociale sera un espace de fraternité de justice, de paix et de dignité pour tous » (Evangelii gaudium, n. 180). L’évangélisation en profondeur de votre peuple reste bien la première de vos préoccupations car « pour réussir une véritable réconciliation […] l’Église a besoin de témoins qui soient profondément enracinés dans le Christ » (Africae munus, n. 34), des témoins qui mettent leur vie en accord avec leur foi.

Et les premiers témoins appelés à vivre cette authenticité de la conversion sont naturellement les prêtres. Je les salue avec affection, et je les invite à vivre dans la vérité et la joie leurs engagements sacerdotaux qui expriment leur don total au Christ, à l’Église et au Règne de Dieu (cf. Africae munus, n. 111). Par ailleurs, je ne peux que vous encourager à prendre soin de la formation des séminaristes, que le Seigneur appelle nombreux dans votre pays, et je me réjouis de l’ouverture récente d’un quatrième grand Séminaire. Outre la formation intellectuelle indispensable, les futurs prêtres doivent recevoir aussi une solide formation spirituelle, humaine et pastorale. Ce sont les quatre piliers de la formation ! En effet, c’est par toute leur vie, dans le quotidien de leurs relations humaines, qu’ils porteront l’Évangile à tous ; il ne doit pas y avoir dans le ministère sacerdotal une « prédominance de l’aspect administratif sur l’aspect pastoral, comme non plus une sacramentalisation sans autre forme d’évangélisation » (Evangelii gaudium, n. 63). Le dialogue personnel que le séminariste entretient avec le Seigneur est à la base de tout le cheminement vocationnel. De cette source doit jaillir l’élan missionnaire du prêtre, appelé à « sortir » résolument au dehors pour annoncer l’Évangile (Evangelii gaudium, n. 24). Les vocations sont aujourd’hui fragiles, et les jeunes ont besoin d’être attentivement accompagnés dans leur parcours. Ils doivent avoir pour formateurs des prêtres qui soient de véritables exemples de joie et de perfection sacerdotale, qui se fassent proches d’eux, qui partagent leur vie, qui soient vraiment à leur écoute afin de bien les connaître pour mieux les conduire. C’est seulement à ce prix qu’un juste discernement peut être exercé, et des erreurs malheureuses évitées.

Les personnes consacrées, également, rendent témoignage de leur foi en Jésus par toute leur vie. « Elles sont une aide nécessaire et précieuse à l’activité pastorale, mais aussi une manifestation de la nature intime de la vocation chrétienne » (Africae munus, n. 118). Et je salue l’admirable travail que les congrégations religieuses accomplissent dans les œuvres sociales d’éducation, d’assistance sanitaire, ou encore d’aide aux réfugiés qui se trouvent en grand nombre dans votre pays. Elles rendent manifeste « le lien indissoluble entre l’accueil de l’annonce salvifique et un amour fraternel effectif » (Evangelii gaudium, n. 179). Je vous invite à accompagner avec beaucoup de soin la vie religieuse, qui se développe fortement dans vos Églises locales. Les nombreuses communautés nouvelles qui se forment ont besoin de votre discernement attentif et prudent pour garantir une solide formation à leurs membres et accompagner les évolutions qu’elles sont appelées à vivre en vue du bien de toute l’Église.

De nombreux laïcs, à travers de multiples mouvements et associations, collaborent avec générosité aux œuvres sociales. Il convient de renforcer sans cesse cette fructueuse et indispensable collaboration entre les différentes forces ecclésiales, dans un esprit de solidarité et de partage, de sorte que ce soit le peuple chrétien dans son ensemble qui, au Burundi, soit missionnaire.

La formation, tant humaine que chrétienne, de la jeunesse est une clé d’avenir dans un pays où la population se renouvelle vite ; je sais qu’elle est l’une de vos priorités. Dans un monde en voie de sécularisation il est nécessaire de donner aux nouvelles générations une vision authentique de l’existence, de la société, de la famille. Je vous encourage à persévérer encore dans l’œuvre éducative que vous accomplissez déjà de manière considérable : le nombre d’écoles catholique est important, l’enseignement dispensé est de qualité. Faites tout votre possible pour que, à tous les niveaux, les formateurs soient eux-mêmes solidement enracinés dans la foi et la pratique de l’Évangile. N’hésitez pas à faire en sorte que le plus grand nombre possible de jeunes puisse bénéficier de l’annonce de la foi, y compris dans les établissements publics ; que l’Église soit aussi présente dans l’enseignement supérieur et les Universités, afin de sensibiliser aux valeurs chrétiennes les responsables de la société à venir, afin qu’elle soit plus humaine et plus juste.

Chers Frères, votre pays a connu une histoire récente difficile, traversée par la division et la violence, dans un contexte de grande pauvreté qui malheureusement perdure. Malgré cela, les efforts courageux d’évangélisation que vous déployez dans votre ministère pastoral portent de nombreux fruits de conversion et de réconciliation. Je vous invite à ne pas faiblir dans l’espérance, mais à aller courageusement de l’avant, avec un esprit missionnaire renouvelé, afin de porter la Bonne Nouvelle à tous ceux qui l’attendent encore ou qui en ont le plus besoin, afin qu’ils connaissent enfin la miséricorde du Seigneur.

Je vous confie tous, ainsi que les prêtres, les personnes consacrées, les catéchistes et les fidèles laïcs de vos diocèses, à la protection de la Vierge Marie, Mère de l’Église, et je vous donne de tout cœur la Bénédiction apostolique.