Cameroun : voter pour la société d'aujourd'hui et de demain

Lettre des évêques à la nation

Rome, (Zenit.org) | 637 clics

« L'acte citoyen de voter » a « des implications et enjeux sur notre société d’aujourd’hui et de demain », rappellent les évêques du Cameroun, qui publient une Lettre pastorale pour la nation, à l’occasion des élections législatives et municipales du 30 septembre 2013.

Ils formulent des recommandations pour que le scrutin se déroule « dans la transparence en vue d’une paix véritable dans notre pays », rappelant « que la politique doit être au service du bien commun, et que la consolidation de la démocratie dépend de la contribution effective de chacun ».

Ils encouragent à choisir les candidats « préoccupés par l’intérêt général, le service désintéressé et ayant fait preuve de respect du bien commun, des droits fondamentaux de la personne, de la justice et de la paix ».

Les évêques dressent également une liste-programme pour les politiques, invitant notamment à travailler pour « garantir à chaque Camerounais l’accès facile à l’eau potable », « promouvoir des structures médicales partout dans le pays », renouveler le système éducatif, promouvoir « une politique de construction de logements sociaux », garantir « l’accès à l’électricité », améliorer les infrastructures routières et construire des « infrastructures de base, tels que les centres sociaux, les foyers, les aires de sport ».

Lettre pastorale des évêques à la nation

A tous les prêtres, religieux et religieuses,
à tous les fidèles catholiques
et à tous les hommes de bonne volonté

Chers frères et sœurs,

1- Nous implorons, en faveur de chaque Camerounais, la grâce et la paix de la part de Dieu, par son Fils Jésus Christ notre Paix (cf. Ep 2,14), afin que nous poursuivions « ce qui favorise la paix et l’édification mutuelle » (Rm 14,19), et que nous marchions dignement vers la construction d’un Cameroun de paix, de justice et d’amour.

2- « L’Église apprécie le système démocratique, comme système qui assure la participation des citoyens aux choix politiques et garantit aux gouvernés la possibilité de choisir et de contrôler leurs gouvernants, ou de les remplacer de manière pacifique lorsque cela s’avère opportun ». (Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, 406).

3- Nous, archevêques et évêques du Cameroun, rendons grâce à Dieu qui, en dépit des risques d’explosion sociale qui s’accentuent souvent en période électorale, continue à préserver notre pays de l’escalade de la violence. Nous saluons l’effort de tous les hommes et femmes de bonne volonté qui, au-delà de leur appartenance politique, s’investissent avec foi et espérance dans la recherche d’un Cameroun plus juste, mieux gouverné et plus pacifique.

4- En vertu de notre mission et devoir d’éclairer la conscience des fidèles catholiques et des personnes de bonne volonté, nous proposons des pistes de réflexion sur l’acte citoyen de voter, compte tenu des implications et enjeux d’un tel acte sur notre société d’aujourd’hui et de demain. C’est notre manière de participer au pouvoir et à la gestion de notre nation. Élire nos représentants et nos gouvernants est un droit civique fondamental en démocratie. Sans l’expression et la prise en compte de notre opinion individuelle, les résultats des urnes ne reflètent pas la volonté et le sentiment de tous. Cette lettre pastorale vise donc à rappeler aux uns et aux autres, électeurs et candidats, que la politique doit être au service du bien commun, et que la consolidation de la démocratie dépend de la contribution effective de chacun d’entre nous.

5- Les élections couplées du 30 septembre prochain ont pour objectif de choisir ceux qui vont gérer nos collectivités locales décentralisées, et ceux qui vont nous représenter au Parlement. Il s’agit en effet de responsables locaux et de proximité, dont le travail a des conséquences directes sur notre vie quotidienne, en ce qui concerne notamment la prospérité de nos villes et villages ainsi que le vote des lois justes qui tiennent compte des aspirations légitimes des citoyens et qui favorisent le développement de notre pays. Plus que pour d’autres élections, la gestion de nos départements et de nos communes incombera à des personnes que nous connaissons, dont nous maîtrisons les antécédents en terme de gestion de la chose publique et de relations avec leurs concitoyens. Notre choix est donc d’une importance capitale.

6- Lors de ces prochaines élections, ce ne sont pas d’abord les partis politiques que nous devrons considérer, mais les candidats qui sont nos frères et nos sœurs. Dans ce contexte, l’intérêt pour le citoyen est de voter pour celui qui porte à cœur le développement de la circonscription pour laquelle il s’investit. Vous les connaissez mieux que quiconque ; vous savez qui est capable de porter vos aspirations. Les candidats à choisir doivent donc être des hommes et des femmes préoccupés par l’intérêt général, le service désintéressé et ayant fait preuve de respect du bien commun, des droits fondamentaux de la personne, de la justice et de la paix. Concrètement, ils doivent être des personnes engagées à rechercher et à mettre en œuvre ce qui contribue à la bonne marche de la communauté humaine dans son ensemble (cf. Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise, 409).

7- En tant qu’archevêques et évêques, c’est-à-dire pasteurs témoins des conditions de vie de notre peuple, il sied que nous attirions votre attention sur quelques-unes des préoccupations fondamentales actuelles qui devraient interpeller notre conscience de candidats et d’électeurs.

8- Beaucoup de nos frères et sœurs sont privés d’eau potable. Si on pouvait garantir à chaque Camerounais l’accès facile à cette denrée vitale, notre pays ferait un pas déterminant vers la vraie émergence. N’oublions pas que grâce à l’eau potable, on évite plusieurs maladies, le risque de mortalité diminue aussi, les finances familiales respirent mieux. L’adage selon lequel «l’eau, c’est la vie » n’est pas faux. Les élus aux municipalités et aux législatives auront à se pencher sérieusement sur ce grand dossier social.

9- L’accès aux soins de santé est très préoccupant, surtout en dehors des grandes métropoles. Il est urgent de promouvoir des structures médicales partout dans le pays. Le projet d’un médecin pour mille habitants se grippe petit à petit, alors qu’on devrait désormais penser à un médecin pour cinq cents habitants. Dans le même ordre d’idées, une bonne médecine est à promouvoir, en extirpant du système médical de fausses pratiques, et en veillant à ce que le personnel médical ait à cœur la dignité de la personne ainsi que le respect pour la vie.

10- L’éducation a besoin d’une réelle rénovation. L’école est de moins en moins le lieu privilégié du questionnement essentiel, de la recherche de la culture des valeurs humaines. Plusieurs localités manquent d’infrastructures viables. Le nombre croissant des enfants de la rue traduit la réalité de la déperdition scolaire et de l’insuffisance de l’encadrement social de notre jeunesse. Souvenons-nous que, lorsque l’éducation est bien soignée, le développement intégral de l’homme suit.

11- Une bonne politique de l’habitat est urgente dans notre pays. Celle-ci devra tenir compte du pouvoir financier de la grande majorité des Camerounais, qui sont en-deçà du seuil de la pauvreté. Un bon nombre de nos compatriotes peine à avoir une maison ou un cadre d’hébergement digne et décent. Cette situation est une des causes des promiscuités et de la délinquance galopante dans notre pays. Les élus auront à promouvoir une politique de construction des logements sociaux pour tous.

12- L’électricité est aujourd’hui un vecteur de développement, dont il faut promouvoir l’accès à tous. Il faudrait s’assurer de la permanence de l’énergie pour éviter les conséquences néfastes causées par des délestages et des mauvaises installations qui, dans certains cas, ont causé la mort ou la destruction des biens. En ce troisième millénaire, il est important que l’électrification atteigne tous les coins du pays.

13- D’énormes efforts restent à faire en matière d’infrastructures routières, surtout en ce qui concerne les routes secondaires. Reconnaissons ceci : « là où passe la route, le développement suit ». La majorité des Camerounais sont des agriculteurs. Leurs efforts sont pénalisés par le manque de routes, car ils ne peuvent pas vendre leurs produits. Par ailleurs, combien de vies perdons-nous à cause de l’état de nos routes et de nos pistes ?

14- Enfin, les infrastructures de base, tels que les centres sociaux, les foyers, les aires de sport, etc... nous préoccupent. La mise en place de ces infrastructures indispensables ne suit pas l’extension rapide de nos villes. Or, le développement des collectivités locales, surtout celui des communes rurales, passe aussi par ces infrastructures qui sont des lieux de vie communautaire, de formation et d’apprentissage en vue d’un meilleur vivre.

15- Chers frères et sœurs, voilà quelques points importants à prendre en compte en vue des élections municipales et législatives du 30 septembre 2013. A chacun de vous, il revient de bien examiner les propos et les promesses que les différents candidats formulent, et de choisir, en âme et conscience, ceux qui répondent le mieux aux préoccupations de l’heure. Notre choix détermine le type de société que nous voulons construire et celle que nous voulons laisser à la postérité.

16- Nous invitons tous les acteurs, organisateurs, candidats, électeurs, observateurs, à respecter les principes fondamentaux de la démocratie pour un meilleur déroulement du double scrutin.

17- Nous nous tournons enfin vers nos gouvernants : qu’ils daignent mettre tout en œuvre, afin que les élections du 30 septembre 2013 se passent dans la transparence en vue d’une paix véritable dans notre pays.

18- Pour ce grand rendez-vous, nous renouvelons la consécration de notre pays à la Vierge Marie, Reine des Apôtres, et comptons sur sa maternelle protection. Nous invitons aussi, à la prière, tous les fidèles chrétiens, tous les autres croyants et tous les hommes de bonne volonté, afin que tout se déroule selon le dessein de Dieu.

Fait à Yaoundé, le 11 septembre 2013

Pour les archevêques et évêques du Cameroun

+ Samuel KLEDA

Archevêque de Douala

Président de la CENC