Canada : hommage au "prophète" Ehtseo Ereya

Journée de prière en solidarité avec les peuples autochtones 2013

Rome, (Zenit.org) Rédaction | 551 clics

Pour la Journée de prière en solidarité avec les peuples autochtones 2013, c’est la figure du « prophète » Ehtseo Ereya qui est mise à l’honneur : « un grand prophète qui a travaillé dur et qui a prêché la Bonne Nouvelle à un grand nombre de Dénés (ethnie) », également reconnu pour « la sagesse avec laquelle il mariait les spiritualités dénée et catholique ».

La Journée nationale de prière en solidarité avec les peuples autochtones est célébrée le 12 décembre de chaque année, en la fête de Notre-Dame de Guadalupe, patronne des Amériques, qui est apparue à saint Juan Diego, un humble paysan aztèque, au Mexique en 1531.

Le Conseil autochtone catholique du Canada souligne cette journée de prière, de solidarité et de réconciliation en diffusant un message annuel honorant des autochtones qui ont été inspirés par leur foi catholique.

Le message de cette année rend hommage à « ?ehtseo Ereya », ?ehtseo signifiant ‘grand-papa’ dans la langue des Esclaves du nord ou en déné roi. Le signe « ? » indique une pause au début du mot.

Né en 1857, il acquit dans tous les Territoires du Nord-Ouest la réputation d’un grand leader spirituel. Les gens parcouraient de longues distances pour lui rendre visite et, aujourd’hui encore, ils viennent nombreux se recueillir sur sa tombe. Tous les anciens qui ont connu ?ehtseo Ereya parlent de lui comme d’une personne spéciale aux yeux de Dieu.

Les prêtres appréciaient aussi la sainteté de ?ehtseo Ereya. Le Père Jean Denis, O.M.I., longtemps curé de la paroisse de Deline, fut très impressionné par la sainteté de la vie de ?ehtseo Ereya, par la sagesse avec laquelle il mariait les spiritualités dénée et catholique, et par l’influence positive qu’exerçait son enseignement sur les personnes qu’il rencontrait.

?ehtseo Ereya fut élevé dans le territoire de Tlicho, au Behchoko dans les Territoires du Nord-Ouest. Avec sa famille, ?ehtseo Ereya parcourait la région du Sahtu. Il construisit sa première maison en bois rond dans la localité qu’on appelle aujourd’hui Deline, collectivité nichée sur les rives du Grand lac de l’Ours (le plus grand lac d’eau douce entièrement situé au Canada et le septième plus grand au monde). Il choisit cet endroit parce qu’il était propice à la pêche, à la chasse et au piégeage.

Plus tard dans sa vie, ?ehtseo Ereya expliqua qu’au temps de sa jeunesse, il avait reçu la visite de deux anges qui lui communiquèrent les enseignements des livres saints. Ces visites continuèrent pendant des années. Quand il commença à grisonner, on lui demanda de partager ce savoir et de parler aux Dénés de partout. Même s’il ne savait pas lire, il avait une profonde connaissance de la Bible. Pendant la journée, il allait de maison en maison parler aux gens. Les Dénés ont une tradition prophétique; leurs prophètes sont des gens de bien qui ont une idée de l’avenir et qui savent donner des conseils avisés. ?ehtseo Ereya est vu comme l’un des plus doués des prophètes. Certaines personnes mettaient en doute sa sagesse, mais il savait lire dans leur cœur et il lui arrivait souvent de prédire ce qu’elles allaient faire. Il prédit l’avenir de son peuple et du territoire. Il faisait tout ce qu’il pouvait pour venir en aide aux personnes dans le besoin. ?ehtseo Ereya disait souvent : « Rappelez-vous de toujours partager et de vous aimer les uns les autres. » Il disait aussi : « Rappelez-vous des paroles que je vous ai enseignées. Veillez à les garder, à les utiliser et à les enseigner les uns aux autres. »

Le neveu de ?ehtseo Ereya se rappelle qu’il disait qu’il ne faut pas être mesquin avec la nourriture. « Si tu as souvent servi du thé à ta table, disait-il, et si tu as souvent récité les prières avant le repas, ce qui sera déposé sur ta table ne disparaîtra pas. » Cette parole de sagesse était formulée dans l’un des climats les plus rigoureux au Canada et dans une région où la faim et la famine étaient fréquentes.

?ehtseo Ereya mettait aussi les gens en garde contre le «poison jaune » qu’on extrayait à la mine de Port Radium, localité sise elle aussi sur les rives du Grand lac de l’Ours. La première mine d’uranium resta ouverte de 1942 à 1960. Le minerai servit à fabriquer les bombes lancées sur Hiroshima et Nagasaki. Les premières techniques d’extraction étaient primitives, et plusieurs mineurs ont souffert d’avoir été exposés à l’uranium.

?ehtseo Ereya est décédé le 23 septembre 1940, à l’âge de 83 ans. On fait mémoire de ?ehtseo Ereya comme d’un grand prophète qui a travaillé dur et qui a prêché la Bonne Nouvelle à un grand nombre de Dénés. Il était aimé et respecté par les jeunes comme par les aînés à cause de la force de sa foi en Dieu. ?ehtseo Ereya fut un grand enseignant, aussi l’école de la localité porte-t-elle aujourd’hui son nom. Ses récits restent pour les gens un cadeau précieux. Il a connu le meilleur des deux traditions. Il se servait du tambour pour prier, participait aux danses du tambour, alimentait les cérémonies du feu et participait activement à sa culture dénée. En même temps, il était un catholique fidèle qui respectait et aimait grandement Jésus, la Bible et les sacrements. Il encourageait son peuple à être à la fois catholique et autochtone.

Dans les années 1980, la maison en bois rond de ?ehtseo Ereya fut reconstruite et transformée en lieu de prière. En 1991, un rassemblement spirituel fut organisé pour célébrer sa vie et ses enseignements. Ce rassemblement se tient chaque année à la mi-août à Deline, et nombre de Dénés d’un peu partout viennent y participer. Dans plusieurs foyers à travers les Territoires du Nord-Ouest, on aperçoit au mur un portrait de ?ehtseo Ereya. L’influence positive qu’il continue d’exercer sur son peuple montre qu’il fut vraiment un saint homme.

?Ehtseo Ereya nous rappelle que l’héritage et les dons spirituels de nos frères et sœurs autochtones ont beaucoup à offrir à notre société d’aujourd’hui. Il nous appelle aussi à respecter les spiritualités catholique et autochtone, et à célébrer ce qu’elles ont en commun. Aujourd’hui comme hier, notre Église a besoin de bons prophètes.