Canada : Mise en garde des évêques contre la traite des personnes

Deux semaines avant l’ouverture des JO d’hiver à Vancouver

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ROME, Vendredi 29 janvier 2010 (ZENIT.org) - « Comme pasteurs de l'Église catholique du Canada, nous dénonçons la traite des personnes sous toutes ses formes... et invitons les croyants et les croyantes à prendre conscience de cette violation des droits humains et de la banalisation du discours qui entoure la prostitution dans notre pays », déclarent les membres de la Commission épiscopale justice et paix de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), à l'approche des Jeux olympiques d'hiver, qui auront lieu à Vancouver, du 12 au 28 février. 

Dans une lettre pastorale, datée du 27 janvier, les évêques canadiens font part de leur vive inquiétude, de voir certaines personnes, à Vancouver, saisir l'occasion de cet évènement international pour « faire du profit au détriment de la dignité et des droits de la personne ». Une crainte partagée par les associations de lutte contre la traite des personnes.

« A l'occasion de certains événements sportifs d'envergure, des structures sont souvent mises en place pour satisfaire la ‘demande' de divertissements sexuels », relèvent-ils. Et « Cela risque d'être malheureusement le cas lors des Jeux olympiques d'hiver de Vancouver ». 

L'occasion pour les évêques canadiens de souligner dans leur lettre l'ampleur de la traite des personnes, un phénomène  mondial devenu, selon eux, « alarmant », au regard des derniers chiffres publiés par l'Organisation internationale du travail (OIT), qui estime à environ 2,4 millions le nombre de victimes de la traite, et par le Département d'État américain qui estime à environ 800.000 le nombre annuel de victimes de la traite mondiale, dont la plupart sont des femmes et des enfants . 

Une activité dont la forme la plus répandue, selon l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), est l'exploitation sexuelle (79%), qui rapporte des milliards de dollars aux proxénètes et aux propriétaires de bars et locaux spécialisés, de salons de massage, de lieux de rencontre légaux et illégaux, sans compter les revenus de taxes imposées par les gouvernements, qui, soulignent les évêques canadiens, « ferment souvent les yeux sur cette réalité ». 

Passant en revue les causes de ce fléau, les évêques attribuent au contexte de mondialisation économique, et aux écarts de richesse qui séparent de plus en plus les populations pauvres du Sud et de l'Est, la montée en puissance de la «vulnérabilité » des personnes face à ce phénomène.  

« Le désir de meilleures conditions de vie », « la faim », « la facilité de communication par Internet et le téléphone cellulaire », sont autant de facteurs aggravants soulignés par les évêques, pour toutes ces personnes poussées à « franchir les frontières vers le Nord ou vers l'Ouest, pour y trouver un emploi » et à « croire aux promesses d'un passeur sans scrupule ou à céder aux attraits du tourisme sexuel ».  

Au Canada, rapporte les évêques, « des femmes autochtones et des jeunes filles disparaissent de leur village sans qu'on les revoie ; des immigrantes toujours de plus en plus jeunes sillonnent les rues des centres-villes ou travaillent dans les bars et les salons de massage, ou passent de petites annonces dans les  journaux ».  

Et « plusieurs d'entre elles témoignent de leur vécu dans cet enfer avec le soutien d'organismes non gouvernementaux qui luttent contre la traite », déplorent-ils.  

Face à cette terrible réalité, les évêques de la Commission épiscopale justice et paix de la CECC, insistent sur l'importance d'une « prise de conscience » générale, à l'intérieur et à l'extérieur du pays. 

 « Dans un pays qui considère l'égalité des femmes et des hommes comme une valeur fondamentale, dans un pays à grande majorité chrétienne qui promeut la dignité de toute personne créée à l'image de Dieu, comment tolérer la prostitution, qui est une forme de violence institutionnalisée qui détruit l'intégrité physique, psychologique et spirituelle des personnes ? », s'interrogent-ils après avoir rappelé que la prostitution « alimente le marché de la traite ». 

Une des pistes à suivre pour combattre ce problème serait pour les évêques de « soutenir les organisations déjà engagées auprès des victimes de la traite » et demander aux gouvernements « un programme d'éducation et de prévention de la violence envers les femmes ».  

Et « pour aider les femmes à sortir de la prostitution dont elles sont, en général, les principales victimes, poursuivent les évêques, « il faut offrir des ressources en santé, de l'assistance psychologique, des cures de désintoxication, de l'hébergement sécuritaire, des emplois décents et de l'accompagnement spirituel ». 

« Nos prières soutiendront l'espérance de tant de personnes privées de liberté et d'humanité par la traite des personnes, et le courage des groupes qui les accompagnent », assurent les évêques canadiens. 

« Puissent notre foi et notre indignation susciter parmi nous des engagements individuels et collectifs en vue de la transfiguration de notre monde! ». 

Isabelle Cousturié