Card. Dziwisz : Pas de crise, mais une preuve de maturité des fidèles dans l’affaire Wielgus

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ROME, Jeudi 18 janvier 2007 (ZENIT.org) – Dans l’affaire Wielgus les fidèles polonais ont fait preuve d’une grande maturité et d’une profonde confiance en l’Eglise, a estimé le cardinal archevêque de Cracovie, le cardinal Stanislaw Dziwisz.



Nommé archevêque de Varsovie, Mgr Wielgus, accusé d’avoir collaboré avec les services secrets de l’ancien régime communiste polonais, avait d’abord avoué sa collaboration puis il avait renoncé au siège épiscopal dont il devait entrer en possession officiellement le 7 janvier dernier.

Durant la réunion extraordinaire de la Conférence épiscopale de Pologne, organisée le 12 janvier dernier à Varsovie, les évêques polonais ont manifesté à l’unanimité leur volonté de se soumettre à la vérification de leur passé durant la période communiste. Une opération de transparence qui conduira à la mise en place, partout dans le pays, de commissions régionales chargées de mener les enquêtes dans chaque diocèse.

En mars sera par ailleurs créée une autre Commission historique ecclésiastique nationale, qui regroupera essentiellement des historiens et des juristes. L’Institut de la Mémoire Nationale – où se trouvent rassemblées toutes les archives – offrira sa propre collaboration. Le résultat des enquêtes sera ensuite envoyé au Saint-Siège qui devra prononcé un jugement final.

Interrogé par le quotidien de l’épiscopat italien Avvenire, le cardinal Stanislaw Dziwisz a déclaré que derrière la campagne médiatique organisée autour de l’affaire Wielgus se cachent des intentions politiques qui, sous prétexte de « lustracja » [vérification de collaborationnisme, ndlr] font plus de mal que de bien au pays.

« Nous cherchons tout simplement à clarifier les choses, a-t-il affirmé. Nous voulons répondre aux accusations en expliquant quelle était la position des évêques, mais aussi celle des prêtres et des religieux, dans le contexte historique et social de l’époque communiste. Loin de nous l’intention de cacher quelque chose et les faits le prouveront ».

Tout en faisant remarquer que ce problème n’a été soulevé que maintenant, le cardinal a rappelé : « Déjà au début du fonctionnement de l’ l'IPN [l'Institut de la Mémoire Nationale qui renferme les archives de la SB, ‘Sluzba Bezpieczentstwa’, les services de sécurité de l’époque communiste, ndlr] je dois dire que nous n’avions pas, malheureusement, accordé suffisamment d’importance à ces documents, écrits par des fonctionnaires de l’ancien régime sans pouvoir en vérifier la teneur ».

Tout en admettant qu’il y aurait dû y avoir une vérification « minutieuse et attentive » de ces documents, le cardinal Dziwisz a déploré l’instrumentalisation que la presse a ensuite fait de cette affaire « jetant en pâture les noms de ces ‘collaborationnistes en aube’ à l’opinion publique ».

Mais à ce propos, pour le cardinal, l’erreur la plus grave, a été « de ne pas avoir fait de distinction entre les différentes formes de collaboration ».

« Dans la plupart des cas il s’agissait de prêtres convoqués par les services secrets, qui étaient forcés d’y aller s’ils voulaient obtenir un permis de construire ou réparer une église » ; « je ne crois pas que ce type de contact puisse être vu comme un acte de collaboration » – a-t-estimé – alors qu’ « une grande confusion » s’est créée dans l’opinion publique.

L’archevêque de Cracovie a dit par ailleurs reconnaître derrière cette « campagne médiatique » les ficelles « d’une stratégie » menée à des fins politiques bien précises ».

« Il se peut que quelqu’un veuille enseigner aux évêques comment ils doivent se comporter. Mais ceci est un simple constat de ma part, je ne peux en dire plus. J’ignore qui est derrière tout cela » , a-t-il ajouté.

Interrogé sur l’attitude des fidèles polonais, le cardinal a déclaré : « vous auriez dû voir dimanche dernier les églises pleines de fidèles et entendre leurs réactions, positives, après la lecture du message des évêques durant la messe ».

« Aussi triste et déplorable soit-il, cet épisode ne met pas en crise leur confiance en l’Eglise, et encore moins leur foi chrétienne – a déclaré l’archevêque de Cracovie –. Je constate une grande maturité dans leur manière d’affronter les problèmes. Surtout chez ceux qui ont vécu l’expérience du communisme ».

S’adressant ensuite aux jeunes qui n’ont pas vécu ces années-là, le cardinal Dziwisz a souligné la nécessité de faire toute la lumière sur cette période. Il rappelle que « l’Eglise en Pologne représentait une grande force morale et sociale contre le régime, et qu’elle a toujours soutenu ceux qui se battaient pour la liberté ».

L’archevêque de Cracovie a ensuite parlé de Mgr Wielgus, rappelant ce qu’il avait lui-même reconnu personnellement : « tout jeune prêtre, il avait signé un engagement de collaboration avec le SB. Il l’avait fait pour pouvoir étudier à l’étranger. Cela dit, il n’a pas tenu son engagement. Les rapports relatifs aux résultats de cette collaboration sont très négatifs. Ce qu’il a fait est une erreur de jeunesse ».

« Puis il est devenu un très bon professeur, ensuite recteur d’université, et enfin un très bon évêque – a-t-il rappelé –. On ne peut condamner un homme pour une erreur commise. Nous avons besoin de pardon et de réconciliation ».

« Hélas, une telle atmosphère s’est créée autour de cette histoire qu’il n’aurait jamais eu l’autorité et la sérénité suffisantes pour diriger un diocèse important comme celui de Varsovie – a-t-il ajouté –. Il a donc bien fait de renoncer à sa charge, je ne vois pas d’autre solution. Et nous sommes gré à Benoît XVI de nous avoir aidés à refermer cette page douloureuse ».

La révision du passé à Cracovie

Il y a un an, le cardinal Stanislaw Dziwisz avait institué une Commission historique chargée de recueillir les documents et témoignages concernant les activités des prêtres du diocèse de Cracovie sous le régime communiste.

Selon lui, les travaux vont de l’avant mais avec « une certaine lenteur » , et pas « par la faute des responsables de la commission mais pour des difficultés objectives, à commencer par l’abondance des documents, des milliers et des milliers de pages qui doivent être lues, bien sûr, mais surtout vérifiées point par point ».

Successivement, l’archevêque de Cracovie a donné son avis personnel sur la prochaine sortie, fin février, du livre écrit par le Père Tadeusz Isakowicz-Zaleski qui révèlera l’identité des 39 prêtres cités dans les archives de la police secrète.

« Peu importe, nous poursuivons notre travail – a commenté le cardinal Dziwisz –. J’ai écrit une lettre à tous les prêtres du diocèse de Cracovie, demandant que toux ceux qui auraient été impliqués dans une quelconque forme de collaboration avec le SB, viennent m’en parler, s’expliquent et réparent ».

« Je dois dire qu’il s’agit d’une trentaine de cas sur plus de 1200 prêtres diocésains. Ces prêtres ont, en général, cédé par faiblesse, soumis à une forte pression morale et psychologique. Mais il n’existe, à ma connaissance, aucun cas de collaboration active tendant à nuire à l’Eglise » , a-t-il conclu.