Card. Etchegaray, « J’avance comme un âne… », nouvelle édition (I)

Le premier ouvrage, paru en 1984, a été vendu à 50.000 exemplaires

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ROME, Lundi 5 mars 2007 (ZENIT.org) – Plus de vingt ans après la parution de son ouvrage J’avance comme un âne... à temps et à contretemps, vendu à 50.000 exemplaires, le cardinal Roger Etchegaray publie J’avance comme un âne… : petits clins d’œil au ciel et à la terre, une édition enrichie par sa longue expérience romaine.



L’ouvrage est publié aux Editions Fayard.

« A partir de mon témoignage, j’espère faire comprendre quelque chose sur le plaisir que j’ai de vivre.. » a déclaré à Zenit le cardinal Etchegaray, aujourd’hui détaché de toute responsabilité officielle dans l’Eglise, mais toujours actif.

Le cardinal Etchegaray, président émérite des Conseils pontificaux Justice et paix et Cor Unum, qui prévoit également la publication de ses Mémoires l’année prochaine, a confié, dans cet entretien, l’immense plaisir qu’il a eu en écrivant ce « recueil de méditations, tout en œillades et pochades – dit-il lui-même – qui doit être pris selon la dose indiquée ». Ce souhait : « Soyeux heureux d’exister » est le plus beau des souhaits jamais reçus dans son existence. Il le livre à ses lecteurs…

Nous publions ci-dessous la première partie de cet entretien.

Zenit : Monsieur le Cardinal, décrivez-nous tout d’abord le contexte dans lequel a été décidée cette réédition de J’avance comme un âne… publié en 1984

Card. Etchegaray : C’est plus qu’une réédition. Quand j’ai quitté Marseille pour venir à Rome, j’avais offert ce livre aux marseillais parce qu’il portait l’odeur de la lavande, toutes les odeurs de Marseille. C’était un best-seller à l’époque. Il a été tiré à 50.000 exemplaires, ce qui est énorme, m’a-t-on dit, pour un livre religieux. Et puis, épuisé depuis longtemps, très souvent on me demandait « J’avance comme un âne.. où ça en est ? ». Alors mon éditeur, Fayard, a consenti à ressortir le livre, mais alors complètement refait, je voudrais dire « rajeuni » après 20 ans. En fait, la moitié des pages de cette nouvelle édition n’existait pas dans la première édition. Les choses avaient évidemment évolué. Mais, 20 ans après, cette nouvelle édition reste quand même fidèle à ses origines, en ce sens que toutes ces pages partent de l’actualité, pas de l’actualité que l’on dit à la radio, à la télé ou dans le journal, qui y est aussi, mais l’actualité telle qu’elle l’est pour un chrétien, l’actualité de Dieu qui vit. Ce qui est important c’est de faire le lien entre Dieu et le monde, entre la terre et le ciel. D’où le sous-titre de mon livre « des petits clins d’œil au ciel et à la terre », c’est-à-dire aux gens qui m’entourent, ou dont j’entends parler par les médias, et puis à Dieu qui est toujours présent en moi, par la prière quotidienne surtout. C’est important de ne pas manquer ce contact chaque jour avec Dieu qui est notre Père.

Zenit : Les réflexions que vous vous faites dans cet ouvrage, sont-elles des réflexions que vous vous êtes faites au gré de tous vos engagements au service du Saint-Siège, et que vous avez, aujourd’hui envie de partager un peu comme un « trop plein » après des années de discrétion obligée ?

Card. Etchegaray : J’ose dire que mon livre est un livre ordinaire. Pas un livre d’histoire, un livre de sciences ou de théologie. Un livre qui doit permettre à chacun de garder ce contact avec Dieu et avec nos frères. Je suis en train d’écrire mes mémoires. Une demande qui m’a été faite par le même éditeur, Fayard, et que j’ai finie par accepter après avoir longtemps hésité. Finalement, je me suis laissé faire, et le livre devrait paraître l’année prochaine. Et bien, dans les mémoires il faut être fidèle à ce que l’on a fait, ou ce que l’on a vu. Tandis que là, dans « J’avance comme une âne… » je peux raconter les choses peut-être d’une manière, je dirais presque plus légère, beaucoup plus spirituelle dans le sens de l’‘humour’. Ces petits clins d’œil que je propose, disent bien mon état d’esprit. On sait qu’un clin d’œil, c’est quelque chose de discret, rapide et qui sous-entend une certaine complicité. Se faire des clins d’œil signifie qu’on se comprend à demi-mot. Les pages de mon livre, il faut les lire par petits bouts. On peut prendre le livre n’importe quand, à n’importe quelle page. Il n’y a pas d’ordre. Et des clins d’œil ça permet quand même de saisir les événements pour en tirer le « suc », c’est-à-dire toute la saveur, dans la mesure où tout ce qui nous arrive, tout ce que nous faisons, a du goût.

Zenit : Alors justement, parlez-nous de ce plaisir intense que vous avez eu finalement à réécrire cet ouvrage …

Card. Etchegaray : J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce livre. Car cela m’a permis, surtout en vieillissant (j’ai 20 ans de plus que quand le livre est sorti), de garder toute ma jeunesse d’esprit face aux rencontres que je peux faire autour de moi et qui sont très variées. Ces rencontres sont imprévisibles, vous savez. On croit que je suis un homme très réglé, mais en fait je suis quelqu’un qui n’a pas de programmes fixes. Comme disait saint Vincent de Paul : « Ce sont les événements qui sont mes maîtres ». Donc, je prends la vie comme elle vient, avec beaucoup, je ne dis pas de philosophie, mais avec beaucoup de foi : les choses agréables ou pas agréables, et il y en a hélas beaucoup dans une vie ! J’ai eu beaucoup de plaisir à livrer mon petit témoignage, qui part de choses très diverses, et j’espère que j’ai pu faire comprendre quelque chose sur le plaisir que j’ai de vivre. Bien que je ne veuille pas établir de choix ou de préférence dans mes pages, votre question me renvoie à une phrase de mon livre : « Soyez heureux d’exister ». C’est ce qu’on m’a dit quand j’étais montagnard autrefois, dans un refuge. Et ce souhait m’a beaucoup travaillé. C’est le plus beau souhait que l’on puisse faire à quelqu’un. Je vous lis mon petit clin d’œil sur la joie de vivre (p.214), sur le goût de vivre, le goût de Dieu qui donne le goût de vivre si on le rend complice de nous : « Après avoir bien digéré ce souhait d’apparence si banale, je vous le livre comme le plus beau de tous et que le goût de vivre vous donne l’envie de chanter, juste ou faux… » et là, parmi les grands écrivains de notre époque, un de ceux que j’aime beaucoup, Paul Claudel, je cite un passage de sa pièce de théâtre « Le soulier de satin » quand ce personnage extraordinaire Dona Musique dit : « Mon Dieu, vous m’avez donné ce pouvoir que tous ceux qui me regardent aient envie de chanter. C’est comme si je leur communiquais la mesure tout bas ». J’ose penser qu’à ceux qui m’abordent, ceux qui me voient comme je suis, avec mes limites, mes défauts aussi qui sont certes visibles, je puisse communiquer le goût de vivre comme moi-même je l’ai.

Zenit : Vous parlez de plaisir de vivre, parlons alors aussi de votre attachement au dialogue face à la diversité humaine, votre attachement à l’affirmation des peuples en général qui commence peut-être par celle de vos origines basques.. et qui expliquerait votre passion pour les voyages.

[Fin de la première partie]