Card. Etchegaray, « J’avance comme un âne… », nouvelle édition (II)

Le premier ouvrage, paru en 1984, a été vendu à 50.000 exemplaires

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ROME, Mardi 6 mars 2007 (ZENIT.org) – Plus de vingt ans après la parution de son ouvrage J’avance comme un âne... à temps et à contretemps, vendu à 50.000 exemplaires, le cardinal Roger Etchegaray publie J’avance comme un âne… : petits clins d’œil au ciel et à la terre, une édition enrichie par sa longue expérience romaine.



L’ouvrage est publié aux Editions Fayard.

Nous publions ci-dessous la deuxième partie de l’entretien que le cardinal a accordée à Zenit (pour la première partie, cf. Zenit, 5 mars).

Zenit : Vous parlez de plaisir de vivre, parlons alors aussi de votre attachement au dialogue face à la diversité humaine, votre attachement à l’affirmation des peuples en général qui commence peut-être par celle de vos origines basques.. et qui expliquerait votre passion pour les voyages.

Card. Etchegaray :C’est vrai et je vous remercie de souligner mes origines basques. J’en suis très fier. Très fier de tout ce que mon petit pays basque et ma famille basque m’ont donné pour être ce que je suis aujourd’hui. On dit que le basque est aventurier. C’est peut-être vrai. Il y a des grands aventuriers, des corsaires, mais il y a aussi des missionnaires et je pense à l’un d’entre eux que j’aime beaucoup : Saint François-Xavier, qui avait une sœur mariée dans mon petit village d’Espelette. Saint François-Xavier, « l’homme aux sandales de Vent » qui a été jusqu’au Japon, qui a voulu aller en Chine et qui n’a pas pu car il est mort à ses portes. Il était vraiment basque. Ce n’est pas que je veuille me comparer à lui, mais il y a toujours eu quelque chose en moi du missionnaire, d’abord comme tout chrétien, puis comme prêtre, comme évêque et maintenant comme cardinal, dans ce sens ou j’ai été envoyé par le Pape en mission aux quatre coins du monde. J’ai beaucoup voyagé, mais j’ai voyagé aussi par plaisir, par goût personnel, et même encore à mon âge je suis prêt à faire de grands voyages. J’ai d’ailleurs des projets d’en faire encore si la santé me le permet. Je crois que ma tête est encore bonne, je peux donc encore rouler ma bosse un peu partout dans le monde. J’y vais par plaisir, mais aussi parce que Dieu veut faire de chaque homme un messager de son amour, de son message qui est un message de fraternité. Quand on a compris ça, on n’a pas envie de rester sur place. Ça vous chatouille les pieds et ça vous donne envie d’aller partout. J’ai fait tous mes voyages, toutes mes missions, parce que le pape me le demandait, mais dans cet esprit-là.

Zenit : On reconnaît-là l’entêtement de l’âne, pour reprendre le titre de votre livre : « J’avance comme un âne.. », un titre insolite d’ailleurs…

Card. Etchegaray :C’est vrai, quand je vous disais au début que le livre a eu beaucoup de succès, c’est aussi, il faut le reconnaître, à cause de ce titre un peu bizarre. Cela a joué beaucoup sur son succès. Je me suis comparé à l’âne tout d’abord parce que j’aime beaucoup les ânes qui ne sont pas si « ânes » qu’on le dit. Jésus lui-même a beaucoup aimé les ânes, puisque c’est sur un ânon qu’il a fait sa dernière entrée à Jérusalem, juste avant de donner sa vie pour nous.

Zenit : Et vous pensez qu’il faut vraiment l’entêtement de l’âne pour garder espoir dans le monde actuel, dans l’avènement d’un monde de paix ? Est-ce le message que vous voulez faire passer dans votre ouvrage ?

Card. Etchegaray :L’âne a beaucoup de qualités : il est sobre, marche lentement mais d’un pas très sûr ; il va par les chemins escarpés, donc loin des autoroutes où la vitesse vous empêche de voir monture et cavalier. Ce qui manque aujourd’hui ce sont des ânes sur les petits sentiers, pour se rencontrer et bavarder. Aujourd’hui on court trop, on se croise à peine, on ne se frotte même pas alors que la vie est faite pour se regarder, non pas égoïstement, mais pour apprendre de l’autre tout ce qu’il peut nous donner de bon. Car chacun est une richesse, souvent d’ailleurs méconnue : on se croit toujours pire que l’on est. Quand on se rencontre, il faut savoir qu’on a beaucoup de choses heureuses, bonnes, excitantes à partager et qui vous donne encore plus le goût de vivre.

Zenit : Donc vous êtes à la retraite, mais tout ce que vous nous dites montre que vous êtes finalement bien actif…

Card. Etchegaray :Actif, oui ! Car même si je n’ai plus de responsabilités dans l’Eglise officiellement, je reste toujours responsable de mes frères, quel que soit l’âge. Dieu m’a donné encore une bonne santé, et même si j’étais souffrant, je pense que je serais encore actif dans le sens où le mot « actif » veut dire « agir ». Il y a d’abord la prière car on ne croit jamais assez à l’importance, à l’efficacité de la prière, cette communication par les esprits qui nous rapproche de tous. Et puis il y a les rencontres : aujourd’hui mon activité consiste à recevoir beaucoup. Je refuse beaucoup d’invitations à des congrès, à des conférences, car je préfère me recueillir, mais je ne m’enferme pas. Je veux faire de mon appartement à Rome un endroit ouvert à tous, en faire une tente comme celle des nomades, une image que j’aime bien car elle est signe d’ouverture aux autres. J’ai connu cette expérience autrefois dans certains déserts. C’est extraordinaire. Alors c’est ce que je voudrais faire maintenant. Que ce soit mon ministère, ma mission. Répondre à tous ceux qui frappent à ma porte, quels qu’ils soient, les grands et les petits. Et pour moi il n’y a ni grands ni petits. Nous sommes tous égaux et j’ai plaisir à recevoir qui que ce soit. C’est ma joie et je suis encore heureux d’exister.

Le cardinal Roger Etchegaray, est né en 1922 à Espelette (Basses-Pyrénées), il a été évêque auxiliaire de Paris (1969-1970) puis archevêque de Marseille (1970-1984), président de la Conférence épiscopale française (1975-1981), président du Conseil des conférences épiscopales d'Europe (1971-1979) et de la Conférence des évêques de France ( 1975- 1981) ; membre du Secrétariat romain pour l'unité des chrétiens (1979) puis président du Conseil pontifical Justice et Paix et du Conseil pontifical Cor Unum (1984-1995), il a présidé le comité central pour le Grand Jubilé de l'an 2000. Il est aujourd'hui vice-doyen du Collège des cardinaux.