Card. Kasper : L’unité entre les Eglises orthodoxes est vitale pour l’œcuménisme

Assemblée plénière de la Commission catholique orthodoxe pour le Dialogue théologique

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ROME, Vendredi 29 septembre 2006 (ZENIT.org) – « L’unité des Eglises orthodoxes est nécessaire afin que les catholiques et les orthodoxes puissent progresser sur le chemin vers la pleine unité », reconnaît le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.



Dans un entretien à Radio Vatican, mercredi dernier, le prélat allemand a commenté les conclusions de la IXème assemblée plénière de la « Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe dans son ensemble », qui s’est tenue à Belgrade (Serbie) du 18 au 25 septembre.

Evoquant les travaux de l’assemblée plénière, le cardinal Kasper a souligné qu’ils se sont déroulés dans « une atmosphère d’amitié, positive et constructive. Le fait que la commission ait pu se réunir à nouveau, après un interruption de six ans, est déjà un pas en avant. Toutes les Eglises orthodoxes étaient représentées ».

« Le thème concernait l’Eglise comme communion, a poursuivi le cardinal. Nous avons laissé de côté le thème de ‘l’uniatisme’, qui à été un obstacle entre nous pendant 10 ans. Par contre, nous avons affronté le thème de l’Eglise comme communion et les fondements sont déjà dans les premières phases du dialogue ».

« Je pense que nous avons trouvé de nombreux points d’entente, même s’il existe à l’évidence des difficultés, qui sont bien connues, a-t-il ajouté. Mais précisément parce que nous avons discuté dans une atmosphère sereine et positive, nous avons l’espoir de pouvoir aller de l’avant ».

Le cardinal s’est ensuite dit « surpris par la protestation publique » du représentant de l’Eglise orthodoxe russe auprès des Institutions européennes, Mgr Hilarion, de Vienne et d’Autriche (Patriarcat de Moscou), diffusée par l’agence de presse « Interfax » et relative à « un point particulier d’une discussion qui engendre de nombreuses questions de grande importance et des difficultés pour le dialogue ».

Selon l’agence « Interfax », au cours de la session finale des travaux, une question sur une section du document concernant l’autorité des Conciles œcuméniques aurait été soulevée, dans laquelle l’on affirme entre autres que, après le Grand Schisme de 1054, une convocation d’un « Concile œcuménique » au sens strict, est devenue impossible, mais toutefois « les deux Eglises continuent à tenir des conciles ‘généraux’ qui réunissent les évêques des Eglises locales en communion avec le Siège de Rome ou avec le Siège de Constantinople ».

L’évêque Hilarion aurait soulevé certaines objections à cet argument, affirmant que « Dans la tradition orthodoxe ‘la communion avec le siège de Constantinople’ n’a jamais été perçue comme une condition indispensable de la conciliarité, contrairement à la tradition occidentale qui reconnaît cette caractéristique au siège de Rome. Le modèle ecclésiologique orthodoxe diffère sur ce point de l’approche occidentale. Ainsi, l’évêque de Constantinople n’a jamais eu de rôle comparable à celui du pape. Le critère de catholicité dans l’Eglise orthodoxe est la communion eucharistique et canonique des Eglises locales entre elles et non pas exclusivement avec la chaire de Constantinople. Bien plus, l’histoire connaît des cas où une Eglise orthodoxe locale rompit la communion avec Constantinople tout en conservant sa catholicité, parce qu’elle restait unie aux autres Eglises locales. Ainsi, au milieu du XVe siècle, à la suite du concile de Ferrare et de Florence, l’Eglise russe a suspendu la communion avec l’Eglise de Constantinople ralliée temporairement à l’uniatisme, mais demeurait en communion avec les autres Eglises orthodoxes » (cf. http://www.orthodoxie.com/2006/09/une_protestatio.html qui cite le site officiel de l’Eglise orthodoxe russe en Europe occidentale (site du diocèse de Chersonèse du Patriarcat de Moscou) www.egliserusse.eu).

Le cardinal Kasper a commenté à ce propos : « La question soulevée par Mgr Hilarion se réfère au mode de compréhension de l’ordre traditionnel (taxis) entre les Eglises orthodoxes, selon lequel le Siège de Constantinople jouit du primat d’honneur parmi elles. La question est inter-orthodoxe et ne constitue pas un argument de discussion entre catholiques et orthodoxes. ».

« La partie catholique a explicitement déclaré qu’elle ne souhaitait pas intervenir dans cette controverse interne, a expliqué le cardinal. En effet, la Commission ne pouvait pas intervenir sur le fond de la question. Celle-ci a été affrontée uniquement du point de vue de la procédure, et uniquement sur la manière de la surmonter ».

« Cette position a été expressément expliquée à la délégation orthodoxe russe, ce qui rend difficilement compréhensible la protestation publique. La Commission a décidé de se réunir à nouveau l’année prochaine pour poursuivre le dialogue » a-t-il affirmé.

« Nous espérons qu’entre temps l’on arrivera à résoudre les différences existantes au niveau orthodoxe. Si la question restait ouverte, elle provoquerait en effet une difficulté permanente pour le dialogue international catholique-orthodoxe » a souligné le cardinal Kasper.

Le prélat a ensuite révélé que la prochaine rencontre se tiendra en octobre 2007, mais que « cette fois c’est l’Eglise catholique qui adressera l’invitation pour la prochaine session, qui aura lieu en Italie, même si nous ne savons pas encore ou elle se déroulera ».

« La Commission mixte internationale pour le Dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe dans son ensemble » a été officiellement créée le 30 novembre 1979 à Istanbul, à l’occasion de la visite au Phanar du pape Jean-Paul II au patriarche Dimitrios Ier. La première réunion a eu lieu au mois de juin 1980.

La Commission est composée de 30 membres de l’Eglise orthodoxe et de 30 membres de l’Eglise catholique. Les co-présidents sont le cardinal Kasper et le Métropolite de Pergame Ioannis.