Cartons rouges : L’ombre de la prostitution, sur la Coupe du monde de football

Mgr Marchetto proteste au micro de Radio Vatican

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ROME, Jeudi 8 juin 2006 (ZENIT.org) – A la veille du championnat mondial de football, en Allemagne, l’ombre d'un lien avec le fléau de la prostitution s’étend sur l’événement sportif, déplore le Vatican.



L'industrie du sexe a en effet mis sur pied en Allemagne des « maisons closes » spéciales pour l’occasion, « recrutant » aussi un grand nombre de femmes, à grand renfort publicitaire.

Au micro de Radio Vatican, le secrétaire du Conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement, Mgr Agostino Marchetto, a exprimé aujourd’hui l’indignation de son dicastère à ce sujet en disant : « En termes de football, je dirais qu'il faudrait sortir plusieurs cartons rouges : à ce genre d'industrie, à ses ‘clients’, et aux Autorités publiques qui autorisent ce type d'activité. En effet, la prostitution viole la dignité de la personne humaine, en la réduisant à un simple objet et instrument de plaisir sexuel. Les femmes deviennent une marchandise pouvant être achetée, et dont le coût est parfois même inférieur à celui d'un billet pour un match de football. Nous savons bien que la prostitution est autorisée dans certaines régions de l'Allemagne, mais il est encore plus grave que plus de quarante mille femmes arriveront pour se prostituer pendant le Championnat du monde. Un grand nombre d'entre elles sont contraintes à exercer une telle activité, et se retrouvent donc victimes d'un trafic. De nombreuses Organisations se sont élevées contre cette violation des droits humains fondamentaux. Je cite par exemple l'Organisation internationale des Migrations, Amnesty International, mais aussi des associations religieuses, dont les Conférences européennes des Supérieurs Majeurs. Au niveau politique, le Parlement Européen et le Conseil d'Europe eux aussi ont exprimé leur préoccupation. Il y a donc une responsabilité certaine, de la part des Autorités allemandes. La balle se trouve dans leur camp.

Mgr Marchetto rappelle qu’il y a un an, son dicastère a tenu une Conférence internationale sur la prostitution liée aussi au trafic des personnes.

« La Déclaration finale établit, souligne-t-il, que l'Eglise doit assumer la défense des droits légitimes de ces femmes, en promouvant leur libération et en les soutenant également au plan économique en vue de leur instruction et de leur formation. On compte en Italie plus de 200 religieuses engagées dans ce ministère pastoral. De nombreuses Congrégations religieuses assurent une assistance à ces femmes, en recherchant des voies nouvelles pour promouvoir leur dignité. En Allemagne, l'Organisation ecclésiale Solowodi (« Solidarité avec les femmes dans le besoin », avec une approche de collaboration entre vingt Congrégations religieuses) est déjà active. Elles agissent en offrant une vaste gamme de services, dans des unités externes, des centres d'accueil, des maisons et des logements sûrs, des programmes de formation et d'instruction. Mais il faut faire encore davantage. Ce nouveau défi devrait être intégré dans des stratégies pastorales. Il exige aussi éducation et conscience non seulement pour les victimes, mais aussi pour ceux qui sont les ‘clients’ ».

« Du reste, ajoute le numéro deux du Conseil pontifical pour les Migrants, pour ‘interpréter’ l'industrie du sexe, il faut avant tout ‘interpréter’ les consommateurs, sans lesquels la prostitution n'aurait pas de raison d'être. Aussi, devons-nous connaître les raisons profondes de ces jeunes, de ces époux et de ces pères. Il faudrait éduquer surtout les jeunes à une saine sexualité humaine ».

Mais pour Mgr Marchetto, il ne s’agit pas d’une question qui concerne l’Eglise seule. « C'est un problème qui implique, souligne-t-il, toute la société, et pas seulement la responsabilité exclusive de l'Eglise.
S'agissant du trafic d'êtres humains, la défense de leurs droits exige que les victimes soient protégées et que leur intérêt et leur bien-être soient mis au premier plan. Ces femmes devraient avoir la possibilité de se réintégrer, grâce à l'octroi de permis de résidence, temporaires ou permanents. En outre, elles devraient pouvoir avoir accès à un travail digne et à des formes de récompense. De telles initiatives sont nécessaires pour qu'elles puissent retrouver leur dignité. Cela induit à appliquer la loi et à punir ceux qui exploitent l'industrie du sexe et les trafiquants, qui devraient être poursuivis et punis et faire l'objet de pénalités financières ».

Il rappelle en outre que « dans son intervention au Sommet mondial sur le Développement social, à Copenhague en 1995, Son Eminence le cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d'Etat, a déclaré : "Le Saint-Siège a avancé et appuyé plusieurs propositions pour protéger les femmes et les enfants contre l'exploitation, le trafic des êtres humains et des coutumes cruelles et humiliantes. Le Saint-Siège a aussi adressé un appel en vue de favoriser la reconnaissance sociale et économique du travail non rémunéré accompli par les femmes" (cf. n° 9) ».

« Nous nous trouvons en face d'un immense défi, insiste Mgr Marchetto. Et comme le déclara le pape Jean-Paul II, la solidarité "n'est pas un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches et lointaines. Au contraire, c'est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c'est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous" (Lettre encyclique Sollicitudo rei socialis, n° 38, publiée pour le 20ème anniversaire de l'Encyclique Populorum progressio) ».

A propos de deux rencontres continentales à Bogotà, sur la pastorale des migrations, et sur la pastorale du tourisme, Mgr Marchetto précise : « A Bogotà aussi, en Colombie, il a été discuté - entre autres - des moyens pour prévenir et palier le terrible drame de la traite des êtres humains, un phénomène actuellement en expansion dans le monde ; il a été discuté également de la pastorale de la libération des femmes de la rue et des enfants victimes d'abus, emportés par le fleuve boueux de la vente forcé de leur corps. En Amérique latine aussi, il y a des corrupteurs et des commerçants du sexe, aussi bien dans le domaine touristique que dans celui des migrations. Il est donc nécessaire que l'opinion publique et la conscience de l'humanité donnent le coup de rein nécessaire pour pouvoir dépasser la barre, placée toujours plus haut, de ce nouvel esclavage qu'est la traite des êtres humains ».