Catéchèse de Benoît XVI sur l'Unité des chrétiens, 18 janvier 2012

Se laisser transformer par le Christ

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ROME, dimanche 22 janvier 2012 (ZENIT.org) – « L’unité pleine et visible des chrétiens, à laquelle nous aspirons, exige de nous que nous nous laissions transformer et conformer toujours plus parfaitement à l’image du Christ », explique Benoît XVI quia consacré sa catéchèse de mercredi dernier, 18 janvier à l’unité des chrétiens.

Chers frères et soeurs,

La Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens commence aujourd’hui. Depuis plus d’un siècle, elle est célébrée chaque année par les chrétiens de toutes les Eglises et communautés ecclésiales, pour invoquer ce don extraordinaire pour lequel le Seigneur a prié au cours de la Dernière Cène, avant sa passion : « Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’ils soient eux aussi en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21).

La pratique de la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens a été introduite en 1908 par le Père Paul Watson, fondateur d’une communauté religieuse anglicane qui est ensuite entré dans l’Eglise catholique. L’initiative a reçu la bénédiction du pape saint Pie X et elle a ensuite été promue par le pape Benoît XVI, qui en a encouragé la célébration dans toute l’Eglise catholique par le Bref « Romanorum Pontificum », du 15 février 1916.

L’octave de prière a été développée et perfectionnée dans les années trente du siècle passé par l’abbé Paul Couturier de Lyon, qui a soutenu la prière « pour l’unité de l’Eglise comme le Christ l’a voulu et conformément aux instruments qu’il veut ». Dans ses derniers écrits, l’abbé Couturier a vu cette Semaine comme un moyen pour permettre à la prière universelle du Christ « d’entrer et pénétrer dans tout le Corps chrétien » ; celle-ci doit croître jusqu’à devenir « un immense cri unanime de tout le Peuple de Dieu », qui demande à Dieu ce grand don. Et c’est précisément dans la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens que l’impulsion donnée par le concile Vatican II à la recherche de la pleine communion entre tous les disciples du Christ trouve chaque année l’une de ses expressions les plus efficaces. Ce rendez-vous spirituel qui unit les chrétiens de toutes les traditions, accroît notre conscience du fait que l’unité à laquelle nous tendons ne pourra pas être le résultat de nos seuls efforts, mais sera plutôt un don reçu d’en haut, à demander toujours.

Chaque année le livret pour la Semaine de prière est préparé par un groupe œcuménique d’une région du monde différente. Je voudrais m’arrêter sur ce point. Cette année, les textes ont été proposés par un groupe mixte composé de représentants de l’Eglise catholique et du Conseil oecuménique polonais, qui comprend différentes Eglises et Communautés ecclésiales du pays. La documentation a été ensuite revue par un comité composé de membres du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et de la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Eglises. Ce travail fait ensemble en deux étapes est aussi un signe du désir d’unité qui anime les chrétiens et de la conscience que la prière est la première voie pour atteindre la pleine communion, parce que tournés ensemble vers Seigneur, nous allons vers l’unité. Le thème de la Semaine de cette année – comme nous l’avons entendu – est tiré de la Première lettre aux Corinthiens : « Nous serons tous transformés par la victoire de Jésus-Christ notre Seigneur » (cf. 1 Co 15,51-58), sa victoire nous transformera. Et ce thème a été suggéré par le large groupe œcuménique polonais que j’ai cité, lequel, en réfléchissant à son expérience en tant que nation, a voulu souligner combien le soutien de la foi chrétienne est fort au milieu des épreuves et des bouleversements, comme ceux qui ont caractérisé l’historie de la Pologne. Après de larges discussions, on a choisi un thème centré sur le pouvoir transformant de la foi dans le Christ, en particulier à la lumière de l’importance qu’elle revêt pour notre prière en faveur de l’unité visible de l’Eglise, Corps du Christ. Cette réflexion a été inspirée par les paroles de saint Paul qui, en s’adressant à l’Eglise de Corinthe, parle de la nature temporaire  de ce qui appartient à notre vie présente, également marquée par l’expérience de « défaite » du péché et de la mort, face à ce que nous apporte la « victoire » du Christ sur le péché et sur la mort dans son Mystère pascal.


L’histoire particulière de la nation polonaise, qui a connu des périodes de coexistence démocratique et de liberté religieuse, comme au XVIème siècle, a été marquée, ces derniers siècles, par des invasions et des défaites, mais aussi par une lutte constante contre l’oppression et par la soif de liberté. Ce sont ces éléments qui ont poussé le groupe œcuménique à approfondir sa réflexion sur la véritable signification des mots de « victoire » –  qu’est-ce que la victoire – et de « défaite ». Par rapport à la « victoire », comprise en termes triomphalistes, le Christ nous suggère un chemin très différent, qui ne passe pas par le pouvoir et la puissance. Il affirme en effet : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9, 35). Le Christ parle d’une victoire qui passe par l’amour souffrant, par le service de l’autre et l’entraide, par une nouvelle espérance et par le réconfort concret donnés à ceux qui sont les derniers, ceux qui sont oubliés, rejetés. Pour tous les chrétiens, la plus haute expression de ce service humble est Jésus-Christ, le don total qu’il fait de lui-même, son amour victorieux de la mort, sur la croix, qui resplendit dans la lumière du matin de Pâques. Nous pouvons participer à cette « victoire » transformante si nous nous laissons transformer nous-mêmes par Dieu, à condition d’opérer une conversion de notre vie, et cette transformation se réalise sous la forme de la conversion. Voilà la raison pour laquelle le groupe œcuménique polonais a considéré que les paroles de saint Paul -  « Tous nous serons transformés par la victoire du Christ, notre Seigneur » (cf. 1 Co 15, 51-58) - étaient particulièrement appropriées comme thème de notre méditation.

L’unité pleine et visible des chrétiens, à laquelle nous aspirons, exige de nous que nous nous laissions transformer et conformer toujours plus parfaitement à l’image du Christ. L’unité, pour laquelle nous prions, requiert une conversion intérieure, commune et personnelle. Il ne s’agit pas simplement de relations cordiales et de coopération, il faut fortifier notre foi en Dieu, dans le Dieu de Jésus-Christ, qui nous a parlé et qui s’est fait l’un des nôtres ; il faut entrer dans la vie nouvelle dans le Christ, qui est notre victoire véritable et définitive ; il faut s’ouvrir les uns aux autres, en saisissant tous les éléments d’unité que Dieu a conservés pour nous et qu’il nous donne de manière toujours renouvelée ; il faut sentir combien il est urgent de témoigner aux hommes de notre temps du Dieu vivant qui s’est fait connaître dans le Christ.

Le Concile Vatican II a mis la recherche œcuménique au centre de la vie et de l’action de l’Eglise : « Le saint Concile exhorte tous les fidèles catholiques à reconnaître les signes des temps et à prendre une part active à l’effort œcuménique » (Unitatis redintegratio, 4). Le bienheureux Jean-Paul II a souligné la nature essentielle de cet engagement, en disant : « L'unité, que le Seigneur a donnée à son Église et dans laquelle il veut que tous soient inclus, n'est pas secondaire, elle est au centre même de son œuvre. Et elle ne représente pas non plus un attribut accessoire de la communauté de ses disciples. Au contraire, elle appartient à l'être même de cette communauté » (Encyclique « Ut unum sint », 9). L’engagement œcuménique est donc une responsabilité de l’Eglise entière et de tous les baptisés, qui doivent faire grandir la communion partielle déjà existante entre les chrétiens jusqu’à la pleine communion dans la vérité et dans la charité. C’est pourquoi la prière pour l’unité n’est pas limitée à cette Semaine de prière, mais elle doit devenir partie intégrante de notre prière, de la vie d’oraison de tous les chrétiens, en tous lieux et en tous temps, surtout lorsque des personnes de traditions diverses se rencontrent et travaillent ensemble en vue de la victoire, dans le Christ, sur tout ce qui est péché, mal, injustice, violation de la dignité de l’homme.

Depuis que le mouvement œcuménique moderne est né, il y a plus d’un siècle, il y a toujours eu une claire conscience du fait que le manque d’unité entre les chrétiens empêchait une annonce plus efficace de l’Evangile, parce que cela met en danger notre crédibilité. Comment pouvons-nous donner un témoignage convaincant si nous sommes divisés ? Il est certain, en ce qui regarde les vérités fondamentales de la foi, qu’il y a beaucoup plus de choses qui nous unissent que ce qui nous divise. Mais les divisions demeurent et concernent un certain nombre de questions pratiques et éthiques, suscitant confusion et méfiance, fragilisant notre capacité à transmettre la Parole salvifique du Christ. En ce sens, nous devons nous rappeler les paroles du bienheureux Jean-Paul II qui, dans son encyclique « Ut unum sint », parle de l’obstacle au témoignage chrétien et à l’annonce de l’Evangile, causé par le manque d’unité (cf. nn. 98, 99). Ceci est un grand défi pour la nouvelle évangélisation, qui peut porter davantage de fruits si tous les chrétiens annoncent ensemble la vérité de l’Evangile de Jésus-Christ et donnent une réponse commune à la soif spirituelle de notre temps.

Le cheminement de l’Eglise, comme celui des peuples, est dans les mains du Christ ressuscité, victorieux sur la mort et l’injustice qu’il a portées par sa souffrance, au nom de tous. Il nous fait participer à sa victoire. Lui seul est capable de nous transformer et de faire de nous, de faibles et titubants que nous sommes, des hommes et des femmes forts et courageux, capables de faire le bien. Lui seul peut nous sauver des conséquences négatives de nos divisions. Chers frères et sœurs, je vous invite tous à vous unir plus intensément dans la prière pendant cette Semaine pour l’unité, pour que grandisse le témoignage commun, la solidarité et la collaboration entre les chrétiens, dans l’attente du jour glorieux où nous pourrons confesser ensemble la foi transmise par les apôtres et célébrer ensemble les sacrements de notre transformation dans le Christ. Merci.

© Pour le texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana
Traduction de l’italien pour ZENIT par Hélène Ginabat et Anita Bourdin