« Ces famines qui ont bouleversé notre monde, du XIX° siècle à nos jours »

Entretien avec l´auteur, Etienne Thévenin

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ROME, Vendredi 12 février 2010 (ZENIT.org) - Au cours des deux derniers siècles, les famines ont tué plus que toutes les guerres, et pourtant, on en parle à peine. Etienne Thévenin, historien, y a consacré un livre : « Ces famines qui ont bouleversé notre monde, du XIX° siècle à nos jours », publié aux Editions CLD en octobre 2008. Dans cet entretien à Zenit il explique pourquoi il a voulu écrire ce livre.

Zenit - Pourquoi ce livre ?

Etienne Thévenin - Je suis un historien. Au cours de ces deux cents dernières années, les famines ont davantage tué que toutes les guerres réunies. Aucun continent ne fut épargné. Leur souvenir marque souvent profondément les sociétés concernées. Et pourtant, les famines sont à peine mentionnées dans les livres d'histoire contemporaine quand elles ne sont pas purement et simplement oubliées. J'ai donc souhaité les raconter et les expliquer, une à une, car elles n'ont pas la même origine. Sécheresses et accidents climatiques ont pu déclencher ou aggraver certaines d'entre elles, mais la plupart du temps les causes sont essentiellement politiques, économiques ou sociales, c'est à dire humaines avant tout. La lutte contre la faim est donc d'abord une question de volonté humaine.

Zenit - Ce combat reste donc actuel ?

E. Thévenin - Plus que jamais. Un homme sur six souffre aujourd'hui de la faim. Au cours de ces trois dernières années le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de 150 millions dans le monde. A l'heure de la mondialisation et du développement durable, la lutte contre la faim reste le problème principal de notre planète. Les famines d'aujourd'hui ne sont pas tout à fait celles d'hier et j'essaie, dans mon livre, d'en expliquer les mécanismes.

Zenit - On pourrait parfois céder au découragement...

E. Thévenin - Non, l'histoire nous enseigne qu'il ne faut pas céder au découragement. Il y a moins de cinquante ans, la faim touchait une personne sur trois dans le monde, une proportion bien plus élevée qu'aujourd'hui. Cette baisse n'est pas étonnante et n'est pas seulement une affaire de révolution agronomique. Les initiatives prises, aux quatre coins du monde, pour combattre ou prévenir la faim, pour imaginer de nouvelles formes d'aide et de solidarité ont été nombreuses et ont permis des avancées significatives qui méritent d'être connues. Je les raconte dans mon ouvrage qui se veut un livre d'espoir à l'heure où, plus que jamais, la mobilisation de tous est nécessaire.

Zenit - Comment les Eglises et les chrétiens peuvent-ils lutter contre la faim et les famines ?

E. Thévenin - Dans mon livre je montre que les chrétiens ont joué un rôle considérable dans l'action sur le terrain dans l'aide d'urgence comme dans la réflexion sur le développement intégral, les « structures de péché », et la sensibilisation de nos sociétés. De nombreux chrétiens sont actifs dans des organisations non gouvernementales aux méthodes diverses mais qui partagent une vision commune de la personne humaine. Le Concile Vatican II et les encycliques pontificales ont abordé la question et suscité des initiatives fructueuses. Benoît XVI nous interpelle constamment sur ce sujet. Dès les débuts de la crise alimentaire mondiale, il y a trois ans, il avait analysé de manière magistrale la situation nouvelle évoquant « le scandale de la faim ». Et, pour le mois d'avril 2009, il proposait aux fidèles l'intention de prière générale suivante :

« Pour que le Seigneur bénisse le travail des agriculteurs par une récolte abondante et pour qu'il rende les peuples les plus riches sensibles au drame de la faim dans le monde »

Comment mieux résumer l'attention permanente du Pape et de l'Eglise à ces questions ?


Ces famines qui ont bouleversé notre monde, du XIX° siècle à nos jours », publié aux Editions CLD, paru en octobre 2008, 300 pages, 19,90 euros prix France TTC - Etienne Thévenin enseigne l'histoire contemporaine à l'Université de Nancy 2 (France)