Chaldéens : les convictions de Mgr Sako

Renouveau, authenticité et unité

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 894 clics

« Renouveau, authenticité, unité » : c’est la devise patriarcale de Mgr Louis Sako, nouveau patriarche de Babylone des Chaldéens (cf. Zenit du 1er février 2013). Il en explique le sens et exprime son engagement pour le dialogue, sur Baghdadhope.

Renouveau, authenticité et unité 

Par « authenticité », le patriarche entend la « nécessité d’être vrai et sincère à l’égard de soi et des autres, d’être clair et de parler sans crainte ». Il s’agit aussi « d’être libre d’exprimer son opinion même si elle est contraire à celle de son interlocuteur », en utilisant cependant « la délicatesse et le tact nécessaire afin que la critique devienne constructive ».

« L'unité », ajoute-t-il, « doit être poursuivie au niveau personnel, ecclésiastique, œcuménique et interreligieux ». Mgr Sako insiste sur la nécessité du « dialogue », qui est « l’unique chemin à opposer à la violence » et l’unique chemin « d’avenir pour nous ».

Enfin, le « renouveau » implique « beaucoup d’engagement », estime-t-il : il préconise une attention spéciale à la formation « qualitative » du clergé, comme « inspirateur et porteur de dialogue, dans l’Eglise et à l’extérieur », mais aussi une attention « à la figure du laïc dans l’Eglise, qui est partenaire et doit devenir toujours plus partie intégrante des conseils pastoraux et diocésains ».

Mgr Sako souhaite par conséquent que « les barrières tombent entre clergé et laïcs » et que soit effacée « toute trace de cléricalisme lié à des traditions respectables mais anciennes ».

Dans l’esprit de sa devise, le patriarche désire être « simple et direct », et non pas « élever des barrières ». Même sa tenue vestimentaire sera simple : Mgr Sako ne portera par le "Shash", couvre-chef typique du clergé chaldéen.

Pour un langage de grâce et de joie

Le patriarche appelle son Eglise à « arrêter de vivre dans le passé » et à « incarner son message dans les temps présents et dans l’homme d’aujourd’hui ».

Il cite saint Jean Chrysostome : « la Liturgie est pour l'homme et non l'homme pour la liturgie ». Concrètement, précise-t-il, si l’Eglise chaldéenne a « une ligne pastorale et spirituelle de nature orientale », elle doit cependant « s’adapter aux temps modernes avec un langage plus direct, qui n’oublie pas notre tradition « d’Eglise des martyrs » mais qui parle aussi aux fidèles de grâce et de joie, de salut et d’espérance ».

Mgr Sako se prononce en ce sens « en faveur de l’utilisation de la langue arabe dans le domaine liturgique », ce pour « parvenir plus directement aux fidèles » : il souligne la « nécessité d’être proche des gens, non seulement en utilisant un langage simple, en mesure d’être compris » mais aussi « en utilisant la langue du lieu, qui peut être l'arabe mais aussi le kurde ou le persan ».

En revanche, il se déclare attaché aux traditions, donnant l’exemple de la "Croix Glorieuse", qui orne de nombreuses églises chaldéennes : cette croix ne porte pas le Christ, mais est ornée, sur chacun des quatre segments, de « trois cercles qui représentent la Trinité », leur ensemble symbolisant « les douze apôtres », les quatre cercles à l’intersection des segments représentant les Évangélistes et le cercle central « le Christ, commencement et fin de tout ».       

Le dialogue entre chaldéens et assyriens

Le patriarche confie également son souci du dialogue entre les églises chaldéennes et assyriennes : Mar Dinkha IV, patriarche de l’Eglise assyrienne de l'Est, a été l’un des premiers à le féliciter pour son élection, se réjouit-il.

En remerciant Mar Dinkha IV, Mgr Sako s’est défini comme son « Petit frère » : « parmi mes désirs depuis l’élection, j’ai celui de lui rendre visite à Chicago, siège de son patriarcat. Malheureusement les engagements urgents ici à Rome et en Iraq ne permettent pas de réaliser ce désir tout de suite », regrette-t-il.

Mgr Sako évoque à ce sujet le courant qui s’est développé récemment, sur l’affirmation que les chaldéens sont « différents des fidèles des autres Eglises en Irak, non seulement du point de vue religieux mais aussi ethnique ».

Pour le patriarche, « c’est un argument qui devrait être étudié de manière approfondie sur des bases historiques, scientifiques et linguistiques », même si « établir si les ancêtres de chaque irakien chrétien viennent de Babylone ou de Ninive n’est pas chose facile ».

Il invite chaldéens et assyriens à ne pas tomber « dans le piège du nationalisme aveugle » : « nationalisme et fondamentalisme, quelles que soient leurs origines, sont des obstacles sur le chemin du développement et de la paix ».

« Notre Eglise est à la fois locale et universelle et des termes comme 'Chaldéen' ou 'Assyrien' sont hérités du colonialisme qui visait à diviser une communauté avec des origines communes », conclut-il.

Le patriarche souligne par ailleurs que le prochain synode abordera la question de la création d’un diocèse pour « les dizaines de milliers de fidèles qui vivent en Europe ».