Chaque jour, quelqu’un récite le chapelet pour vous

Entretien avec le père Mauro Persici du Mouvement dominicain du rosaire

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ROME, Mardi 13 novembre 2007 (ZENIT.org) – Des millions de personnes récitent chaque jour le chapelet de manière permanente, c’est-à-dire qu’ils se relayent 24 heures sur 24. En Italie, c’est le Mouvement dominicain du Rosaire, (équivalent en France des Equipes du rosaire) qui rassemble une famille d’autres organisations, qui s’en occupe.

Il s’agit d’un « mouvement de communion spirituelle de prières » qui élève sa contemplation pour étendre la bénédiction mariale sur l’humanité au profit d’un renouveau de la foi. Une école du rosaire dans la méditation de « l’Evangile selon Marie ».

La pratique du chapelet, qui a affronté une crise dans les années 70 et jusque dans les années 90, connaît, grâce à cette initiative notamment, une sorte de renaissance. Pour comprendre les objectifs et les finalités du Mouvement dominicain du rosaire et en constater la croissance, ZENIT a interrogé le père Mauro Persici, o.p., promoteur du mouvement dans le nord de l’Italie.

Zenit - Expliquez-nous ce qu’est le Mouvement dominicain du rosaire et quels sont ses objectifs…

Père Mauro - Lorsque l’exhortation apostolique « Marialis cultus » parle du rosaire, elle rappelle que « les fils de saint Dominique sont chargés par tradition de garder et de diffuser une dévotion aussi salutaire que celle-là ». Pour être fidèles à ce précieux héritage « familial » les dominicains se sont de tous temps, et à tous les niveaux, engagés dans la découverte du « secret » du chapelet, entraînant derrière eux de très nombreux fidèles. La communion spirituelle permet effectivement de partager le grand trésor accumulé par les prières de tous ceux qui, dans le monde, la constituent.

Pour pouvoir « légaliser » cette communion spirituelle au cours des siècles, les dominicains ont obtenu de l’Eglise le privilège de pouvoir instituer des associations avec lesquelles unir les fidèles selon un cheminement pédagogique qui accueille leur disponibilité : d’où la fondation de l’association du « rosaire vivant » par une laïque dominicaine française, Pauline Jaricot, en 1826, et approuvée par le pape Grégoire XVI, le 27 janvier 1832, réunissant tous ceux qui s’engagent à méditer chaque jour un mystère du rosaire.

La « fraternité du rosaire » fondée par un père dominicain, le bienheureux Alain de la Roche o.p., en 1470 et approuvée par le pape Sixte IV le 12 mai 1479, regroupe tous ceux qui, tout au long de la semaine, s’engagent à réciter tout un chapelet (ou les 5 mystères tous les jours).

L’association du « rosaire perpétuel » fondée par le père dominicain Timoteo Ricci o.p. en 1630 et approuvée par le pape Alexandre VII en 1656, rassemble tous ceux qui tout en appartenant déjà à la « fraternité du chapelet », tiennent à consacrer quotidiennement une heure de leur soirée à prier avec la Vierge Marie, selon des horaires fixés chaque mois.

Ces associations, en union avec tant d’autres personnes qui n’en font pas forcément partie mais en partagent l’esprit, forment ce qu’on appelle une « famille du rosaire » ou un Mouvement dominicain du Rosaire.

Ce mouvement veille sur l’assistance matérielle et spirituelle des fidèles, en organisant des visites, des temps de méditation et de prières, des subsides, des sessions de formation, des rassemblements ou des congrès. Il s’agit d’une « Ecole du rosaire » où l’on peut apprendre à contempler le Christ avec Marie, à apprendre le Christ de Marie, à se conformer au Christ avec Marie, à supplier le Christ avec Marie, à annoncer le Christ avec Marie.

Zenit - Dans un monde comme celui d’aujourd’hui, toujours plus sécularisé, comment ce réseau de personnes priant le chapelet arrive-t-il à grandir ? Comment expliquez-vous que huit siècles après ses débuts, cette pratique n’ait pas disparu ? Et quelle signification donner aujourd’hui à la récitation du chapelet ?

Père Mauro - Il est vrai que selon les époques, les situations, les moyens et les occasions changent mais ce qui ne change pas c’est la manière de transmettre la foi et donc la dévotion mariale et le chapelet.

Que ce soit par le biais d’internet, ou que cela dépende du « climat » familial dans lequel on vit, que ce soit à travers la lecture d’un livre ou le témoignage d’un ami, que ce soit à cause d’un moment « fort » dans la vie ou la visite d’un lieu, ce sont toutes des occasions d’ouverture, une brèche qui s’ouvre et contamine!

Que cela parte d’une habitude ou d’une curiosité, de l’écoute ou de la lecture, d’un intérêt ou d’un besoin, voilà qu’apparaît une présence inconnue devant nous ou voilà qu’on découvre la douceur d’un compagnon de route auquel recourir.. en prenant le chapelet et en l’égrenant entre nos mains, pris dans nos pensées.

Et puis si on a l’occasion de ne pas s’arrêter, on franchit inévitablement ce nouveau pas qui nous porte à rencontrer d’autres personnes qui vivent la même expérience que nous. Que de groupes formés à partir de la seule bonne volonté ! C’est à ces groupes que nous préférons accorder notre attention, pour les aider à sortir de la dimension purement dévotionnelle, et leur proposer d’entrer dans l’école du rosaire, de méditer l’« Evangile selon Marie ».

Comment se fait-il que la pratique du chapelet n’ait pas disparu, qu’est-ce qui la rend si solide ? Et bien, je faisais allusion tout à l’heure au « secret » du chapelet. Oui, car c’est bien d’un secret dont nous pouvons parler : en effet, comme le dit si bien la « Rosarium Virginis Mariae », pour l’Eglise, à l’aube du IIIème millénaire, dire le chapelet ne se réduit pas seulement à enchaîner des « Notre Père » et des « Je vous salue Marie ».

C’est une introduction dans un autre monde : celui d’une foi vivante qui, face au mystère, s’interroge et s’abandonne entre les bras de la Bienheureuse Vierge Marie, pour que celle-ci se concrétise en un engagement sérieux, tout en goûtant à la joie d’une vraie rencontre avec Jésus.

En d’autres termes, le chapelet illustre, rend compréhensible et « incarne », en le résumant de façon admirable, l’attitude du fidèle qui, face au récit évangélique, se laisse interpellé, de manière à ce qu’il en reçoive, à sa demande personnelle, la puissance transformatrice.

Tout ceci s’exprime parfaitement lorsque nous disons que le chapelet est comme le « cordon ombilical » qui, au sein de l’Eglise, nous « relie » à la bienheureuse Vierge Marie, et nous permet, presque inconsciemment, de renaître sous le visage d’authentiques chrétiens.

Cela dit, pour comprendre la signification actuelle, je pense que la lettre apostolique « Rosarium Virginis Mariae », et tout ce que le Magistère nous a dit à l’aube du troisième millénaire est exhaustif et mérite d’être lu.

Zenit - Au sein même du monde catholique, certains considèrent la dévotion mariale comme une forme primitive et populaire de la foi. Que répondre à ces critiques ?

Père Mauro - Je pense que dans le monde catholique une certaine « méfiance » à l’égard de la dévotion mariale est due à des comportements dévotionnels exagérés, qui n’ont pas grand chose à voir avec la vraie dévotion mariale.

Des comportements qui mériteraient un grand discernement ne serait-ce que par souci de purification : sauver ce qu’il y a de plus précieux en eux exige une sérieuse formation qui leur permettrait de s’ouvrir à une vraie spiritualité mariale, elle seule capable de pouvoir réconcilier tout le monde sans aucune craintes.

C’est justement cela qui stimule souvent nos efforts, bien que les résultats laissent encore quelque peu à désirer. Il est plus facile de se laisser aller à des manifestations de dévotion plutôt que d’entreprendre un parcours spirituel voué à grandir mais dont les exigences ne sont pas des moindres. Pour comprendre tout cela il suffirait de méditer en lisant le « Traité de la vraie dévotion à Marie » ainsi que les documents du magistère sur le sujet, dont « Marialis cultus ».

Ainsi, si d’un côté je peux partager certaines objections concernant la manière dont s’exprime souvent la dévotion à Marie, de l’autre je ne veux pas me contenter de critiquer. Je m’engage au contraire de façon plus profonde, à faire en sorte que les fidèles découvrent et se mettent à l’écoute de la Tradition et du Magistère.