Chercher le Royaume de Dieu dans l'humilité de l'attente

Lectures du dimanche 17 novembre 2013

Paris, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 1189 clics

Rite romain: XXXIIIème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C

Ml 3, 19-20; Ps 97; 2 Th 3, 7-12; Lc 21, 5-19

La persévérance est l’attente active du Christ

[Rite ambrosien, à Milan : Ier Dimanche de l’Avent[1] – Année A

Is 51, 4-8; Ps 49; 2 Th 2,1-14; Mt 24,1-31

L’Avent: temps d’attente de la tendresse de Dieu]

            Le problème est de comprendre ce qu’il faut faire maintenant, et non pas savoir comment le monde finira

            En lisant le passage de l’Evangile de Luc de ce dimanche (21,5-19) il est facile de penser exclusivement, ou presque, aux événements de la fin du monde qui clôtureront l’histoire humaine: la fin du monde, la victoire du Seigneur, le jugement dernier. Or, le but de ce dialogue de Jésus n’est pas de satisfaire la curiosité de ceux qui aspirent à connaître comment sera cet « au-delà » du temps et de l’espace, mais d’éclairer le présent. L’écoute de ces paroles permet au disciple du Christ de « voir » le monde – qui passe et finit - comme le « signe » d’une réalité qui reste pour toujours. Jésus, sa personne, sa parole, sont la clef d’interprétation de toute la réalité et de l’histoire: Il est le Fils de Dieu qui s’est fait homme, il est la Parole incarnée, la fragilité qui passe et la vie éternelle qui demeure, Il est « le nouveau Temple, [2] dans un lieu où l’on rencontre Dieu » (Benoît XVI). Il est l’Amour qui se révèle comme passion et compassion sur la Croix.

            La Croix qui, grâce au Christ, n’est plus un sordide bois de mort, mais un magnifique trône, qui irradie l’Amour. La Croix de Jésus est le moment le plus intense de la révélation du sens de tout ce qui existe: elle est l’élément le plus dramatique de l’obscurité, de la fragilité, de l’absurde non sens, mais en même temps de ce moment de lumière plus intense, de la vie qui renaît, qui triomphe au-delà de la mort. La Croix de Jésus est la révélation selon laquelle l’Amour est le sens final de tout: l'amour qui se détruit, qui meurt pour devenir vraiment « amour », qui se vide de soi pour accueillir le plus grand des dons.

            L'Amour est le sens plus vrai de ce monde qui passe et qui meurt, pour pouvoir entrer dans l’infini de l’Amour qui ne passe plus. Ainsi, nous ne savons pas comment sera « l’autre côté », l’ « au-delà », mais nous savons  qu’il sera la plénitude de l’amour  qui est déjà la vie du monde dans « l’au-deçà ».

            Jésus invite ses disciples (c’est-à-dire nous) à ne pas s’attacher aux choses qui passent, à ne pas se faire d’illusions, à ne pas se créer d’idoles, mais à vivre intensément le « temps présent » qui passe en commençant à goûter à cet amour qui ne passera jamais, et qui deviendra de plus en plus grand. Vivre l’amour, libérer, dilater les espaces de l’amour, tel est le message de Jésus à travers son discours eschatologique[3]: seul l’Amour reste à jamais.

            C’est pourquoi le Rédempteur invite à « marcher dans la charité » (expression utilisée pour indiquer les Exercices spirituels d’abord faits puis écrits par St. Ignace de Loyola et reprise par le pape François)

            Mais n’oublions pas que la charité n’est pas seulement faire la charité aux pauvres en leur donnant de l’argent ou autres aides matérielles mais grandir dans les liens de l’amour fraternel et dans la foi solide (cf. 1 Jn 2,14). La via amoris dolorosa (c’est-à-dire le chemin d’amour dans le don total de soi) qui est la Via Crucis (le Chemin de Croix), est pour le chrétien ce chemin qui le conduit à la pleine configuration dans le Christ. A ce propos Sainte Claire dit de Saint François d’Assise épris du Christ: «  Il l’aima jusqu’à Lui ressembler physiquement » et se demanda: « Pourrai-je moi aussi faire comme ça? ».

            La vie de  cette Sainte montre qu’il est possible de ressembler au Christ, si l’on se met à son école de charité, si l’on marche constamment derrière l’Aimé tant attendu. Par le mot « attendu » j’entends ici son sens original : « tendre vers », « être à la recherche de ».

            Donc on « attend » le Seigneur :

-       En le cherchant. Sur la recherche de Dieu il y a un apophtegme[4] très clair des Pères du désert qui dit: « Un homme à la recherche de Dieu demanda à un chrétien: « Comment puis-je trouver Dieu ? ». Le chrétien répliqua: « Maintenant je te le montre ». Il l’amena au bord de la mer et plongea trois fois dans l’eau le visage de l’autre. Puis il lui demanda: Que souhaitais-tu le plus quand ton visage était dans l’eau? ». « de l’air », répliqua l’homme qui cherchait Dieu. « Quand tu désireras Dieu comme tu as désiré l’air, tu le trouveras », dit le chrétien ».

-       En persévérant dans Son amour. «  Quand l’amour surmonte de grandes difficultés, il est aussi persévérant dans la vie monotone et ennuyeuse de chaque jour. Il sait qu’une seule chose plaît à Dieu : tout faire, même les moindres choses avec un grand amour. » (S. Sœur Faustine Kowalska).

-       En témoignant de Sa vérité, et en ne rêvassant pas sur une proche fin du monde.

Dans ce témoignage les Vierges Consacrées sont pour nous un exemple. En effet, la consécration virginale fait grandir en elles une attitude de confiance vis-à-vis du monde, de l’humanité et un style d’écoute de l’histoire et des problématiques humaines en la reliant, par habitude de travail et de vie, à chaque homme et chaque femme pour qui elles deviennent des camarades de route, des outils de communion et témoins d’amour.

Ces femmes consacrées participent à l’œuvre de création de Dieu à travers le travail qui leur permet de pourvoir à leurs propres besoins et de s’ouvrir au partage des biens. Par leur vie, elles donnent par ailleurs voix à l’invocation de l’Esprit et de l’Eglise: « Maranathà, Viens Seigneur Jésus » (Ap 22,20), entretenant la flamme d’une attente vigilante et prophétique.[5]Enfin, les vierges consacrées rappellent le désir de Dieu aux hommes et aux femmes de son temps et révèlent une façon dont Dieu aujourd’hui se fait présent dans l’histoire et la rachète.

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone

« Commentaires sur les Psaumes » (En. dans Ps. 120, 3)

Attentifs et actifs dans l’attente de la venue du Christ

Vous y voyez que le jour du Seigneur viendra, comme le voleur, pendant la nuit. Si le père de famille », est-il dit, « savait à quel moment viendra le voleur, je vous le déclare, il ne laisserait point pénétrer dans sa maison » (Mt 24, 43). Or, vous vous dites en vous-mêmes: Comment peut-on connaître ce moment, puisqu’il viendra comme un voleur? Dans ton ignorance de l’heure, veille continuellement, afin que, nonobstant ton ignorance, ce moment te trouve prêt sans cesse. Et peut-être est-ce afin que tu sois toujours prêt que ce moment est inconnu. Cette heure surprendra le père de famille, qui est ici le type de l’orgueilleux. Ne sois donc point de ces pères de famille, et cette heure ne te surprendra point. Que faut-il être, me diras-tu? Ce que tu viens d’entendre dans le psaume: Pour moi, je suis  pauvre et affligé (Ps 68, 30). Si tu es pauvre et affligé, tu ne seras point ce père de famille que cette heure doit surprendre tout à coup, et tout à coup accabler. Ils sont pères de famille, ceux qui s’enorgueillissent en donnant un libre cours à leurs convoitises, en se plongeant dans les délices de cette vie; qui s’élèvent contre les humbles, jettent le mépris sur les saints qui comprennent la voie étroite 1 conduisant à la véritable vie (Mt 7, 14). Ces hommes seront surpris par la dernière heure, car tels étaient ceux qui vivaient aux jours de Noé, dont l’Evangile parlait tout à l’heure, comme vous l’avez entendu. Ils mangeaient, ils buvaient, les hommes mariaient leurs filles, épousaient des femmes, plantaient, bâtissaient, jusqu’à ce que Noé entra dans l’arche, et le déluge vint et les perdit tous (Mt 24, 37-39 ; Lc 17, 26-27). Quoi donc! Sont-ils condamnés à périr ceux qui en agissent ainsi, qui marient leurs filles, qui épousent des femmes, qui plantent, qui bâtissent? Non, mais ceux-là qui s’en glorifient, qui préfèrent à Dieu toutes ces occupations, qui, pour cela, sont toujours prêts à offenser Dieu. Quant à ceux qui n’en veulent point user, ou qui n’en usent que comme n’en usant pas, qui se confient en Celui qui a donné ces biens plus qu’en ces biens qui sont donnés, qui reconnaissent dans ces dons la miséricorde qui les console, qui ne se passion tient point pour ces dons, afin de ne point tomber d’auprès de Dieu, ces hommes ne seront point surpris quand le moment viendra comme le voleur. C’est à eux que l’Apôtre a dit: Quant à vous, vous n’êtes point dans les ténèbres pour être surpris par ce jour comme par un voleur; vous êtes tous des enfants de lumière et des enfants du jours (1 Ts 5, 4-5).

Sainte Catherine de Sienne

Dialogue de la divine Providence

Chapitre 41

« De même l'âme juste qui termine sa vie dans la charité est éternellement liée à l'amour. Elle ne peut plus croître en vertu parce que le temps est passé, mais elle peut toujours aimer avec l'ardeur qu'elle a eue pour venir à moi, et c'est cette ardeur qui est la mesure de sa félicité. Toujours elle me désire, toujours elle aime, et son désir (60) n'est pas trompé : elle a faim et elle est rassasiée, elle est rassasiée et elle a faim, sans jamais éprouver l'ennui de la satiété ni la peine de la faim.

Les élus de l'amour jouissent de mon éternelle vision ; ils participent au bien que j'ai en moi-même, chacun selon sa mesure, et cette mesure est l'amour qu'ils avaient en venant à moi. Parce qu'ils ont eu ma charité et celle du prochain, et qu'ils sont unis ensemble par une charité générale et particulière qui vient du même principe, ils jouissent et participent par la charité au bien de chacun, et ce bonheur s'ajoute au bonheur universel qu'ils ont tous ensemble ; ils jouissent avec les anges, parmi lesquels les saints sont placés selon les différentes vertus qu'ils ont eues dans le monde avant d'être liés dans les liens de la charité.

Ils participent surtout d'une manière particulière au bonheur de ceux qu'ils aimaient plus étroitement sur terre. Cet amour était un moyen d'augmenter en eux la vertu ; ils étaient les uns pour les autres des occasions de glorifier mon nom en eux et dans leur prochain, et comme l'amour qui les unissait n'est pas détruit dans le ciel, ils en jouissent avec plus d'abondance, et cet amour augmente leur bonheur.

Ne crois pas que les élus jouissent seuls, de leur bonheur particulier ; il est partagé par tous les heureux habitants du ciel, par les anges et par mes enfants bien-aimés. Dès qu'une âme parvient à la vie éternelle, tous participent au bonheur de cette âme, et cette âme participe au bonheur de tous. La coupe de leur bonheur ne s'agrandit pas et elle n'a pas besoin d'être remplie, car elle est pleine et ne peut plus dilater ses bords ; mais leur joie, leur félicité, leur ivresse s'augmentent à la vue de cette âme ; ils voient que ma miséricorde l'a sauvée de la terre par la plénitude de la grâce, et ils se réjouissent en moi du bonheur que cette âme a reçu de ma bonté.

Cette âme est heureuse en moi, dans les âmes et dans les esprits bienheureux, parce qu'elle voit et goûte en eux la bonté et la douceur de ma charité. Leurs désirs s'élèvent toujours vers moi pour le salut du monde ; leur vie a fini dans l'amour du prochain, et cet amour ne les a pas quittés ; ils ont passé avec lui par la porte de mon Fils Bien-aimé, en prenant le moyen dont je te parlerai bientôt. Remarque qu'ils conservent et conserveront ce lien de l'amour, que n'a pas brisé la mort.

Ils sont unis à ma volonté, et ils ne peuvent vouloir que ce que je veux, parce que leur libre arbitre est enchaîné par la charité, de sorte que la créature raisonnable qui se sépare du temps et meurt en état de grâce un peut plus pécher. Sa volonté est si unie à la mienne, qu'en voyant un père, une mère, un fils dans l'enfer, - elle ne peut en souffrir : elle est même heureuse de les voir punis, parce que ce sont mes ennemis ; elle ne peut être en désaccord avec moi en la moindre chose, et tous ses désirs sont satisfaits.

Le désir des bienheureux est de me voir honoré en vous, pèlerins voyageurs qui précipitez sans cesse vos pas vers la mort. Le désir de ma gloire leur fait désirer votre salut, qu'ils me demandent toujours pour vous. Je satisfais ce désir, pourvu que dans votre aveuglement vous ne résistiez pas à ma miséricorde. Ils désirent aussi avoir la récompense de leurs corps, et ce désir n'est pas une peine quoiqu'il ne soit pas satisfait sur-le-champ, parce qu'ils jouissent de la certitude qu'il le sera un jour ; et ils ne souffrent pas d'attendre, car rien ne manque à leur félicité.

Ne crois pas que la béatitude du corps, après la résurrection, ajoute à la béatitude de l'âme ; car il s'ensuivrait que tant qu'elle n'aurait pas son corps, l'âme n'aurait qu'une béatitude imparfaite, ce qui ne peut être, parce que rien ne manque à sa perfection. Ce n'est pas le corps qui donne la béatitude à l'âme, mais c'est l'âme qui donne la béatitude au corps ; elle l'enrichira de son abondance, lorsqu'au jour du jugement, elle se revêtira de la chair dont elle s'était séparée ;

L'âme est devenue immortelle et immuable en moi ; le corps, par cette union, deviendra immortel ; il perdra sa pesanteur et sera subtil et léger. Le corps glorifié passera à travers tous les obstacles et ne craindra ni l'eau ni le feu, non par sa vertu, mais par la vertu de l'âme, qui est ma vertu communiquée par la grâce et par cet amour ineffable avec lequel je l'ai créée à mon image et à ma ressemblance. Non, l'œil de ton intelligence ne peut voir, l'oreille entendre, la langue raconter et le cœur comprendre la félicité des bienheureux. (62)

Quel bonheur ils ont de me voir, moi qui suis le souverain bien ! Quel bonheur ils auront quand leur corps sera glorifié! Ils n'en jouiront qu'au jugement dernier, mais ils ne souffrent pas d'attendre, parce que rien ne manque à la béatitude dont l'âme déborde et qu'elle épanchera sur son corps.

Que te dire de cette joie ineffable des corps glorifiés dans l'humanité glorifiée de mon Fils unique, qui vous a donné la certitude de votre résurrection! Ils tressailliront dans ses plaies, qui sont restées fraîches et ouvertes sur son corps, afin de crier sans cesse miséricorde pour vous, vers moi le Père éternel et souverain ; et tous seront conformes à lui dans la joie et l'allégresse. Oui, par vos yeux, vos mains, votre corps tout entier, vous serez unis aux yeux, aux mains, au corps de l'aimable Verbe, mon Fils bien-aimé. Etant en moi, vous serez en lui, parce qu'il est une même chose avec moi. L'œil de votre corps se dilatera dans l'humanité glorifiée du Verbe mon Fils unique : pourquoi? Parce que la vie qui finit dans les liens de ma charité durera éternellement.

Les bienheureux ne peuvent faire aucun bien, mais ils jouissent de celui qu'ils ont fait ; le temps de mériter est passé pour eux, car c'est sur la terre seulement qu'on mérite ou qu'on pèche, selon l'usage que la volonté fait du libre arbitre. Les bienheureux attendent le jugement général, non dans la crainte, mais dans la joie. Le visage de mon Fils ne leur paraîtra pas terrible et plein de haine, parce qu'ils sont morts dans mon amour et dans l'amour du prochain. Le visage du juge qui viendra dans ma majesté ne changera pas, mais il sera différent pour ceux qui seront jugés : ceux qui seront damnés le verront dans la haine et la justice, ceux qui seront sauvés le contempleront dans l'amour et la miséricorde. »

[1] Le temps de l’Avent ambrosien commence aux premières vêpres du dimanche qui suit immédiatement le 11 novembre, fête de saint Martin, raison pour laquelle dans la tradition ambrosienne il prend le nom de Carême de saint Martin. Il n’est pas formé de quatre semaines, comme dans le Rite Romain, mais de six semaines. Il se termine avec les feriae de Exceptato (« l’heure de l’Ecoute ») qui constituent en substance la neuvaine de Noël. Le dimanche précédent Noël est appelé Dimanche de l’Incarnation; ce jour-là, le prêtre porte des parements blancs et non pas violets. En terre ambrosienne la bénédiction des maisons est faite durant cette période, alors qu’en terre « romaine » elle a lieu durant la période de Pâques.

[1] Étymologiquement, le mot « TEMPLE » descend du latin « TEMPLUM » qui, à son tour, dérive de « TEM-LO », un veux terme d’origine indo-européenne qui signifie « tailler ». « TEM-LO » a des affinités avec le mot grec « TEMNO », dont le sens est le même, d’où le mot «  TEMENOS », qui signifie « enclos sacré ». Pour résumer, l’étymologie du terme « TEMPLE » désigne une aire, une portion d’espace  prélevée du monde, fermée par des murs et destinée à accueillir une présence surhumaine, un lieu spécial consacré au culte de Dieu.

Le Temple est la maison de Dieu. En habitant au milieu de son peuple, Dieu se rend présent à ses fidèles. Dans le monde biblique le temple occupe le centre de la vie religieuse et nationale et il jouit d’une forte charge symbolique. Donc, la fin du Temple de Jérusalem, lieu de Dieu et début de la vie, est symbole de la fin du monde.

Le temple, pour un chrétien, c’est le Corps du Christ mais aussi l’Eglise, l’assemblée des fidèles.  Le terme Eglise renvoyant en italien et en français au mot latin ecclesĭa, qui a son tour vient du grec classique ἐκκλησία (ekklēsía). En grec classique, par ἐκκλησία on entendait une assemblée politique, militaire ou civile. Le mot anglais « Church », lui, vient du vieil anglais cirice, dérivant de du mot germanique « kirik », qui à son tour vient du Grec κυριακή kuriakē, qui veut dire « du seigneur » (forme possessive de κύριος kurios , c’est-à-dire « lord ».

L'expression est reprise dans les parties les plus récentes de la Bible que l’on appelle Septante (la version grecque de la Bible) pour traduire les termes en hébreux qāhāl et ‛ēdāh, dont le sens de « rassemblement » du peuple juif, de rassemblement religieux et politique en même temps. C’est donc dans la Bible des  Septante que le terme ἐκκλησία commence à prendre en grec une signification spécifiquement « culturelle et juridique ». Les auteurs du Nouveau testament n’ont pas pris ce terme de l’usage qu’on en faisait en Grèce, mais du texte biblique des Septante.

[3] Eschatologie, avec l’adjectif eschatologique, veut dire discours (logos) sur les choses ultimes (eschaton), donc sur la mort et sur la vie éternelle. A propos de dimension eschatologique de l’Eglise on peut brièvement dire que l’Eglise renferme en germe ce qui, à travers le passage des hommes et du cosmos, atteindra la pleine et définitive maturation dans la vie éternelle. La vision béatifiante du Père, du Fils et du Saint-Esprit sera la récompense de celui qui, dans le quotidien de chaque jour, souvent imbibé de souffrance, a cherché à accueillir, en la vivant, la Parole de Dieu.

Dans la tradition catéchétique de l’Eglise, on utilise le terme « novissimes » (du latin novissima, « les choses ultimes ») pour indiquer quatre mots-clefs du destin final de l’homme:

La mort: la dernière chose qui arrive dans ce monde. Grâce au Christ, la mort chrétienne a une signification positive. « Pour moi vivre c’est le Christ et mourir est un avantage » (Phil 1,21). « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie » (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus).Le jugement de Dieu: le dernier jugement par lequel tout le monde devra passer.L’enfer: l’ « état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 1031);Le paradis: le bien suprême qu’auront « ceux qui meurent dans la grâce et dans l’amitié de Dieu et qui sont parfaitement purifiés » (Ibid., n. 1023).

[3] Apophtegme (ou apotegma, en grec αποφθεγμα) est un substantif d’origine grecque dont la signification doit renvoyer aux verbes apophthénghesthai, qui veut dire « énoncer une sentence », ou apophtheggomai qui signifie « énoncer une réponse sous une forme définitive ». Ce mot, donc, assume une signification de « dicton », « setence », « maxime » et s’utilise pour une phrase ou une sentence de type aphoristique qui apporte, en dernière synthèse, une vérité à la fois profonde et pressante. En particulier l'apophtegme a des traits communs avec l’anecdote, avec la sentence et avec le proverbe, bien qu’on ne puisse totalement le renvoyer à aucun d’entre eux.

[5] A ce propos voir l’article de Maryvonne Gasse (o.v.) La femme en ligne de front. Un combat eschatologique, pp. 395-398 du livre “L’Ordre des Vierges – Une vocation ancienne et nouvelle – Don du Seigneur à son Eglise”, Imprimerie Saint Joseph 2013, pp 463.