Chine: Des milliers de bouddhistes tibétains forcés de quitter leur institut

Un lieu de formation fermé dans le Sichuan

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ROME, Lundi 23 juillet (Zenit.org) - Selon un responsable du Bureau des Affaires religieuses de la province du Sichuan, « sur ordre des autorités centrales » et dans le but de maintenir « la stabilité sociale », les autorités chinoises ont récemment fait procéder à l’évacuation de plusieurs milliers de moines et moniales, adeptes du bouddhisme tibétain, de leur institut de formation, le Collège bouddhiste Wumin du temple Larung, iindique Eglises d´Asie, dans son édition du 16 juillet (EDA 335, cf. http//:eglasie.mepasie.org).



Situé dans le district de Sertar, au nord-ouest du Sichuan, sur le plateau tibétain, le temple Larung et les établissements d’enseignement qui lui sont rattachés forment une des plus importantes concentrations de religieux tibétains. Selon un des moines de ce temple, il y avait là, avant l’opération déclenchée par les autorités chinoises, environ 8.000 moines et moniales, dont 3.000 n’étaient pas ethniquement tibétains mais appartenaient à l’ensemble Han chinois ou aux autres minorités ethniques du pays, précise EDA.

D’après International Campaign for Tibet (ICT), organisation basée aux Etats-Unis, à Washington, les autorités chinoises ont tenté à plusieurs reprises ces dernières années de diminuer le nombre des moines et moniales étudiant dans ce centre. ICT affirme que le centre, fondé il y a 10 ans par un maître charismatique nommé Khenpo Jigme Phuntsok, n’abritait aucune activité politique ou séparatiste. Le centre est décrit comme « une communauté aux liens assez lâches où les étudiants doivent subvenir à leurs propres besoins et ne sont pas assujettis au contrôle d’un abbé » ; c’est aussi un des rares endroits en Chine où les adeptes du bouddhisme tibétain peuvent recevoir une formation complète, remarque la même source.

Selon les témoignages de moines rapportés par ICT, ajoute EDA, des représentants des autorités chinoises ont, sans donner de raison à leur démarche, demandé aux étudiants, qu’ils soient tibétains ou chinois, de quitter les lieux. « Plusieurs milliers de moines et de moniales sont déjà partis. Nous avons entendu dire que le gouvernement souhaitait qu’il n’en reste que 1.400. Les autorités ont dit qu’elles feraient détruire les bâtiments ainsi libérés par notre départ », a déclaré, sous couvert d’anonymat, un des moines, qui précise que, si les religieux étaient réticents à partir, il n’y a cependant pas eu de heurts avec les forces de l’ordre. Un responsable du district de Sertar a déclaré à l’agence Reuters que les autorités « faisaient le ménage et mettaient les choses en ordre », sans plus de précision.

Toujours selon ICT, Phuntsok, le fondateur du centre, a demandé par le passé à plusieurs reprises aux autorités de protéger le droit de ses étudiants à la liberté de croyance religieuse, telle qu’elle est reconnue par la Constitution de la République populaire de Chine.

Dans sa Constitution, précise Eglises d´Asie, la Chine garantit la liberté religieuse mais, de fait, elle n’autorise les activités religieuses que sous le contrôle des instances de l’Etat. Elle maintient le Tibet sous un sévère contrôle religieux afin d’éradiquer toute tentative de fidélité à l’égard de son chef religieux en exil, le dalaï lama. Celui-ci, exilé en Inde depuis 1959, accuse Pékin, dont les troupes sont entrées au Tibet en 1950, de vouloir détruire systématiquement la religion tibétaine et sa culture.

Lors de l’opération qui vient de se produire à Sertar, Phuntsok a refusé d’accéder à la demande des autorités chinoises, i.e. inviter ses étudiants à partir, arguant du fait que les moines et les religieuses présents à Sertar étaient venus là de leur plein gré et non à son invitation, conclut l´agence des Missions Etrangères de Paris.