Chine: Grève de la faim du card. Zen pour « défendre la mission éducative de l'Eglise »

L'évêque émérite de Hongkong proteste contre une décision de justice

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ROME, jeudi 20 octobre 2011 (ZENIT.org) – Le cardinal Zen Ze-kiun, âgé de 79 ans et évêque émérite de Hongkong, a entamé une grève de la faim de trois jours le 19 octobre dernier, indique « Eglises d’Asie », l’agence des Missions étrangères de Paris.

Le cardinal chinois exprime ainsi son désaccord avec une récente décision de justice rejetant définitivement le recours en inconstitutionnalité déposé à l’encontre de la loi de 2004 sur l’éducation, un secteur dans lequel l’Eglise catholique est un acteurs majeur. Le cardinal Zen a expliqué que l’Eglise respecterait la loi et se conformerait à la décision des juges, mais que cette dernière ne pouvait empêcher les catholiques de vouloir défendre le droit de l’Eglise à animer et à gérer comme elle l’entendait les écoles dont elle avait la charge.


Installé devant l’entrée de la Maison d’études des salésiens de Hongkong – congrégation à laquelle appartient le cardinal –, Mgr Zen a justifié sa décision de ne plus rien absorber durant trois jours (hormis de l’eau et l’eucharistie) afin de « dénoncer cette mauvaise décision de la Cour Suprême qui est d’une très grande injustice vis-à-vis de l’Eglise comme du territoire de Hongkong et qui menace de détruire un système d’éducation considéré comme l’un des meilleurs du continent ». Il a ajouté que si dans l’immédiat, les écoles catholiques de Hongkong se conformeraient aux nouvelles dispositions de la loi de 2004, l’Eglise continuerait néanmoins à lutter autant que possible pour remplir sa mission éducative dans les établissements dont elle avait la charge.

La décision de justice qui a amené le cardinal à entamer une grève de la faim a été rendue le 13 octobre dernier. Les juges de la Court of Final Appeal avaient à se prononcer en dernière instance sur une plainte déposée en 2005 par l’évêque de Hongkong au sujet de l’inconstitutionnalité de la Loi sur l’éducation votée le 8 juillet 2004 par le Legco (Legislative Council), le Parlement de la Région administrative spéciale de Hongkong. Cette loi prévoyait la mise en place d’un « Comité de gestion intégré » dans chaque école privée sous contrat avec l’Etat, remplaçant les anciens conseils d’administration dont les membres étaient jusqu’alors nommés par les seules autorités de tutelle des écoles, à savoir pour les écoles catholiques, le diocèse de Hongkong, les congrégations enseignantes ou encore la Caritas. Les comités de gestion devaient comprendre des représentants des enseignants, des parents d’élèves et des anciens élèves, l’ensemble de ces groupes représentant au minimum 40 % des sièges des « comités de gestion intégrés ».

Dans le système éducatif de Hongkong les établissements publics sont relativement peu nombreux ; un héritage du colonisateur britannique qui avait confié à un certain nombre d’institutions – notamment religieuses – la création, la gestion et l’animation des écoles du territoire. L’Eglise catholique occupe ainsi une place centrale dans le système éducatif local, gérant 221 des 935 établissements de la région, soit un quart des élèves scolarisés. Premier acteur du secteur éducatif, l’Eglise est également reconnue pour la grande qualité de son enseignement. Le cardinal, qui a exprimé de longue date son opposition au projet de loi (1), affirme que sous le prétexte d’introduire un mode de gestion plus démocratique dans le fonctionnement des établissements, ce système ne fera qu’annihiler le caractère spécifique de l’école catholique.

Dans leurs attendus, les juges de la Court of Final Appeal ont estimé que les organismes qui exerçaient la tutelle sur les écoles, conservaient leurs prérogatives avec la loi de 2004, dans la mesure où ils gardaient la faculté de pourvoir « la majorité des sièges des comités de gestion intégrés ». Ils ont également fait valoir que la loi ne remettait pas en question les pratiques qui avaient cours dans les écoles sous contrat, telles la prière du matin et l’instruction religieuse, pratiques dont le maintien est garanti par la Loi fondamentale, le texte constitutionnel en vigueur à Hongkong depuis la rétrocession à la Chine populaire en 1997.

Mais selon le cardinal, les juges n’ont pas compris que pour l’Eglise catholique, la tutelle qu’elle exerce sur les écoles dont elle a la charge va au-delà du seul pouvoir d’en nommer les directeurs ou de poursuivre des activités comme la prière quotidienne. Les juges ont décidé d’« une interprétation nouvelle et très restrictive » de la Loi fondamentale, soutient Mgr Zen. « Le caractère moral et religieux de l’éducation dispensé dans nos établissements va bien au-delà de certaines activités concrètes et purement religieuses ».

Cecilia Wong Yeuk-han, déléguée épiscopale à l’éducation au sein du Bureau pour l’éducation catholique, a déclaré que, « bien que l’ensemble [des chefs d’établissements] ne soient pas d’accord pour que toutes les écoles soient gérées selon un seul et unique schéma », toutes les écoles du diocèse se conformeraient à la loi. « Nous continuerons à défendre notre conception de ce qu’est une éducation catholique et nous ne considérerons d’autres options que lorsque nous aurons constaté que nous ne pouvons plus assumer notre mission », a-t-elle expliqué au South China Morning Post (2). Le délai prévu par la loi de 2004 pour la mise en place des comités de gestion intégrés a expiré en juillet 2011. A cette date, 357 écoles ne les avaient toujours pas constitués, mais les autorités de Hongkong ont laissé entendre, après le jugement du 13 octobre, qu’elles ne chercheraient pas la confrontation sur ce point, préférant « une mise en place en douceur ». Pourtant, selon la nouvelle loi, un établissement scolaire qui manquerait à son obligation d’installer un comité de gestion intégré peut se voir imposer un directeur par le bureau gouvernemental pour l’éducation.

L’Eglise anglicane, qui a la tutelle d’environ 80 écoles sous contrat, et l’Eglise méthodiste une vingtaine, si elles n’ont pas manqué d’exprimer leur déception quant au jugement du 13 octobre, ont souligné elles aussi qu’elles respecteraient la loi en dépit de leur désaccord. « Avec la mise en place de ces comités, nous risquons de voir s’immiscer dans nos structures de gestion des personnes qui ne partagent pas notre mission [éducative] », a estimé Timothy Ha Wing-ho, conseiller pour l’éducation de l’archevêque anglican de Hongkong.

Ces jours derniers, le cardinal Zen a également été l’objet de l’attention des médias à la suite d’informations parues à son sujet dans la presse. Publiées d’abord sur des blogs puis reprises par différents journaux locaux, ces informations font état du versement, de 2005 à 2010, d’un total de 20 millions de dollars de Hongkong (1,86 millions d’euros) au cardinal ainsi que d’autres versements, pour un total de 27 millions de dollars de Hongkong, à des œuvres d’Eglise ainsi qu’à des partis pro-démocrates. Ces virements ont tous été effectués par Jimmy Lai, propriétaire du groupe de média Apple Daily et personnalité qui ne fait pas mystère de sa conversion au catholicisme et de sa proximité avec le cardinal. Interrogé par la presse, Mgr Zen a affirmé n’avoir jamais sollicité ces donations. Il a précisé que cet argent avait servi à financer des institutions ecclésiales, à aider les pauvres, à défrayer des visiteurs catholiques venus du continent ou encore à payer ses voyages à Rome. Le cardinal a ajouté qu’il était « totalement transparent » et n’avait rien à se reprocher.

Ces révélations interviennent peu avant le scrutin législatif du 6 novembre prochain, où les électeurs vont départager les forces en présence, 2012 étant l’année où le chef de l’exécutif verra son mandat remis en jeu. Dans ce contexte, la proximité du cardinal Zen avec les milieux pro-démocrates est un élément du jeu politique local.
Notes

(1) En décembre 2005, le diocèse de Hongkong, au nom de « l’évêque de Hongkong », a déposé un recours en inconstitutionnalité devant les tribunaux du territoire, plainte rejetée en première instance le 23 novembre 2006. Ayant fait appel de cette décision, le diocèse a de nouveau saisi la justice, qui, le 3 février 2010, a confirmé sa décision de novembre 2006. En dernier recours, la Court of Final Appeal avait alors été saisie et c’est ce 13 octobre que les juges ont définitivement rejeté la plainte pour inconstitutionnalité du diocèse.
(2) South China Morning Post, 14 octobre 2011.

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