Chine : Le Saint-Siège souhaite avancer vers une normalisation des relations

« Création » du cardinal Zen Ze-kiun

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ROME, Lundi 10 avril 2006 (ZENIT.org) – A l’occasion de la remise des insignes cardinalices à Mgr Zen, le Vatican manifeste publiquement sa volonté d’avancer vers une normalisation de ses rapports avec la Chine, indique « Eglises d’Asie », l’agence des Missions étrangères de Paris (EDA, eglasie.mepasie.org).



Les 24 et 25 mars derniers, à Rome, Mgr Zen Ze-kiun, évêque de Hongkong, a reçu, ainsi que quatorze nouveaux cardinaux, les insignes de sa nouvelle dignité de cardinal de l’Eglise catholique. Ces deux journées ont été l’occasion pour le Vatican de manifester publiquement sa volonté d’aller de l’avant en vue d’une normalisation de ses rapports avec Pékin. A des personnalités catholiques de Hongkong qui lui demandaient de se rendre en visite à Hongkong, le pape Benoît XVI a répondu qu’« il voulait venir, mais que Dieu déciderait quand », ainsi que l’a rapporté le P. Dominic Chan Chi-ming, vicaire général du diocèse de Hongkong. Plus précisément, Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, a déclaré, le 25 mars, à des médias hongkongais que le pape nourrissait « le grand désir de visiter la Chine ». Si « l’invitation du gouvernement chinois arrivait en 2008 (année où les Jeux olympiques se dérouleront dans la capitale chinoise), je crois qu’il n’hésiterait pas à aller à Pékin », a-t-il confié, dans deux interviews en anglais données au South China Morning Post et à la télévision I-Cable TV .
A propos de la normalisation des relations sino-vaticanes, Mgr Lajolo a déclaré : « Selon nous, les temps sont mûrs », l’attitude de Pékin n’étant « pas à la fermeture mais à l’ouverture ». Il a toutefois précisé que le Vatican espérait « une ouverture de la part des autorités chinoises, qui ne peuvent ignorer les attentes de leur peuple, ni les signes des temps ». Le prélat a ajouté qu’« à travers des contacts informels », le Saint-Siège avait exprimé au gouvernement chinois « les besoins de l’Eglise de Chine ». Il n’a pas caché qu’il y avait « des hauts et des bas dans les échanges » entre Pékin et le Vatican et que « des signes contradictoires venaient de la Chine ». Selon lui, cela peut s’expliquer par le fait que, « tandis que les plus hautes autorités montrent leur volonté de normaliser les relations, aux niveaux intermédiaires, il y a ceux qui marchent à contre-courant ».

Sur le fond de ce dossier, Mgr Lajolo a souligné que le Saint-Siège a « toujours clairement dit ce qu’il demandait et ce qu’il était prêt à concéder », comme ce « à quoi il ne pouvait renoncer pour rester fidèle à lui-même ». Le principe du transfert « immédiat » de la nonciature de Taipei à Pékin est ainsi une concession à la Chine que le Saint-Siège, qui n’a jusqu’ici jamais pris l’initiative de la rupture des relations diplomatiques avec un Etat, est prêt à faire. Sur un autre plan, il a précisé que « les autorités étatiques » chinoises devaient « tenir compte (…) de la constitution essentielle de l’Eglise catholique ». « La mission du pape et des évêques est harmonieusement réglée par le Code de droit canon », a ajouté le prélat, allusion à un des principaux points d’achoppement entre Pékin et le Vatican, à savoir la nomination des évêques et l’organisation de l’Eglise de Chine.

Quant à l’élévation au cardinalat de Mgr Zen, Mgr Lajolo a affirmé qu’elle était, de la part du pape, « un signe de son amour spécial pour le peuple chinois tout entier ». Il s’agit pour Benoît XVI d’une « reconnaissance des hautes valeurs de la culture et de la tradition chinoises, outre le rôle que la Chine moderne joue dans le monde d’aujourd’hui ». « Le pape a confiance dans le fait que ce geste sera correctement », a-t-il ajouté.

A propos de Mgr Zen lui-même, le responsable du Saint-Siège a défendu les prises de position de l’évêque de Hongkong pour la défense des libertés à Hongkong et en Chine continentale. « Il a simplement agi dans la sphère de la liberté reconnue pour tous », sans « interférer dans l’activité législative de l’Etat » ni « manipuler les consciences des citoyens ». « La liberté religieuse est un droit fondamental qui ne peut être soumis à aucune limitation politique », a-t-il affirmé.

Par ailleurs, dans une messe célébrée en chinois, au Vatican, le 25 mars, et retransmise par Radio Vatican, Mgr Zen a dit que son cardinalat reflétait « l’appréciation du pape pour le peuple chinois ». « La couleur rouge de mon vêtement symbolise le fait qu’un cardinal est prêt à verser son sang. Pourtant, ce n’est pas mon sang qui a été versé : c’est le sang et les larmes de héros innombrables et anonymes, dans l’Eglise « clandestine » et dans l’Eglise « officielle », qui ont souffert pour leur fidélité à l’Eglise », a-t-il ajouté dans son homélie. Bien que les catholiques chinois ne jouissent pas d’une pleine liberté de religion en Chine, ils doivent se montrer « patients », en contribuant à l’édification d’une société harmonieuse et en œuvrant pour « la maturité » de la nation. « L’hiver est fini et le printemps est là. Les semences que vous avez mises en terre dans les larmes porteront très bientôt du fruit », a-t-il ajouté.

Dans un éditorial daté du 27 mars, le South China Morning Post remarquait : « Renouer après plus d’un demi siècle de différends requiert beaucoup plus de diplomatie que de répondre aux questions de journalistes. (…) un accord pourrait toutefois être trouvé. Mais, pour cela, une réaction des autorités chinoises est nécessaire, afin de clarifier ce qui semble avant tout être un désir du Vatican de refermer une blessure. »
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