Chine : les autorités chinoises « révoquent » Mgr Ma Daqin

Et imposent un « serment de loyauté » pour les ordinations épiscopales

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ROME, mardi 11 décembre 2012 (Zenit.org) – Les autorités chinoises « révoquent » Mgr Ma Daqin, évêque auxiliaire du diocèse de Shanghai, rapporte « Eglises d’Asie » (EDA), l’agence des Missions étrangères de Paris, dans une dépêche du 10 décembre 2012

Mgr Ma Daqin avait été ordonné le 7 juillet dernier en la cathédrale de Shanghai et avait annoncé à l’issue de la cérémonie, en un geste aussi spectaculaire qu’inédit, son retrait de l’Association patriotique des catholiques chinois, l’organe dont se sert Pékin pour imposer sa politique à la partie « officielle » de l’Eglise de Chine (cf. Zenit du 10 juillet 2012).

EDA indique que les autorités avaient ensuite multiplié les mesures pour reprendre en main une situation qu’elles n’avaient pas su anticiper : confinement dans les conditions de la résidence surveillée de Mgr Ma au grand séminaire de Sheshan (cf. Zenit du 12 juillet 2012) ; ajournement sine die de la rentrée des petit et grand séminaires de Shanghai ; séances de rééducation patriotique pour le clergé shanghaïen.

Aujourd’hui, il semble qu’une décision a été finalement prise : la nomination de Mgr Ma comme « évêque coadjuteur » de Shanghai vient d’être révoquée par la Conférence des évêques de l’Eglise catholique de Chine, la structure non reconnue par Rome, réunissant les évêques « officiels » de Chine.

On peut noter ici que les autorités désignent Mgr Ma comme évêque coadjuteur et non comme évêque auxiliaire de Shanghai, ainsi qu’il a pourtant été nommé par Benoît XVI. En effet, selon la hiérarchie telle qu’elle est inscrite à Rome, on trouve Mgr Fan, évêque « clandestin » de Shanghai, dont le coadjuteur est Mgr Jin Luxian (lequel est, pour Pékin, l’évêque « officiel » de Shanghai).

Outre cette « révocation », ajoute la même source, Mgr Ma s’est vu suspendu de ministère presbytéral pour les deux années à venir, ce qui signifie « qu’il est interdit au jeune évêque de se montrer en public pour les deux prochaines années ».

EDA précise que Mgr Ma est toujours en mesure de poster sur Weibo (équivalent chinois de Twitter) ses réflexions à propos de l’Evangile du jour, qu’il peut également mettre en ligne des commentaires sur son blog et rencontrer des visiteurs. Toutefois, depuis mardi dernier 4 décembre, il n’a plus été vu dans la chapelle du grand séminaire où il concélébrait habituellement la messe avec d’autres prêtres.

Les décisions concernant la suspension de Mgr Ma de son ministère presbytéral émanent du « diocèse » de Shanghai. L’imprécision et le flou que recouvrent cette mention – en lieu et place de son évêque « officiel », Mgr Jin – viennent confirmer une information qui circule depuis quelques semaines, à savoir que Mgr Jin, 96 ans, a de facto été écarté de la direction de son diocèse. Il semble que depuis le mois de septembre dernier, l’Association patriotique locale, qui était maintenue à distance par Mgr Jin, ait réussi à s’imposer et que ce soit elle qui contrôle effectivement l’administration du diocèse.

Outre les sanctions visant Mgr Ma, la Conférence épiscopale « officielle » a annoncé d’autres mesures d’ordre plus général ce weekend. Ainsi, « un serment de loyauté » sera dorénavant requis « lors de toutes les ordinations épiscopales à venir ».

EDA rappelle que, d’ores et déjà, le rituel d’ordination épiscopale publié par la Conférence épiscopale comporte un engagement du nouvel ordonné à bien remplir son ministère épiscopal, à respecter la loi, à participer au bon développement de la société socialiste ainsi qu’à défendre les principes d’indépendance mis en exergue par la politique religieuse chinoise. Le nouveau « serment de loyauté » viendrait donc renforcer les déclarations déjà exigées des nouveaux évêques « officiels ».

Il semble que lorsqu’elles se trouvent prises de court par une décision du clergé local affirmant son autonomie face à l’Association patriotique et au gouvernement, les autorités ripostent par une réaction vive et brutale, conclut EDA.