Chine : Préparation de l’ordination d’un évêque sans l’assentiment du pape

2e ordination en l’espace de quelques jours au sein de l’Eglise « officielle »

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ROME, Mardi 2 mai 2006 (ZENIT.org) – En Chine populaire, après l’ordination de l’évêque de Kunming, l’Eglise « officielle » se prépare à l’ordination d’un second évêque qui n’a pas reçu l’assentiment du pape Benoît XVI, annonce une dépêche d’« Eglises d’Asie », l’agence des missions étrangères de Paris (cf. eglasie.mepasie.org).



Mercredi 3 mai, en la cathédrale Saint-Joseph de Wuhu, le P. Liu Xinhong, 41 ans, devrait être ordonné évêque « officiel » de l’Anhui. Trois jours après l’ordination du P. Ma Yinglin sur le siège du diocèse de Kunming (province du Yunnan), ce sera la seconde ordination en l’espace de quelques jours à être menée au sein de l’Eglise « officielle » de Chine sans l’assentiment du pape. Selon des sources catholiques, les deux prêtres, avant leurs ordinations respectives, avaient été informés du fait que leur candidature à l’épiscopat ne recevait pas l’accord de Rome.

Selon le P. Joseph Nie Hengyou, prêtre du diocèse de l’Anhui (1), au moins quatre évêques participeront à la cérémonie d’ordination du P. Liu Xinhong. Mgr Wu Shizhen, évêque « officiel » de Nanchang, dans la province voisine du Jiangxi, présidera la célébration et sera assisté de Mgr Joseph Li Mingshu, de Qingdao, et de Mgr Joseph Zhao Fengchang, de Linqing. Un quatrième évêque, venu du Shandong, prendra sans doute part à la messe d’ordination.

Selon des sources catholiques locales, les fidèles de la province, où les communautés « clandestines » sont fortes – surtout dans le nord et le nord-ouest de l’Anhui –, ne voient pas l’accession à l’épiscopat du P. Liu d’un bon œil. Que ce soit au sein des communautés « clandestines » mais aussi au sein des communautés « officielles », les prêtres et les fidèles n’accepteront pas de travailler avec un évêque qui n’a pas reçu sa nomination du pape, ont précisé ces sources. Afin de prévenir tout éventuel trouble lors de la messe d’ordination, la Sécurité publique a intensifié ses contrôles, notamment sur les responsables laïcs de communautés catholiques. Toujours selon ces mêmes sources, des responsables de communauté ont donc quitté leur domicile, à titre préventif, afin d’éviter une interpellation. Selon un responsable de communauté « clandestine », le P. Liu Xinhong, qui est informé depuis déjà quelques mois du refus de Rome de le voir accéder à l’épiscopat, se retrouvera isolé au sein de son diocèse (2).

L’ordination du P. Liu fait suite à celle du P. Ma Yinglin, célébrée le 30 avril, à Kunming. Là aussi, l’ordination a été menée en dépit du fait que le candidat à l’épiscopat n’avait pas reçu l’assentiment du pape. La veille, dans un communiqué officiel, le cardinal Zen Ze-kiun, évêque de Hongkong, avait réagi en des termes forts, regrettant l’action de ceux qui exercent des pressions sur les évêques « officiels » de Chine pour qu’ils prennent part à ces ordinations épiscopales. L’évêque de Hongkong y avait vu un geste délibéré visant à nuire aux négociations qui existent depuis quelques mois entre Pékin et le Vatican (3). Le cardinal Zen avait exprimé l’espoir que les autorités chinoises veilleraient à ce que de tels actes ne se reproduisent pas. Le 2 mai, le cardinal Zen a publié un nouveau communiqué, invitant les personnes concernées à renoncer à l’ordination de l’Anhui.

A Kunming, la messe d’ordination a eu lieu en présence de Liu Bainian, vice-président de l’Association patriotique des catholiques chinois. Véritable patron de l’Association patriotique, il avait fait le voyage depuis Pékin. Neuf évêques « officiels » étaient présents. Mgr Bernardine Dong Guangqing, le vieil évêque de Hankou, présidait la cérémonie depuis son fauteuil roulant. Agé de 89 ans, très affaibli, Mgr Dong est le dernier survivant des premiers évêques ordonnés sans l’aval du pape, en 1958 (il a depuis été légitimé par le Saint-Siège). Il était assisté de huit évêques, venus de six provinces et, pour la très grande majorité, reconnus par Rome. Selon des témoignages recueillis à Hongkong, la plupart des neuf évêques avaient subi de fortes pressions de la part des autorités et de l’Association patriotique pour prendre part à cette ordination.

Agé de 41 ans, le P. Ma Yinglin vit habituellement à Pékin où il exerce d’importantes responsabilités dans les structures officielles de l’Eglise. Secrétaire général du Conseil des évêques de Chine, qui tient lieu de Conférence des évêques « officiels », il est aussi l’un des vice-présidents de l’Association patriotique. Il fait partie des trois représentants du clergé catholique qui siègent à l’Assemblée nationale populaire. Le 30 avril, à Kunming, lors de la messe d’ordination, le P. Ma a dit ne pas se sentir digne d’assumer la charge d’évêque qui lui était confiée ; il a ajouté qu’étant « appelé par Dieu », il l’acceptait « humblement » et s’efforcerait de la remplir de son mieux. Prononçant la formule exigée par le gouvernement lors des ordinations épiscopales, il déclaré vouloir « suivre l’enseignement de saint Pierre, être ‘soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes’ (Première épître de saint Pierre, 2,13), pour mener les prêtres, les religieuses, les séminaristes et les laïcs dans le diocèse à obéir à la Constitution de la nation, à maintenir l’unité du pays et la solidarité de la société, et à contribuer à l’édification d’une société prospère et à la construction d’un pays socialiste harmonieux ».

L’Eglise catholique en Chine compte une centaine de diocèses et plus d’une quarantaine de sièges épiscopaux sont vacants. Au fil des années, les évêques très âgés meurent et sont remplacés par des évêques beaucoup plus jeunes, choisis parmi la génération des prêtres qui ont été ordonnés à la fin des années 1980 et au cours des années 1990. Avant l’ordination du P. Ma à Kunming, les quatre ordinations qui avaient eu lieu dans le pays depuis janvier 2005 s’étaient déroulées de telle façon que les candidats à l’épiscopat étaient à la fois acceptés par les autorités chinoises et avaient reçu l’aval du pape. La dernière en date remonte au 20 avril dernier, avec l’ordination de Mgr Joseph Xu à Suzhou (4). Une prochaine ordination est prévue le 7 mai prochain, dans le nord-est du pays.

(1) L’Eglise catholique de l’Anhui est sans évêque depuis la mort de Mgr Joseph Zhu Huayu, évêque « officiel » de Bengbu. Mgr Joseph Zhu est décédé en février 2005, à l’âge de 86 ans. Depuis juillet 2001, les structures « officielles » de l’Eglise de la province de l’Anhui ont été regroupées en un unique diocèse, celui de l’Anhui. Pour le Saint-Siège, subsistent les trois diocèses qui existaient en 1949, à savoir ceux d’Anqing, de Bengbu et de Wuhu.

(2) On estime que l’Eglise catholique dans l’Anhui compte environ 56 000 fidèles, principalement en milieu rural. L’Eglise « officielle » y compte 19 prêtres, dont trois très âgés, et 43 religieuses. Né en 1964, le P. Liu Xinhong a été formé au séminaire régional de Shanghai ; ordonné à la prêtrise en 1990 pour le diocèse de Bengbu, il est l’administrateur du diocèse de l’Anhui depuis la mort de Mgr Joseph Zhu.
(3) Voir EDA 438, 439, 440
(4) Voir EDA 440