Chine : Un séminaire détruit dans le tremblement de terre

Il avait été édifié il y a cent ans

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ROME, Mercredi 14 mai 2008 (ZENIT.org) - Parmi les destructions causées par le tremblement de terre du 12 mai figure un ancien grand séminaire édifié il y a tout juste un siècle, indique « Eglises d'Asie », l'agence des Missions étrangères de Paris (EDA).

Le 14 mai, à l'issue de son audience publique, le pape Benoît XVI a lancé un appel à la prière pour les victimes du tremblement de terre qui a frappé une partie de la Chine populaire, le 12 mai : « Mes pensées vont aux populations du Sichuan et des provinces voisines durement affectées par le tremblement de terre qui a causé de très importantes pertes en vies humaines, un grand nombre de disparus et des dégâts incalculables. » Trois jours après la catastrophe, les secours, mobilisés sur une vaste échelle (1), continuaient à déblayer les constructions effondrées à la recherche de survivants, mais, déjà, les informations affluent sur les dégâts matériels considérables causés par la secousse. Au nombre des destructions figure l'ancien grand séminaire de Hebachang, une magnifique et vaste bâtisse dont le centenaire devait être célébré à la fin de ce mois.

Selon les témoignages reçus de Chine, le séminaire de l'Annonciation a été complètement détruit. Situé dans le district de Pengzhou, au lieu-dit de Hebachang, il se trouve à 45 km au sud de Wenchuan, épicentre du tremblement de terre. Inhabités depuis des lustres, les bâtiments se sont effondrés en ne blessant que trois catholiques, présents sur les lieux en prévision des festivités du centenaire, mais il semble que l'ensemble a subi des dommages irréparables. La grande chapelle du séminaire, qui avait déjà souffert des conséquences d'un glissement de terrain survenu il y a des années, s'est elle aussi effondrée.

La construction de ce séminaire avait débuté en 1895, à l'initiative des pères des Missions Etrangères de Paris, qui avaient alors la responsabilité du Sichuan. Elle avait été achevée en 1908. Séminaire diocésain dans un premier temps, puis régional, Hebachang a formé des générations de prêtres chinois, jusqu'en 1949, où l'arrivée des communistes au pouvoir entraîne la fermeture du lieu. Connu également sous le nom de Bailu Shangshuyuan (‘collège d'en-haut' de Bailu), le séminaire était installé à flanc de colline, surplombant une vallée boisée ; un petit séminaire (collège d'en bas) était installé plus en aval, près de l'église paroissiale de Bailu. Durant la Révolution culturelle, le grand séminaire eut à souffrir des exactions des gardes rouges, mais, mis à part des graffitis et des slogans maoïstes, le lieu est resté intact. En 2004-2005, le diocèse de Chengdu en obtenait la restitution et le curé de Bailu avait le projet de le rénover pour en faire un centre catholique d'importance. Les autorités locales, soucieuses de développer le tourisme dans la région, étaient parties prenantes du projet, et, en 2006, Hebachang était inscrit sur la liste des monuments historiques nationaux.

En prévision de ces développements et pour affirmer l'attachement de l'Eglise locale à ce lieu, le centenaire de Hebachang devait être célébré avec un certain faste. Une association de la jeunesse catholique de Chengdu avait prévu de s'y rendre en pèlerinage le 24 mai prochain, fête de Notre-Dame, Secours des chrétiens. En compagnie de séminaristes du Séminaire régional du Sichuan, ils devaient assister à une messe célébrée sur place le samedi 24, puis à la messe dominicale, en la solennité du Saint-Sacrement, le lendemain, à l'église paroissiale de Bailu. Depuis le tremblement de terre, tout a été annulé, les deux lieux de culte se sont effondrés. Outre Hebachang, de nombreuses églises catholiques ont souffert de la secousse tellurique ; dans le diocèse de Chengdu, une trentaine de lieux de culte ont été endommagés, dans celui de Chongqing, pourtant éloigné de l'épicentre, ce sont au moins une dizaine d'églises qui ont souffert. Sur le plan humain, quatre membres de la chorale de la cathédrale de Chengdu, en déplacement à Beichuan, n'ont donné, à ce jour, aucune nouvelle.

Ce tremblement de terre, qualifié de plus important en Chine depuis celui de Tangshan, en 1976, a atteint l'amplitude de 7,8 sur l'échelle de Richter. Selon les médias chinois du 14 mai, 14 866 personnes y ont trouvé la mort, des dizaines de milliers de personnes seraient sous les décombres, disparues ou n'ont pas donné de nouvelles. Il s'est produit très exactement 88 jours avant la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin, prévue pour le 8 août 2008, à 8 h. (ce que certains interprètent comme un signe néfaste).

(1)      L'Eglise catholique en Chine s'est elle aussi très rapidement mobilisée pour porter secours aux victimes du tremblement de terre. A Shijiazhuang, dans le Hebei, Mgr Peter Feng Xinmao, évêque de Hengshui (Jingxian) et président de Jinde Charities, la branche d'action caritative montée par le P. Zhang Shijiang (voir EDA 446), a lancé un appel aux catholiques chinois à se montrer généreux de leurs dons pour les victimes, appel relayé par Xinde, le principal journal catholique de Chine, et son site Internet. Au-delà des aides financières, Jinde tente d'envoyer sur place une vingtaine de religieuses infirmières du Hebei, mais les difficultés de transport et de déplacement les empêchaient, le 14 mai, de parvenir sur les lieux. A Hongkong, le diocèse et la Caritas locale ont débloqué une première aide équivalent à 200 000 euros.